Florian Jouanny, une reconstruction à la force des bras

Article de Nathan Ripert

(Ce week-end, Florian Jouanny tentera de conserver son titre de champion de France de paracyclisme, crédit photo : Cyrille Quintard)

Le 31 août dernier, Florian Jouanny a été sacré champion olympique de paracyclisme en course en ligne à Tokyo. Une consécration pour l’Isérois, devenu tétraplégique après une chute
à ski en 2011. Sa reconstruction s’est faite par le sport, une passion autant qu’une thérapie.

La mâchoire de Florian se crispe. Son biceps droit se contracte, il est pris d’une crampe. « J’étais à l’entraînement ce matin, j’ai fait 55 kilomètres de Bourg-d’Oisans à Grenoble » grimace-til.
En handibike, le paracycliste roule allongé sur le dos, pédalant à la force des bras. Alors parfois, ça pique. « Quand j’ai mal, je pense aux mois de rééducation où j’aurais rêvé de faire du vélo » raconte-t-il, comme pour se souvenir une nouvelle fois du chemin parcouru. Cet été à Tokyo, le français est revenu triplement médaillé de ses premiers jeux paralympiques, décrochant l’or et le bronze en individuel, l’argent en relais. L’émotion redescendue, « Flo », comme l’appellent ses proches, se concentre maintenant sur les championnats de France de paracyclisme. Les 16 et 17 octobre prochains, il concourra pour un quatrième titre national consécutif à Saint-André-sur-Vieux- Jonc (Ain).

« Quand vais-je pouvoir reprendre le sport ? »

Naturellement, c’est dans l’Oisans, son massif natal, que le paracycliste peaufine les derniers préparatifs. « C’est mon terrain d’entraînement » lance-t-il fièrement. Florian a grandi à Bourg d’Oisans (Isère), ville établie sur une large plaine reliant le massif des Grandes Rousses à celui du Pelvoux. Entouré par les montagnes, il y découvre ses premiers amours : randonnée, ski, VTT…
Mordu de sport, son rêve de jeunesse est de pratiquer le ski freeride à haut-niveau. En 2011, une chute en station stoppe net ses ambitions. À 19 ans, le lycéen perd l’usage de ses membres
inférieurs. « La première question que je me suis posée, c’est « quand vais-je pouvoir reprendre le sport ? » se souvient-il.
Après une année de rééducation, retour sur les pistes, en fauteuil cette fois-ci. Les sensations sont différentes, la liberté de déplacement aussi. Le jeune homme s’agace et se tourne vers le paracyclisme. « J’ai tout de suite accroché avec le handibike. J’ai plus d’autonomie que dans le ski, je peux me débrouiller tout seul. Ça me plaît » explique-t-il. Le plaisir de l’effort retrouvé ne rassasie pas le néophyte. Florian est déterminé à se dépasser. Le jeune homme se fixe alors un défi jamais relevé par un tétraplégique européen : terminer un IronMan. En 2017, au bout de quatorze heures de sueur, le parathriathlète boucle 3,8 km de nage, 180,2 km de cyclisme et 42,195 km de course. Un an après son exploit retentissant, il récidive.

Jamais à l’arrêt

« Reprendre le sport m’a aidé physiquement et mentalement » analyse Florian dans son appartement de Saint-Martin-D’hères (Isère). « J’ai retrouvé du tonus musculaire et je me suis reconstruit
psychologiquement, en me fixant de nouveaux objectifs », énumère-t-il. « Il a besoin du sport pour vivre » confirme David Webb, sparring partner et ami de Florian. Son acolyte britannique s’inquiète
de sa dépendance au sport. Il tempère toutefois : « S’il arrête le paracyclisme, il trouvera quelque chose d’autre ».
Dans l’agenda de Florian, aucunes vacances prévues. Tout juste quelques semaines « au soleil » en novembre, à la fin de la saison. Début 2022, il prévoit de finir son troisième IronMan. « J’aimerais en terminer un sans pépins mécaniques » espère-t-il. Puis, à la manière de Julian Alaphilippe, sa source d’inspiration sportive, il souhaite revêtir le maillot arc-en-ciel de champion du monde en 2023. Avant cela, il faudra d’abord conserver le fameux tissu bleu-blanc-rouge qu’il arbore depuis trois ans.

MRB