Romain Heinrich : « Le meilleur moyen de préparer les JO, c’est d’être à 100% dans l’instant présent »

Romain Heinrich avait terminé sa saison de bobsleigh à l’heure du début de l’épidémie. Pour #LSD, il revient sur sa saison mais aussi sur ses objectifs à court et moyen terme.

Romain, déjà comment s’est passé le confinement pour toi ? As-tu un programme donné par la Fédération ?
Le confinement a été une période très particulière pour tout le monde. Quand on voit la crise sanitaire mondiale dans laquelle on est rentré, ça fait réfléchir et mettre beaucoup de choses en perspectives. La fédération nous a bien relayé les informations gouvernementales et conseillés sur les démarches à suivre. On voyait que tout le monde naviguait à vue, c’était pas évident.Dans tous ces malheurs, notre projet bob a globalement été peu impacté car le mois d’avril est habituellement un mois de repos. J’avais prévu de partir au soleil avec ma copine, et on est finalement resté à Grenoble. J’ai profité du temps libre pour faire les analyses des courses de l’hiver et un bilan approfondi de la fin de saison avec les coachs.

La saison a pu aller à son terme en Bobsleigh, quel bilan tires-tu de cette année ?
Sur le plan des compétitions, la saison de bobsleigh est allée à son terme. On a fini la saison avec une 9ème place aux championnats du monde à Altenberg. Un résultat très positif (NDLR : meilleur résultat d’un bob à 2 depuis 1999) mais en même temps un peu frustrant, car on venait pour jouer un TOP6 sur une piste que j’affectionne tout particulièrement. Plus généralement, la saison a été faite de hauts et de bas. J’ai eu un peu plus de mal à gérer nerveusement la pression et mes émotions que l’hiver précédent, et donc ça s’est ressenti sur le pilotage. On a aussi eut quelques pépins physiques à gérer. Parfois, c’est le matériel qui suivait un peu moins. En fait, on a eu l’impression de ne pas réussir à tout aligner les jours de course. On finit quand même la saison avec la 5ème place du classement général en bob à 2 et la 12ème place du classement général en bob à 4. Donc du positif, il y en a à en tirer !

Le confinement, cette pandémie doit perturber la préparation de votre prochaine saison ? Les entraînements sur piste sont compliqués ?
On a raté une phase de développement matériel importante au mois de mars, avec la COVID-19. Cela va avoir des répercussions sur le début de la saison prochaine quand il fera assez froid pour que les pistes rouvrent. Sur le plan de la préparation physique, je pense qu’on est un des sports les moins impactés pour l’instant. On s’est reposé peut être mieux que d’habitude avec ce confinement forcé. Et on a fait une reprise individuelle plus progressive que d’habitude. J’avais pu récupérer un petit peu de matériel avant le début du confinement donc j’ai pu m’entraîner sur ma terrasse et dans la rue en bas de chez moi. J’ai fait des exercices que je ne prenais pas suffisamment le temps de faire. Je tourne vraiment cette longue période de confinement comme quelque chose d’éventuellement positif par rapport à ma préparation physique. Ce qui me fait un peu plus de soucis, c’est les semaines/mois à venir. On va avoir besoin d’augmenter la charge d’entraînement en Mai et en Juin et pour l’instant, les infrastructures ne sont pas ouvertes. On compte beaucoup sur le décret gouvernemental paru cette semaine (autorisant les sportifs de haut-niveau à reprendre des activités physiques d’intérieur) pour pouvoir accéder à des salles de musculation. Après, il va falloir qu’on voit comment les choses évoluent. Cet été, on va avoir besoin de faire des stages de poussée sur glace. Il n’y a pas de piste de poussée sur glace en France donc si les frontières restent fermées, ça sera compliqué. Il est de toute façon trop tôt pour savoir quelle sera la situation cet été, donc on prends les semaines les unes après les autres.

On va rentrer dans la période dite de qualification olympique. Pékin, c’est ton objectif maintenant ?
C’est sur que sur l’échelle d’une olympiade de 4 ans, on est déjà à mi-parcours et que tout va venir très vite à partir de maintenant. Dans nos stratégies et dans nos décisions, on est clairement orientés à partir de maintenant sur l’objectif Pékin. Mais cet objectif est aussi marqué d’étapes intermédiaires, comme les championnats du monde de Lake Placid en février 2021 ou l’apprentissages de la piste de Pékin. L’erreur à ne pas commettre, c’est de trop se projeter sur cette échéance et d’oublier de travailler les points importants. On a encore du temps devant nous pour travailler, et il faut saisir chacune de ces occasions pour se rapprocher de notre objectif. Le meilleur moyen de préparer Pékin, ça reste d’être à 100% dans l’instant présent.

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