#Hommage Merci Domi

En ce dimanche 31 octobre 1999, je ne suis qu’un petit bonhomme de six ans. Et alors que Christophe Lamaison vient de claquer deux drops consécutifs permettant aux Bleus de rester au contact des Blacks dans cette demi-finale de coupe du monde, j’entends encore mon frère aîné promettre : « Si on bat les Blacks, je me teins en blond ! » Sur le terrain, un autre petit bonhomme était peroxydé. C’était Christophe Dominici. Quelques minutes plus tard, l’ailier de poche d’1m72 surprenait Randell et Mehrtens en leur prenant le ballon au nez et à la barbe pour aller l’aplatir trente mètres plus loin aux pieds de Jonah Lomu. En l’espace de vingt secondes, cette bataille devint victoire, ce match devint légende, ce joueur devint icône.

 

Avec le temps, la réalité est altérée par les souvenirs d’une joie inoubliable venant romancer un peu plus la légende. Si dans l’esprit collectif, Dominici terrassa l’immense Jonah Lomu, c’était pourtant son acolyte de l’autre aile Bernat-Salles – pas tellement plus gaillard que lui – qui devait se coltiner le monstre All Black en adversaire direct. Le numéro 11 français n’était « que » face à Tana Umaga. Pas une mince affaire face à cet autre prodige qui n’était pas moins solide que la star néo-zélandaise de l’époque. Mais qu’importe. L’histoire n’en est que plus belle. En cette fin d’après-midi dominical, « Domi » donna une résonance particulière au combat opposant David contre Goliath : les petits Bleus incarnés par Dominici, au parcours ô combien chaotique durant la compétition, allaient terrasser les colosses Blacks qui marchaient alors sur leurs adversaires, au propre comme au figuré. S’il mena la fronde en première période grâce une percée monumentale déposant au passage Umaga, Mehrtens et Wilson et n’étant repris que par le magnifique Christian Cullen à deux mètres de la ligne, c’est lui qui asséna le coup décisif à la tête avec cette inspiration venue de nulle part. Et si Dourthe et Bernat-Salles porteront le coup de grâce, c’est bien Christophe Dominici qui sera le héros de nos mémoires, celui qui triompha des géants.

Dès lors, il ne quitta jamais les cœurs des amoureux du ballon ovale et même du grand public venu se mêler à la liesse populaire ce jour-là. Personnellement, il fut alors une sorte de héros intouchable. Pourtant, son parcours rugbystique avec Toulon et le Stade Français est aux antipodes de mes affections pour le FCG et le Stade Toulousain. Et même s’il m’agaça au plus haut point quand le ballon heurta bêtement son genou alors qu’il était seul pour aplatir lors d’un France-Italie en Tournoi des 6 Nations ou lorsqu’il tacla odieusement Jason Robinson en demi-finale de la coupe du monde en 2003, il ne restera dans ma mémoire que ses essais extraordinaires au terme de courses folles où se lisait dans ses yeux une détermination sans pareille, une rage de vaincre.

Christophe Dominici est parti en ce mardi 24 novembre à l’âge de 48 ans. Les hommages pleuvent comme autant de larmes versées. Les étoiles qui étaient dans mes yeux ce 31 octobre 1999 coulent désormais le long de mes joues aujourd’hui. Mais de son départ demeurera l’empreinte d’un bonheur impérissable. Merci Domi.

Valentin Bard

LSD