#ITWsupporters Red Kaos 94 : « Plus qu’une famille… »

Pas de grand club sans son beau stade ? Des coups d’éclats ? Un président charismatique ? Un grand entraîneur ? De bons joueurs ? Un état d’esprit ? Des résultats probants ? Du spectacle… ? Certainement un savant mélange de tous ces ingrédients. Une certitude, pas de grand club sans de grands supporters. Et de ce point de vue là, le GF 38 est bien loti. Le Red Kaos 94 en fer de lance.
Les banderoles contre l’homophobie à destination de la LFP, ce sont eux. « Grenoble est notre passion, bleu et blanc sont nos couleurs… » ce sont eux. « Des Alpes, tu es capitale, Grenoble est notre fierté, si belle et si éternelle, RK toujours derrière toi…» ce sont eux. La liste est longue et non exhaustive des chants ou Tifos qui font vibrer le Stade des Alpes.
De la Finet à Lesdiguières à la Ouest au SDA, en passant également par la tribune Nord, 26 ans déjà que ces inconditionnels encouragent, contre vents et marrées, le GF 38.
CFA2, CFA, National, L2, L1, les RK avalent les kilomètres et crient aux quatre coins de l’hexagone leur amour pour Grenoble
LSD vous invite à pénétrer cet univers de passionnés et faire plus ample connaissance avec une institution au sein de la capitale des Alpes. Et plutôt trois fois qu’une… En effet, ce sont trois membres actifs du groupe, deux générations (et demi) différentes qui nous content leur passion
Patrick, 41 ans, né à SMH, taulier et RK depuis la première heure. Alex, 23 ans, pur grenoblois, la relève. Et enfin Pinso 28 ans, grenoblois pur souche également, et déjà de belles années au sein du RK. Trois profils différents mais un point commun :  l’Amour (avec un grand A) de Grenoble.
C’est parti pour un (très) long entretien avec le RK94. Rouge comme le sang grenoblois, Kaos…Bang ! Alors faites du bruit !!!

GF38 red Kaos supporters

Messieurs, il n’y a que Grenoble. C’est bien cela ?
Patrick : IL n’y a que GRENOBLE est comme un hymne. C’est notre identité. On vit dans une ville qui a du mal à s’identifier à son équipe de foot, c’est aussi une façon de montrer que supporter son club, c’est supporter SA VILLE, ses commerçants, ses rues et ses quartiers.
Alex : C’est déjà une façon pour nous de montrer que quoi qu’il arrive, nous serons derrière Grenoble, et nous supportons le club de notre ville. Concernant ce chant il est repris du fameux « Il n’y a que Red Star ». D’ailleurs, j’en profite pour faire une bise aux potes du Red Star Fan.
Pinso : Exactement, Grenoble e basta !

Qui a l’idée des paroles ? Dans le groupe vous avez un Soprano, un Jul, Naps ou encore un Jean-Jacques Goldman?
Patrick : Non pas beaucoup de paroliers chez nous. Ce sont souvent les délires qui font naître les chants, surtout dans les bus en déplacement. On rigole entre nous sur des airs de variété et ça crée quelque chose. Souvent bien pourrie mais parfois t’as un truc bien qui naît. Bien sûr il y a également beaucoup de chants dits de « tribune » qu’on reprend volontiers.
Alex :Généralement les chants sont trouvés en déplacement, un bon air et on laisse place à la créativité.
Pinso : Les chants ? Ils viennent tout seul. On écoute beaucoup de musique de tout genre, faut un bon air, 2/3 paroles et c’est parti. Tout le monde peut trouver un chant avec un peu d’imagination.

Juste pour info, Pinso c’est bien un surnom ?
Patrick : Oui tout à fait, Guillaume, alias Pinso ou encore Pinceau. Tout le monde s’appelle par un diminutif ou un surnom dans le groupe. Pour certains, je ne me souviens même plus de leur vrai prénom (rires).

Avant de faire plus ample connaissance, Ce confinement s’est-il bien passé ?
Patrick : Plutôt bien. Le confinement est une nouvelle façon de vivre en famille et sur ce point-là, c’est plutôt agréable. Malheureusement le virus guette et menace.
Alex : Oui, on a la santé, alors ça va.
Pinso : Oui, bien merci ! j’espère qu’il en est de même pour vous et vos proches.

C’est gentil, merci. Le temps n’a pas semblé trop long ?
Patrick : Pour ma part j’étais confiné avec mes enfants et me suis bien occupé. Devoirs, activités diverses, télétravail etc.. Mais deux mois ça commençait à peser.
Alex : Bizarrement non. On a su s’occuper entre les petits travaux à la maison et réapprendre à apprécier les petits moments en famille. Le temps passe assez vite finalement.
Pinso : Long ? Un peu, il faut l’avouer oui, on peut dire que nous ne sommes pas habitués à rester autant de temps chez soi sans pouvoir sortir librement, que ce soit pour travailler, faire du sport, voir nos proches (famille et amis). C’est sûr que tout cela manque… On s’occupe différemment en attendant un retour à la normale au plus vite.

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Avec la trêve, cela fera six mois sans foot, c’est supportable ?
Patrick : Cela commence à faire, même si franchement dans une période comme celle-ci ce n’est pas du tout ma priorité. Disons que les activités autour du foot me manquent davantage. Ce sont surtout mes potes et ma famille.
Pinso : Bien sûr que le foot va manquer, mais aussi et surtout ce qui l’entoure.

Vous êtes tous nés à Grenoble ?
Oui tous les trois, moi (Patrick) à SMH précisément.

Grenoblois et fier de l’être, on peut résumer ça comme ça ?
Oh que oui, tout à fait (les trois à l’unanimité).

Cette fierté et l’amour du foot, les deux facteurs à l’origine de votre adhésion chez les RK ?
Patrick : Alors, c’est la passion du foot qui m’a emmené au stade forcement. La fierté d’être Grenoblois a grandi avec le sentiment d’appartenance à mon groupe et au mouvement ULTRAS. L’adhésion au Red Kaos est le fruit de cela.
Alex : Effectivement, comme beaucoup de petit garçon j’ai toujours aimé le foot et l’ambiance dans les stades, Alors quand j’ai découvert le foot puis les tribunes à Grenoble il m’est apparu évident qu’un jour j’irais chanter aux cotés des RK.
Pinso : J’ai fait du foot pendant plus de 10 ans et depuis petit, j’ai toujours aimé aller voir des matches quand j’en avais l’occasion, que ce soit à Grenoble ou ailleurs en France avec mon père. J’étais toujours en admiration devant les animations en tribune, les tifos, les chants etc… Je voulais faire parti de ce truc ! Mon club de foot offrait des places aux jeunes pour aller voir les matchs du GF38 au stade Lesdisguières, et à chaque fois, je passais autant de temps à regarder la Tribune Finet et les Red-Kaos que ce qui se passait sur le terrain. C’est comme cela que j’ai eu envie de supporter le club de ma ville.

Le RK 94, c’est une famille ?
Patrick : Aujourd’hui c’est plus qu’une famille. Ça a commencé en 1994 par une bande de potes, c’est désormais une belle famille unie.
Pinso :Une vraie famille, oui, réunie autour du foot grenoblois par des valeurs communes et un engagement commun !

A quand remonte votre rencontre avec les RK ?
Patrick : J’ai eu la chance d’intégrer le groupe dans sa première année de vie.
Alex : Vers 18-19 ans j’ai rencontré personnellement des membres du RK et j’ai pris ma carte dans la foulée.
Pinso : Je voyais le RK de loin au stade Lesdiguières pendant plusieurs années, et c’est en 2008, quand le Stade des Alpes est arrivé, que j’ai pu rejoindre le Kop avec une dizaine de potes. Une tribune Ouest pleine à craquer avec la montée en L1 cette année là, c’était la folie. C’est lors de cette première saison de L1 et en faisant connaissance avec certains membres du RK que j’ai commencé à rejoindre le groupe.

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Un groupe qui fonctionne selon une direction collégiale. Ce n’est pas trop compliqué pour prendre des décisions parfois. C’est au tour d’une table, au marteau, style« Sons of Anarchy » ?
Patrick : Alors je vais te dire, les nouvelles générations ont structuré le groupe tout en laissant la place à la liberté de l’individu. C’est magnifique. A mon époque on était dix fois moins nombreux, on parlait des heures mais on ne décidait rien car rien n’était assez concret. Aujourd’hui c’est très organisé et la ligne directrice du groupe est claire. Je les adore les jeunes. Le groupe est plus riche de visions différentes, modernes et novatrices, mais le socle commun est solide et en adéquation avec l’esprit historique du RK.
Alex : Notre militantisme Ultras nous pousse à avoir une organisation quotidienne. Sans vraiment enter dans les détails, chaque mois, les responsables du groupe se réunissent pour préparer les jours et semaines à venir afin de décider et mettre en place les activité futures (matches, déplacements et animations en tribune). On ne peut pas dire que tout le monde tombe d’accord sur tout et tout de suite lors de chaque débat. Selon les sujets abordés, les points de vue sont parfois un peu différents mais on essaie d’être au maximum en harmonie avec nos valeurs et notre mentalité, et ainsi de refléter l’état d’esprit des membres du groupe.
Pinso : Chacun est libre de donner son avis. Il y a beaucoup d’échanges et les débats se font naturellement à tout moment entre les gens du groupe. Chacun amène sa pensée et sa réflexion pour permettre derrière aux leaders de prendre les meilleures décisions possibles pour le groupe. On n’a pas tous les mêmes avis sur tout, et heureusement. Mais au final on est là pour la même chose, et on fait en sorte d’avancer du mieux possible ensemble.

C’est comment la vie d’un supporter grenoblois, une vie de baroudeur et de camaraderie ?
Patrick : Oh je pense qu’elle ressemble à la vie de tous les supporters engagés et passionnés. Beaucoup de sacrifices dans la vie perso pour tourner en France avec les copains. C’est top quand même. Pas compris par tout le monde mais top je vous l’assure !
Alex : La vie de supporter, pour nous RK, se résume à se voir presque tous les jours de la semaine ou au moins se téléphoner, pour préparer les matches à domicile, les déplacements et autres événements hors stades. Toutes ces choses mises bout à bout renforcent nos liens et je parlerais plus de fratrie que de camaraderie. Et puis entre le Stade Des Alpes et tous nos déplacements, on peut penser qu’on mène une petite vie de baroudeur, oui.
Pinso : Une vie de baroudeur, je pense qu’on peut le dire avec les hauts et surtout les bas traversés… On a connu la L1, mais derrière, on a surtout vécu le retour au football amateur avec la rétrogradation en CFA2, les différentes montées ratées qui s’en sont suivies… Beaucoup moins de monde au stade, mais les fidèles ont répondu présents. Il a fallu travailler dur pour rassembler et continuer à faire perdurer cet engouement autour du club et aujourd’hui, nous revoilà en L2. On a aussi fait beaucoup de kilomètres et vu un paquet de stade bien différents… C’est une vie de camaraderie également car on rencontre et on apprend à connaître beaucoup de personnes d’horizons différents. Nous passons énormément de moments ensembles, qu’ils soient bons ou mauvais, ça devient vraiment une seconde famille. Chacun apporte quelque chose, il y a beaucoup d’échanges, on avance et on grandit ensemble.

Quel est le nombre d’adhérents chez les RK ?
Entre 100 et 150.

Pas de supporters professionnels, vous travaillez donc à côté ? Facile de concilier passion et profession ?
Patrick : Surtout pas de supporters pros ! C’est la passion qui nous anime et c’est pour cette passion que nous sommes prêts aux sacrifices qu’elle demande. Un de ceux-là est de jongler avec le boulot, les RTT, les congés etc. Pour ma part je suis artisan, j’essaie de caler mes chantiers par rapport à la vie du groupe et aux matches. C’est donc en général assez compliqué de concilier passion et profession.
Alex :C’est facile du moment où tu arrives à trouver le bon équilibre entre vie de couple, vie professionnelle et vie de supporter. Après oui il y a des sacrifices à faire, un déplacement que tu ne feras pas parce que tu n’as pas pu poser un jour, une fête de famille manquée car ton équipe a un gros match à l’extérieur et tu dois d’être présent avec le groupe.
Pinso : Je travaille en comptabilité, et comme beaucoup, je n’ai que cinq semaines de vacances. Quand les matches sont le week-end, il n’y a pas de soucis, les gens sont libres et peuvent venir au stade sans contraintes, du coup tu as plus de monde au match. Mais aujourd’hui, avec les retransmissions TV et tout l’argent qu’il y a derrière, beaucoup de rencontres ont lieu en semaine, et c’est un réel problème pour beaucoup de supporters. On lutte d’ailleurs pour que l’ensemble des matches se déroulent le week-end, et principalement le samedi ! « Le foot le samedi pour des stades en vie » est une « devise » qui ressort dans beaucoup de stade depuis plusieurs années. En semaine, à domicile par exemple, les gens finissent parfois tard la journée de travail on n’a pas vraiment le temps de profiter tous ensemble comme le week-end. Certains ont aussi des obligations familiales qui les empêchent de pouvoir venir. Pour se déplacer et suivre son équipe à l’extérieur, il faut pouvoir se libérer ou poser un jour de congés…

Sur le terrain, il y a le capitaine et dans le Kop, un personnage particulier, le Capo. Un « métier » facile ?
Patrick : Capo c’est un rôle déterminant. C’est lui qui donne le tempo à la tribune. Il peut faire basculer une ambiance s’il sait motiver ses troupes, même devant des matchs pourris. Donc c’est tout sauf facile. Et puis monter sur une nacelle avec un méga devant une tribune, ce n’est pas donné à tout le monde.
Alex : Pour ma part je n’ai jamais endossé le rôle de Capo, alors compliqué de pouvoir répondre. Mais une chose est sûre, il doit savoir lancer le bon chant au bon moment et redonner la force, quand sur le terrain ton équipe est en difficulté.
Pinso : Je n’ai jamais été Capo.

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La qualité première d’un bon capo, une bonne voix ?
Patrick : Non la voix n’a pas grand-chose à voir. C’est le charisme qui fait la différence. Si le Capo a une belle voix, alors c’est du bonus.
Pinso : Il faut avoir une bonne voix, c’est sûr qui si tu es en train de muer ça rend moins bien quand même… Mais faut surtout avoir le cran de se retrouver « seul » face à toute la tribune, pour arriver à la faire bouger et vibrer.

Pas trop frustrant du coup d’être dans les tribunes face aux copains et ne pas voir le match ?
Patrick : Non. C’est un choix. Notre engagement ULTRAS est un choix de vie, celui là est d’abord un choix du groupe et ensuite un choix de personne. Au final quelque soit le match, l’important c’est de créer une communion. Parfois le match n’aide pas du tout. C’est pour cela qu’il faut être bon. Et puis être face à ses potes pendant 1h30… Tout le monde en rêve non ?
Pinso : Tout un match ça doit faire long… Mais parfois, pas besoin d’être Capo pour regarder la tribune et essayer de la faire bouger encore plus.

On a vu que vous aimiez les chants, mais aussi les banderoles. Comment naissent-elles ?
Patrick : La banderole est un des supports du monde des tribunes. Elle nous permet de faire passer des messages facilement. L’ensemble du stade peut, en quelques secondes, lire et comprendre. C’est top. On s’en sert pour les hommages comme pour les revendications.
Alex :Concernant les banderoles, elles sont souvent réfléchies en groupe puis une fois validées, elles sont peintes dans la foulée.
Pinso : Quand on veut réagir sur des sujets d’actualité, on essaie de se poser à plusieurs et réfléchir au message à faire passer, et à la meilleur façon de l’exprimer pour avoir l’effet escompté. Plus il y a d’idées et d’échanges autour de la question, plus il y a de chances que la phrase ait un impact significatif.

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Patrick parlait d’hommage. On voit effectivement des banderoles en mémoire des copains partis trop tôt. Le RK n’oublie rien ni personne ?
Patrick : Dans une famille nombreuse on pleure plus souvent. Chaque envol pour l’au-delà est un déchirement et on essaie par un hommage au stade de le sacraliser. C’est toujours dur de pleurer un frère, une sœur. On pense fort aux nôtres à chacun de nos matchs. Pour mon départ J’espère qu’ils me feront un beau tifo  (rires).
Alex : Il nous parait évident de rendre hommage aux personnes du groupe disparues, de la tribune et même du club. Mais l’inverse est aussi vrai. Chaque naissance du groupe est salué en tribune par une banderole.
Pinso : C’est toujours un moment très difficile de perdre quelqu’un dont on est proche. Dans le groupe, au fil des années, on vit tellement de choses ensemble que de simples connaissances deviennent des potes, puis des amis, des frères… On garde forcément tous des souvenirs de ceux partis trop tôt. On est une grande famille qui n’oublie personne !

Des banderoles dont la spécialité reste l’humour avec des messages plus ou moins politiques. On pense notamment aux banderoles contre la LFP et l’Homophobie appréciées même par Philippe Hinschberger. Vous pouvez resituer le contexte ?
Patrick : La banderole ne doit pas être bête et méchante. L’humour est souvent une façon de ridiculiser une situation absurde ou un ennemi. Dans le cas de la banderole contre l’homophobie, nous avons utilisé le mot « pédé » pour montrer l’absurdité des attaques subies par des ultras Lensois. Ils sont accusés d’homophobie par une association à cause de l’utilisation de ce mot. L’histoire est ridicule, comme ces accusations, on a joué là-dessus.
Alex : Cela fait suite à la réception de Valenciennes par le RC Lens. Pendant cette rencontre, un des Capos lensois à lancé un chant, je ne sais plus vraiment lequel précisément mais il y avait le mot « pédé » dans les paroles. S’en est suivie une grosse polémique, mêlant personnage politique, médias et associations luttant contre les discriminations et en particulier contre l’homophobie.
Pinso : Effectivement, ce chant relayé par une vidéo a fait réagir beaucoup de monde, jusqu’au ministère des sports. Nous avons voulu montrer à quel point cette situation et cette polémique étaient absurdes en réaffirmant nos valeurs de lutte contre toutes les formes de discrimination, dont l’homophobie, et en soutenant les supporters lensois dont les valeurs sont reconnues sur le sujet.

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C’est donc cette banderole second degré de soutien aux supporters lensois qui est à l’origine de la polémique ?
Patrick : De soutien aux Lensois et à une forme d’intelligence. Oui nous avons trouvé les accusations exagérées et inutiles. Notre banderole traitait le problème plus largement. Nous sommes contre l’homophobie et toutes autres formes de discriminations dans notre manière de vivre et de supporters, et on l’a fait savoir à notre manière.
Alex : Oui, quelques semaines plus tard cette fameuse rencontre entre Lens et Valenciennes, nous recevons au Stade Des Alpes le club nordiste. Cette rencontre est aussi l’occasion pour les Red Tigers, groupe Ultras lensois, de fêter son 25ème anniversaire. De ce fait nous voulons dénoncer cette polémique concernant ce fameux chant, et pour le coup, souhaiter un joyeux anniversaire aux Red Tigers. Nous sortons cette phrase en deux parties : « L’homophobie est un fléau qui mérite plus que des polémiques honteuse… » sur une première banderole, suivi de « RT : D’ailleurs bon anniv’ les PD. » Comme on pouvait s’en douter, on se retrouve en première ligne de cette polémique, alors que beaucoup de personne ont compris le millième degré de cette banderole, d’autre n’était pas du tout de cette avis…
Pinso : Cette banderole a fait vivement réagir à son tour, nous accusant de bien des maux, parfois trop hâtivement… D’où la sortie d’un communiqué officiel du groupe quelques jours après la rencontre pour justifier cette action. Cette polémique d’homophobie émanant des supporters de foot ne cessant de prendre de l’ampleur au fil du temps, différents groupes de supporters français ont décidé de réagir, via des messages en tribune dénonçant l’absurdité de la situation. Nous avons donc réfléchi à plusieurs sur une phrase et décidons de déployer en tribune face à Lens de nouveau, le message suivant : »Gestion des supporters, vous êtes largay, les ultras sont catalogay, le football est fatigay, arrêtez d’épilogay, c’est avant qu’il fallait dialogay, mais qu’en pense le délégay ? » Cette phrase avait beaucoup tournée sur internet, et en effet, même le coach Hinschberger avait apprécié, déclarant qu’il nous soutenait au vue de cette situation.

Si c’était à refaire, vous feriez différemment ?
Patrick : Absolument pas ! Le mouvement ultra est un des derniers bastions d’une certaine liberté. Toutes nos actions et banderoles sont réfléchies et en accord avec nos convictions. Celui qui n’a pas compris cette banderole et pour moi un imbécile mais je ne suis pas étonné, cette société s’englue dans de faux problèmes et veut polémiquer pour tout. C’est un faux combat sur un vrai sujet.
Alex : En parlant en mon nom, je ne changerai rien si c’était à refaire.

Les RK, vous êtes plutôt ancrés à gauche politiquement, ni raciste ni homophobes ?
Patrick : Nous sommes un groupe clairement anti raciste. Nous combattons toutes formes d’injustices et de discriminations. Nous vivons de cette manière. Si c’est ça être de gauche, alors oui, nous sommes des gauchos !
Alex : Le Red Kaos 1994 a toujours défendu l’antiracisme et lutte au quotidien contre toutes sortes de discriminations.
Pinso : Le groupe est ancré à gauche en effet depuis sa création en 1994, avec une lutte contre toutes les formes de discriminations (racisme, homophobie etc…), que ce soit au stade avec des chants et des banderoles mais également dans la ville lors de manifestations et rassemblements divers.

« On aime notre ville, on s’en occupe »

Le RK94, ce n’est donc pas qu’au SDA. Vous êtes par exemple à la pointe de la solidarité, souvent avec les plus démunis, et maintenant le personnel soignant Des valeurs de solidarité qui vous sont chères ?
Patrick : Nous sommes des ULTRAS. L’ADN de l’ULTRA c’est principalement la solidarité. Nous sommes prêts à tout pour notre chère ville de GRENOBLE et son peuple. Nous l’avons dans la peau, à travers notre équipe de foot mais aussi dans notre quotidien à chacun. On essaie d’oublier personne. SDF, sans papiers, smicards, étudiants, associations. Notre nombre fait notre force. On n’a pas la prétention de tout gérer mais chacun de nous s’intéresse et apporte sa contribution à une cause dans sa vie perso. Le groupe derrière appuie quand il le faut (manifs ou soutien par exemple). Nos amis de Foggia disent que les villes appartiennent aux gens qui les aiment. Ben voilà, on aime notre ville, on s’en occupe.
Alex : Notre quotidien ne se résume pas juste à supporter le GF38 au SDA ou à l’extérieur. Durant l’année, plusieurs actions sociales sont réalisées, récolte de denrées non périssables pour la banque alimentaire par exemple…
Pinso : Oui, le partage et la solidarité sont des valeurs qui comptent à nos yeux .Chaque année par exemple, nous essayons d’organiser des collectes de nourritures ou de vêtements lors d’un match à domicile pour aider les plus démunis. Lors de cette crise sanitaire liée au Covid-19, le groupe a décidé de mettre en place une cagnotte en ligne dans le but d’apporter notre soutien, essayer d’améliorer le confort et les conditions de travail du personnel hospitalier du CHU de Grenoble, ces personnes qui risquent leurs vies pour sauver celles des autres au quotidien, dans des conditions parfois déplorables.

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C’est tout à votre honneur. Quel est le montant récolté ?
Patrick :Quelque chose comme 20000€. Pas mal pour des supporters de foot ? En tous cas une fierté pour un petit groupe de supporters composé de beaucoup d’étudiants. J’espère que les gens aisés pourront aidés aussi de belle manière.
Pinso : Cette collecte, qui s’avère être une belle réussite collective, sera redistribuée en toute transparence par le biais des cadres de services. Une page Facebook a été crée afin de pouvoir suivre l’évolution et voir les actions mises en place. Grâce à cet argent, plusieurs livraisons ont déjà été effectué au CHU avec des machines à café, micro-ondes, bouilloires, crème pour les mains, nourritures etc… et d’autres continueront à être mises en place.

Vous organisez aussi des conférences sur les ultras par exemple. Dans quel but ?
Patrick : Une conférence c’est utile pour présenter de nouveaux travaux sur notre mode de vie (livres, reportages …) mais aussi pour permettre au plus grand nombre de connaître notre monde souvent pointé du doigt.
Pinso : Nous avons organisé une conférence au stade des Alpes accueillant Sébastien Louis, auteur de l’ouvrage « Ultras, les autres protagonistes du football » évoquant l’historique du mouvement ultras, et Nicolas Hourcade, sociologue et membre de l’instance nationale du supportérisme. Tout le monde est le bienvenu. Cela permet d’apprendre dans un premier temps, pourquoi ce mouvement est-il là ? Comment tout cela a-t-il évolué avec le temps ? Puis de longs échanges s’en suivent, des débats, et c’est comme ça qu’on avance. Quand tu t’investis dans quelque chose, tu as toujours envie d’en savoir plus, d’apprendre, que ce soit en parlant avec des plus anciens ou lors d’une conférence comme celle-ci, c’est toujours enrichissant !

Vous avez un « ennemi » commun avec les autres groupes de supporters, la LFP ?
Patrick : Disons que nous sommes (nous les ULTRAS) le caillou dans la chaussure du football business représenté par la LFP. Ces dernières années des tas de lois anti supporters sont nées. La LFP en est le garant, nous les victimes, du coup c’est vite vu.
Alex : Oui, tout à fait.
Pinso : Le conflit entre les groupes de supporters et les instances du foot français, la LFP principalement, est bien présent.

Que lui reprochez-vous, la privation de liberté ? Vous êtes trop « fliqués » ?
Patrick : Les Ultras n’acceptent pas les règles qui consistent à orienter le foot vers un spectacle à consommer. Nous sommes pour un foot populaire, avec des matchs le samedi soir et des prix raisonnables pour permettre au plus grand nombre de profiter de son sport favori. La LFP, comme toutes les instances du foot moderne, a pris une direction opposée basée sur l’argent et le business ! Certaines expériences sociales sont testées dans les tribunes pour les adapter ensuite à toute la société. C’est chaud non ?
Alex: Il est vrai que parfois on a l’impression d’être traité comme des « sous citoyens » voire même comme des criminels.
Pinso : Les ultras sont la cible de la LFP qui, à l’aide des pouvoirs publics, répriment les supporters ou incitent les clubs à les sanctionner. Fermetures de tribunes, amendes abusives, restrictions, interdictions de déplacement et encadrements trop stricts sont de nombreuses mises en place visant à réduire les libertés des supporters.

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Le dialogue est impossible ?
Patrick : Le dialogue n’a jamais été possible car ils nous ont toujours considérés comme des voyous assoiffés de sang et d’alcool. Toutes nos demandes de rencontres sont balayées d’un revers de main. Dommage car nous avons mille propositions. Les seules réponses sont des règles liberticides qu’on subit au quotidien et des interdictions arbitraires.
Alex : Disons qu’il y a, par le biais de l’ANS (Association Nationale des Supporters), des réunions avec les instances alors on ne peut pas dire que le dialogue soit impossible, mais bon…
Pinso : Les ultras tentent de mettre en place un dialogue, mais les instances restent quasi-sourdes, et continuent cette répression abusive.

Vous payez des anciens débordements ?
Patrick : Quelques gars sont ou ont été IDS (interdits de stade). Plusieurs amendes nous sont tombées dessus ainsi qu’au club. C’est du racket, simple et efficace. Ils font tout pour nous faire lâcher.

Et les fumigènes, le stade est moins joli sans ?
Patrick : Il n’y a qu’a voir les teasers des clubs et même de la LFP ou encore les annonces télévisées. Il y a autant d’images des joueurs que des tribunes illuminées. Le fumi est un accessoire qui nous plaît. Il anime un Tifo, impressionne l’adversaire et illumine le stade. Bien sûr que c’est plus joli avec.
Alex : A propos des fumigènes, ils font partie du paysage des supporters. Chaque week-end, des dizaines en sont allumés. Une tribune illuminée est tellement plaisante à voir. Certains peuvent les considérer comme dangereux, mais c’est justement le fait qu’ils soient interdits qui peut les rendre dangereux, car ils sont allumés de manière dissimulée. C’est un des sujets sur lesquels les ultras tentent de se faire comprendre et d’avancer sur la question auprès des différentes instances du football, mais les politiques mises en place et le dialogue étant compliqués, ils restent interdits en France et son utilisation lourdement sanctionnée.
Pinso : Ah les fumigènes, un sujet sensible pour les instances encore. Depuis le début du mouvement Ultras, les fumigènes font partie des supporters et de ce qui entoure le football, au même titre que le Tifo, les drapeaux ou les tambours. Pour nous il a un usage festif et permet d’animer une tribune, il a toujours fait parti du truc, mais aujourd’hui tu réfléchis à deux fois avant d’allumer un fumigène… Les sanctions encourues sont disproportionnées. Tu peux prendre une interdiction de stade, de lourdes amendes, voir plus… Les clubs aussi sont sanctionnés, souvent de façon abusive par le biais de lourdes amendes voir même des fermetures de tribune. Mais le pire, c’est que les médias se servent d’images de fumigènes en tribune pour promouvoir leur diffusion de match à la télé.

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Il existe, comme on l’a vu précédemment, de la solidarité entre groupe de supporters et même de belles histoires d’amitiés. C’est le cas avec Red stars fans et les tifosis de Foggia dont Patrick nous parlait tout à l’heure ?
Patrick : Tous les supporters du monde subissent les mêmes lois absurdes. Notre passion et notre mode de vie sont attaqués. Nous nous replions sur nous même pour faire face solidairement.
Pinso :Oui tout a fait avec les Red Star Fans et Avec La Ciurma Nemica de Foggia, de belles histoires d’amitié.

Comment sont-elles nées ?
Patrick : Les amitiés naissent d’atomes crochus, parfois inattendus. Dans notre cas ce sont les expatriés Grenoblois à Paris qui ont créé le lien avec les Red Star Fans tandis que c’est une soirée bien arrosée aux mondiaux antiracistes qui nous a liés aux gars de la Ciurma Nemica de Foggia. Dans les deux cas la convergence des idées a fait le boulot malgré des identités bien différentes. Ensuite c’est une histoire de personnes. Les liens dépassent les limites de simples membres de groupes de supporters. Je te dis c’est un mode de vie, au quotidien.
Alex : Le début de l’amitié avec le Red Star Fans remonte à l’époque où certains sont montés vivre à Paris et se sont rendus au stade Bauer. Au fil du temps des connections se sont faites et depuis maintenant plus de 10 ans, l’amitié entre nos deux groupes est officielle. Avec Foggia, club du sud de l’Italie, comme l’a dit Patrick, les premières rencontres se sont faites au mondiali antirazzisti. Après plusieurs allers retours des uns et des autres, l’amitié s’est renforcée.
Pinso : Avec les Red Star Fans, ça a commencé par des connexions individuelles, mais l’amitié entre nos deux groupes a officiellement débuté en 2008, lors de la rencontre face à Angers, au stade Lesdiguières. Une quinzaine de Red Star Fans était présent à nos côtés en tribune Finet et, pour la première fois, nos deux bâches étaient réunies côte à côte dans une même tribune. Depuis plus de dix ans maintenant, des liens forts se sont tissés, autour de valeur communes, et aussi d’une histoire (récente) assez compliquée entre les divisions inférieures et leur combat pour la rénovation du stade Bauer, les obligeant à jouer leur match à domicile hors de leur terre (avec notamment le boycott de tout leur match à Beauvais). Pour être déjà allé à Bauer, c’est un stade mythique et authentique, plein d’histoire, avec une grosse ambiance. On a passé beaucoup de moments inoubliables ensemble, que ce soit au stade pour soutenir nos équipes, ou bien en dehors lors de week-end improvisés, tournois de foot ou bien concerts. On a eu l’occasion de s’affronter pour la première fois lors de l’année de la célébration de nos 10 ans d’amitié. Ce fut deux matches exceptionnels et inoubliables sans doute pour tous les présents. Avec La Ciurma Nemica de Foggia on a échangé pour la première fois en 2009, lors du Mondiali Antirazzisti, un festival en Italie réunissant différents groupes ultras d’Europe, ainsi que des associations et toutes personnes partageant les valeurs de l’antiracisme, et luttant contre toutes autres formes de discriminations. Les premiers contacts se sont établis entre différents gars des deux groupes puis on s’est revu l’année suivante là-bas, et des liens se sont tissés petit à petit. Depuis, nous les avons accueillis plus d’une fois à Grenoble tandis que plusieurs délégations de chez nous ont fait le chemin inverse. On a pu voir une grosse tribune italienne de l’intérieur, et passer des moments encore une fois inoubliables.

Solidarité mais aussi rivalité. Ça chauffe parfois ?
Patrick : C’est comme dans la vie de tous les jours. T’as des amis et des ennemis. Tu ne peux pas plaire à tout le monde et tout le monde ne nous plaît pas.
Pinso : Et oui, il y a aussi des rivalités comme Nancy et des fois il arrive que ça chauffe.

La chose à ne pas faire par exemple, voler une bâche ?
Patrick : C’est notre bien le plus précieux, là où est inscrit le nom du groupe. Notre monde est fait de beaucoup de symboles. La bâche est le plus important, donc à ta question je réponds plutôt que voler une bâche, c’est LA chose à faire ! De mon temps, le groupe qui se faisait voler sa bâche disparaissait. C’est dur !
Pinso : Ce n’est pas toujours la cause, mais le vol de bâche peut-être à l’origine d’une rivalité ou encore l’histoire des clubs.

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Ceux que vous détestez ? Ceux marqués plutôt à droite politiquement ? Nancy par exemple ?
Patrick : La politique est souvent la raison de tension entre groupes mais au même titre que la suprématie régionale. C’est une guerre de clochers tout ça. Nancy, c’est devenu un ennemi lors d’une échauffourée chez eux en 2004.
Alex : Nancy, oui, on les déteste. A l’origine, un vieux litige entre nous. On ne défend pas forcément les mêmes idées, je pense que ça n’aide pas non plus.
Pinso : Oui, les opinions politiques divergentes sont aussi un sujet de discorde.

Ça vaut le coup de se battre pour du foot ou là c’est plus que du foot ?
Patrick : Perso j’ai toujours donné un coté trivial à ma passion. Non pas pour surjouer le truc mais parce que c’est notre monde à nous. Nous le vivons à fond et la violence fait partie de l’ADN humain. On ne s’en cache pas, on l’assume même mais on « règle nos comptes » entre nous. Aucun groupe Ultras ne s’en prend à de « simples » supporters adverses, même s’ils sont ennemis. Mais attention, la violence ne représente rien de ce que l’on fait au quotidien. Les médias, vous en faites trop à ce sujet. On sait qu’elle existe, on fait avec.
Alex : Après se battre pour du foot, ça peut paraître dérisoire, mais quand il s’agit de défendre des idées, des valeurs, un club, une ville, un groupe, une bâche… Je ne vous fais pas un dessin, hein.

Quand on aime Grenoble messieurs, on supporte toutes les équipes de sa ville, du foot au hockey en passant par le hand, le badminton ou le rugby. C’est votre opinion ?
Patrick : Oh que oui ! Il y a un paquet de RK qui suivent le rugby et le hockey. Moi je vais à la patinoire assez souvent. Nous nous sommes fait quelques matches de volley aussi au gymnase Malherbe. Lors d’un match contre le leader Castres je crois, on avait poussé les nôtres jusqu’à une victoire inespérée. Les joueurs Grenoblois et le coach argentin étaient en feu. Les castrais ont perdu tous leurs moyens. Ça s’est terminé sur le parquet à faire la fête avec les joueurs. Un super moment. Et puis là avec le confinement il y a plein de jeu à la con sur facebook. Faut liker le meilleur stade ou le meilleur drapeau, tout le monde participe. Je pense aussi que si demain il y a un astronaute grenoblois au milieu de plusieurs, on l’encouragera à sortir le premier dans l’espace, juste pour la fierté. Tout le monde kiffe d’entendre « GRENOBLE » dans le film Rasta rocket par exemple
Alex : On ne peut pas dire que nous sommes présents en tant que groupe pour supporter les autres équipes de la ville, mais certains d’entre nous se rendent régulièrement voir des matches de hockey par exemple.
Pinso : Tant mieux si tous les clubs de sports Grenoblois se retrouvent un jour au sommet, mais moi, c’est le foot et le GF38.

GF38 Le Puy Red Kaos

Pourquoi ces tensions avec le rugby alors ?
Patrick : Il faut tout d’abord préciser qu’on n’a rien contre le rugby. Je répète qu’on à des gars qui suivent le FCG. On a eu des soucis avec la direction du club qui n’a pas joué franc jeu avec le GF38 et tous les Grenoblois qui fréquentent le SDA.
Alex : Le problème avec le rugby, c’est quand il y a doublon.
Pinso : Il y a des tensions avec le rugby à cause de l’utilisation du stade des Alpes, initialement prévu pour les rencontres du GF38. La rétrogradation du GF au football amateur a entraîné l’utilisation partagée du stade des Alpes entre le club de foot et de rugby. Une cohabitation difficile, d’autant plus que le FCG dispose d’un stade d’environ 10 000 places (Lesdiguières) servant pour les entraînements et mobilise donc les deux principaux terrains de la ville. Cette situation nous a forcé à devoir jouer certains matchs à domicile en dehors de Grenoble (Chambéry par exemple).

Le SDA ne peut-il pas se partager ?
Patrick : Le SDA fut commandé, pensé et construit pour le foot. Le FCG voulait garder Lesdiguières, tout le monde s’en souvient. Alors oui il peut se partager mais la priorité doit être donnée au GF38. Tu peux partager ton bureau avec moi, mais si je commence à te dire que tu vas travailler à mes conditions et suivant mon planning tu vas faire la gueule ?!
Alex : La solution est simple. Le FCG a un stade homologué pour la D2, Lesdiguières, donc il n’y a aucun soucis pour qu’il évolue dessus. Cela ne veut pas dire que le SDA ne peut pas se partager mais le GF38, lui, n’a pas de stade de repli si tous les deux jouent à domicile.

En cas de doublon, il y a toujours matière à trouver une solution ?
Patrick : Tout à fait. Dommage que ce soit le GF38 qui ait dû s’expatrier avec ses supporters à Échirolles ou pire à Chambéry ! Tu trouves ça équitable comme solution ? C’est comme si cette fois je te demande de travailler ailleurs que dans le bureau que tu me prêtes parce que j’ai un dossier important ! Là aussi tu vas faire la gueule (rires).
Pinso : En cas de doublon, la solution devrait être claire, le FCG possède un stade de repli, donc il ne devrait y avoir aucune délocalisation de match du GF38.

Vous estimez que les RK auraient un rôle plus important à jouer au sein du GF38 ? Vous aimeriez être consultés plus souvent ?
Patrick : Le Red Kaos n’a pas de rôle à jouer dans le GF38 mais pour le GF38. Nous devons garder un œil extérieur et indépendant. Être consulté ce n’est pas le problème, il y a des dirigeants qui bossent pour le club, c’est leur boulot. Nous n’avons pas de compétences à gérer un club. Notre rôle est de veiller à ce que les intérêts de l’institution soient protégés et que le peuple Grenoblois ait un club qui le rende fier.
Alex : Oui pourquoi ne pas être consulté de temps à autres sur des sujets dans nos cordes ? Je nous vois mal donner un avis sur la façon de vendre ou d’acheter un joueur par exemple.
Pinso : Le RK joue déjà un rôle important au sein du GF38 de part son activité depuis plus de 25 ans. Le fait de ne pas avoir lâché et continué à rassembler du monde dans les basses divisions nous a permis d’être plus proches des personnes qui ont relancé le club. En repartant de loin, il y avait une certaine proximité.

Avez-vous des relations avec les instances dirigeantes du club ?
Patrick : Oui heureusement. C’est important d’avoir des relations club/supp. Nous avons même des relations plutôt bonnes. Ça ne veut pas dire toujours apaisées et que tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes, mais c’est toujours constructif.
Pinso : Nous entretenons de bonnes relations dans l’ensemble avec les dirigeants, il y a des échanges, et des réunions club-supporters ont lieu parfois lorsque l’actualité s’y prête. C’est important de garder quand même certaines barrières entre supporters, joueurs et dirigeants. Chacun fait son boulot de son côté. Il y a un certain respect mutuel mais quand les choses doivent être dites, elles le sont.

GF38 Red Kaos

Philippe Hinschberger par exemple aimerait bien vous rencontrer pour faire plus ample connaissance. C’est aussi votre cas ?
Patrick : Oui, on est toujours prêts à aller boire un coup.
Pinso : Nous l’avons déjà croisé et nous avons eu la possibilité de discuter un peu avec lui à plusieurs reprises, c’est toujours sympa d’avoir une certaine proximité.

Un entraîneur qui justement a été prolongé à la tête du GF38. C’est une bonne chose ? Il vous plaît ?
Patrick : On fini neuvième, l’entraîneur est prolongé, ça sent la stabilité et c’est toujours une bonne chose. PH, ça à l’air d’être un bon gars. Il sent le foot et ça j’aime bien. Après, sur le contenu il y aurait forcément à dire. Est-ce son style de jeu ? Ou le niveau des joueurs… ? Va falloir comprendre rapidos.
Pinso : C’est un entraîneur qui est arrivé avec une certaine expérience, il faut lui laisser un peu de temps. Sa prolongation est une bonne chose. Nous verrons si ses choix sont bons la saison prochaine.

Et cette équipe de Grenoble. Comment l’avez-vous jugée ?
Patrick : J’aimais bien le groupe de cette année. La sauce à mis un moment à prendre mais il y a eu de très belles choses. Je pense au match à Valenciennes par exemple où ils ont été énormes. Il y a eu également du moins bon, surtout à la maison. On a senti l’incapacité à créer du jeu et on attend que ça évolue, bien évidemment.
Pinso : Une équipe en demi-teinte, capable de faire de gros matches, de montrer de l’envie et de la grinta, mais capable aussi de rencontre sans réelle motivation apparente, des matches où t’as envie de les bouger !

Vous vous autorisez à la critiquer ou c’est soutien absolu quoiqu’il arrive ?
Patrick : La critique n’est pas seulement un acte négatif. Le groupe était plutôt homogène. Moyen mais homogène. J’ai aimé le côté battant, on ne peut pas leur reprocher de ne pas avoir mouillé le maillot. J’ai moins aimé le manque de percussion, de courage parfois pour déstabiliser l’adversaire. On a souvent subi et attendu. C’était bien chiant parfois. Après tu es neuvième deux ans après le retour en Ligue 2, tu peux encore jouer un barrage si le Covid n’arrête pas le championnat, c’est dur de siffler les joueurs. On avait le cul entre deux chaises en fait.
Alex : Bien sûr notre soutien est absolu quoiqu’il arrive, mais cela ne veut pas dire que nous dirons amen à tout. Si quelque chose ne nous plaît pas, on s’autorisera à le dire.
Pinso : C’est notre club, on sera toujours derrière à le pousser et l’encourager pour le voir gagner. Cela nous empêche pas d’avoir des opinions différentes sur certains points. Aujourd’hui, quand tu sais d’où on vient, on se dit qu’on est à notre place. Les gens sont critiques mais il faut avant tout que le club se stabilise avec des bases solides et après on visera une éventuelle montée en L1… Pour y rester plus longtemps que la dernière fois.

Comment avez-vous vécu le licenciement d’olivier Guégan ?
Patrick : Forcement avec tristesse. On n’aime pas que les gens qui bossent bien et font du bien au club soient lourdés, c’est normal. C’est ce qu’on défend dans la vie de tous les jours dans notre engagement militant.
Alex : Concernant son licenciement, surpris, car après deux montées consécutives, on ne pense pas du tout se séparer de notre coach. Après il y a des choses que l’on ignore au sein du club, notamment les relations qu’il pouvait avoir avec ses dirigeants.
Pinso : Guegan nous a fait remonter, il a rempli sa part du contrat et on se souviendra toujours de lui. Son licenciement a été une surprise. Après on ne sait pas tout ce qu’il s’est passé de l’intérieur, mais c’est comme ça. Dans le foot, ça peut aller très vite.

Confiance totale à l’équipe dirigeante malgré tout ?
Patrick : Confiance oui. Je pense qu’il y a un vrai projet et que le club est sain. On a traversé tellement de galères que cette équipe dirigeante est plutôt rassurante. Après on prend note de toutes leurs promesses et de tous les projets planifiés. On est là.
Alex : Oui j’ai confiance, je pense que le club sait ce qu’il veut et où il va.
Pinso : Aujourd’hui le club retrouve le monde professionnel, on fait confiance aux dirigeants pour se stabiliser et reconstruire un club solide. Mais cela n’empêche en rien d’évoquer les choses qui ne vont pas si besoin.

« Si tu triches dans le sport, tu triches dans la vie »

Pour revenir à la période actuelle, le championnat a été interrompu. C’était la bonne décision ?
Patrick : Absolument. Nous sommes dans une période qui dépasse l’entendement. Il faut se concentrer sur l’essentiel et aujourd’hui ce n’est pas le foot, loin de là. Je pense à tous les gens qui galèrent ou vont galérer à cause de la crise financière qui se profile. Franchement le championnat j’m’en fout.
Alex : Je pense que c’est une bonne chose que le championnat se soit stoppé. Le foot et les autres sports, de manière générale, restent un divertissement, et même si pour beaucoup d’entre nous le stade manque énormément, rien n’est plus important que la santé de tous.
Pinso : Le championnat ne doit pas reprendre de façon prématuré tant que les conditions sanitaires ne le permettent pas. C’est long sans foot, mais reprendre les compétitions trop tôt serait purement et uniquement pour des raisons économiques. On sait qu’il y énormément d’argent en jeu, et quand les supporters disent lutter contre le foot-business, on en a l’exemple parfait. Un communiqué de supporters signé par une quarantaines de groupes français a d’ailleurs vu le jour lors de cette crise pour dire non à une reprise prématurée !

La chose qui ne passe pas pour un joueur auprès des supporters, le gars qui triche ?
Patrick : Effectivement, c’est notre pire ennemi ça ! On peut soutenir un joueur qui est en dessous mais qui donne tout. Les tricheurs ce n’est pas supportable. Le respect du maillot est notre credo, tricher c’est le salir. Et comme disait mon coach « si tu triches dans le sport c’est que tu triches dans la vie ! ». Oui moi aussi j’ai joué au foot…
Alex : Quand je pense à un joueur qui triche, je l’imagine ne respectant plus son contrat, ni les couleurs de notre club. Pour moi ce genre de comportement est malhonnête.
Pinso : On aime les joueurs qui donnent tout, qui mouillent le maillot pendant 90 minutes. Celui qui triche et qui fait semblant, c’est sûr que t’as pas envie de le voir sur le terrain.

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Le pire dans ce domaine selon vous ?
Patrick : A titre perso j’en retiens deux qui me sortaient par les yeux. Wilfried Dalmat qui ne voulait pas courir même à coups de bâton et David Jemmali qui est venu finir sa carrière en roue libre, ce qu’il y a de pire pour un petit club de ligue 1 !
Pinso : Le pire ? Non je sais pas..

Et le plus gros chouchou du KOP ?
Patrick : Je me suis toujours fait un point d’honneur à ne pas idolâtrer les joueurs, même les très bons qu’on a eu au club comme BATTLES, LJUBOJA ou DAVID, mais SELIM BENGRIBA est dans mon cœur. Tout le foot que j’aime est concentré dans ce type. Chaque montée je pensais qu’il allait lâcher, il était toujours là, avec sa rage et son amour pour le maillot… Et puis il y a eu la 120 ième contre Marseille … C’est devenu une légende ! Ce mec est extraordinaire !
Alex :Selim Bengriba, évidemment.
Pinso : BENGRIBA évidemment, parce qu’il a contribué grandement à la remontée du GF38, il s’est toujours battu à chaque match, c’est un vrai guerrier. En plus c’est un gars super sympa et proche du public en dehors du terrain. Le soir de la montée de CFA2 en CFA par exemple, il nous avait rejoint avec quelques autres joueurs pour fêter ça en ville. Et il avait bien fêté…

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Le pus joli match au SDA ?
Patrick : Pour moi GF38 MONACO ( 1-0) de 2008 . On gagne encore au SDA, contre Monaco, dans une ambiance de malade. Je suis un peu long à la détente mais c’est là que j’ai compris qu’on était réellement en Ligue 1.
Alex : Je vais dire GF38-OM coupe de France 2015.
Pinso : J’hésite entre la montée en L1 et le match de 32eme de coupe de France contre Marseille… Mais je vais dire Marseille. Un moment qui restera gravé à vie ! C’était un match de fou, l’OM est leader de L1 et nous en CFA, on est mené trois fois au score, et là, Bengriba vient poser ce coup de tête à la toute fin des prolongations pour égaliser à 3-3, ce qui rend ce joueur encore et toujours plus emblématique. C’était exceptionnel, on a rarement vécu des émotions aussi fortes. Et derrière, victoire lors de la séance des tirs au but avec l’échec de Thauvin et enfin le dernier tir de Nasrallah devant la tribune Ouest pleine à craquer. Quelle victoire et voir ce stade rempli pour l’occasion exploser de joie, c’était juste magique !

La pus belle ambiance ?
Patrick : Nous concernant, je pense que les premiers matches de Ligue 1 au SDA étaient hallucinants. Je me souviens des joueurs de Rennes, à la deuxième journée, qui se plaignaient du boucan dans le SDA. Le son sourd sur le but à la 120 ième contre l’OM, je m’en souviendrai toute ma vie. J’en ai encore des frissons ! A l’extérieur on a fait quelques parcages d’anthologie. Lyon, Saint-Etienne, Marseille avec plus de 1500 Grenoblois a chaque fois. Le premier déplacement à Sochaux a pour moi une saveur particulière comme le premier au Parc. Que des souvenirs de fous.
Alex : Toujours ce GF38/OM en coupe.
Pinso : Il y a eu de sacrées belles ambiances, je ne pourrais vraiment pas en sortir une. Entre les matches de la montée en L1, la réception des clubs de L1, les matches de coupe de France, c’est dur.

Au sujet de l’ambiance, elle vous a plu cette année ?
Patrick : Très franchement c’est tristounet. Cela ressemble beaucoup a ce qu’il se passe sur la pelouse. C’est moyen . Pas dégueu mais trop moyen pour GRENOBLE en ligue 2.
Alex : Oui on a eu de bonnes ambiances en tribune. C’est vrai qu’on voudrait tous voir la Ouest pleine et chanter d’une seule voix… Mais faut être ambitieux et confiant, un jour ce sera le cas.
Pinso : On fait le maximum pour mettre l’ambiance et faire en sorte d’être suivi par un maximum de personnes. On prépare des Tifos, on donne de la voix au stade… On aimerait toujours être plus, c’est normal.

GF38 Dunkerque Red Kaos

Et la fréquentation du SDA cette saison. Peut mieux faire ?
Patrick : Non c’est plutôt catastrophique. Après des années de purgatoire on a enfin quelques affiches pas mal. Nous n’avons pas été en danger de relégation sur ces deux saisons… Du coup on attendait autre chose sur l’affluence forcement !
Pinso : L’affluence moyenne n’est pas très élevée, difficile de fidéliser les gens derrière le GF38 mais c’est ce qu’on essaie de faire. La tribune Ouest a toujours son bloc de fidèles, à nous de le faire grossir.

Vous avez des idées pour faire venir davantage de monde au stade ? Le foot le samedi par exemple comme disait Pinso ? Une de vos revendications ?
Patrick : Oui. Le foot le samedi c’est permettre au plus grand nombre d’aller au stade plus facilement. On se met à la place des gens. Vendredi soir, la semaine est finie, t’es mort de fatigue, il fait 3°, c’est dur de se dire « j’vais au stade voir un 0-0 contre Chambly ». Des idées ? C’est au club de faire ce boulot, de communiquer etc… On a donné un coup de main pour la pub des matches quand le club était amateur mais là c’est plus notre rôle. Après, à nous d’animer au max la tribune Ouest et de faire passer un bon moment aux gens qui la fréquentent. Qu’ils aient envie de revenir et surtout que cela devienne un plaisir d’aller au stade, même contre des équipes peu attractives. Pour l’instant on est trop dépendant du spectacle sur le terrain et comme ce n’est pas le Brésil …
Alex : Les matches le samedi oui, ça devrait peut-être aider à remplir les stades, mais voilà, on le sait bien, la Ligue 2 n’attire pas forcément toute une ville…
Pinso : J’en parlais tout à l’heure, le foot le samedi, c’est une revendication des groupes de supporters français. Il y a forcément plus de monde qui peut venir au stade le week-end, que ce soit en famille ou entre amis. Après, il faut que le club mette en œuvre des moyens concrets pour attirer de nouveaux supporter et pour les fidéliser. Cela passe par la communication, par différentes offres, par un minimum de jeu sur le terrain pour donner aux gens envie de revenir etc… Et de notre côté, le groupe réfléchit sans cesse aux moyens possibles pour attirer et fidéliser de plus en plus de supporters.

Vous avez vu du pays, quel est le plus beau stade en France ?
Patrick : Moi j’aime tous les stades. Surtout les vieux. C’est là que tu te rends compte que c’est un vrai symbole dans chaque ville. Bien sûr le Parc, le Vélodrome, Chaban Delmas, Geoffroy Guichard, la Meinau et pleins d’autres sont magnifiques. En choisir un ce n’est pas facile. Aujourd’hui on commence à voyager dans des stades plus modernes. J’ai beaucoup aimé celui de Valenciennes. Si toutefois je devais en choisir un, je dirais Le Parc des Princes, c’est quand même un endroit incroyable.
Alex : Sans parler d’architecture, mais plutôt d’ambiance, je dirais Saint-Étienne, même Nantes et Strasbourg se démarquent.
Pinso : Je dirais le Parc des Princes ou le Vélodrome, forcément deux stades mythiques avec de grosses équipes et un sacré public. Je rêve d’y retourner un jour !

Si vous ne deviez retenir qu’un seul déplacement depuis que vous suivez le GF ?
Patrick : Ça c’est la question la plus difficile. Tous les déplacements ont une saveur particulière. Des anecdotes il y en a des dizaines à chaque dep. C’est ça le plaisir. On délire entre nous, il nous arrive mille aventures, on rigole bien mais personne ne comprend pourquoi on fait ça… C’est fou quand même.
Alex : Si je devais garder qu’un seul déplacement, je pencherais pour mon premier à Chasselay, c’est là que j’ai vraiment connu le groupe et toutes les personnes qui sont devenues bien plus que des potes…
Pinso : C’est vraiment dur de choisir un déplacement, beaucoup ne se ressemble pas. Je dirais la première année de L1 à Geoffroy Guichard, c’était un de mes premiers déplacements, on débarquait tout juste en L1. On avait rempli le parcage, il y avait une ambiance de dingue. On gagne 2-0. A la mi-temps et à la fin du match les gens ne s’arrêtaient pas de chanter, c’était la folie. T’as envie de vivre ça tous les matches à l’extérieur.

« Le virage nord a passé tout le match à nous regarder »

Et le plus galère ?
Patrick : La deuxième année au Parc. Dans une année galère sportivement, on organise deux bus pour monter à Paris. On se prend des bouchons dantesques. On est grave en retard. Les flics demandent au premier bus arrivé d’attendre le second pour faire entrer tous les Grenoblois d’un coup. On apprend que le second est perdu. Il y alors beaucoup de tension dans le bus. Le match a commencé, on attend encore sur le parking sans pouvoir sortir. Tout le monde s’énerve. Le chauffeur nous met le match à la radio. On rentre enfin à la 65 ième je crois. Il y a 3-0 pour le PSG. On s’installe, Paris marque de nouveau. 4-0. Ça chambre, le match est fini. On remonte dans les bus. Moi j’ai adoré. Mais c’était une belle galère Je pense que sur ce coup-là, on a perdu les non-initiés
Alex : Alors là sans hésiter Auxerre, avec une bonne panne de voiture sur l’autoroute… Là oui on peut parler de bonne galère, avec un retour à Grenoble au petit matin. Dur pour le proprio de la voiture…
Pinso : Il y eu plusieurs déplacements galère… Entre ceux où il y un problème avec un véhicule -cela nous est arrivé il y n’a pas longtemps d’ailleurs- et ceux où tu viens de rater une montée, que tu te dis que tu repars pour une nouvelle année en CFA. Mais je vais dire quand on s’est retrouvé à une bonne dizaine sur une bande d’arrêt d’urgence de l’autoroute en pleine nuit lors du retour d’Auxerre. Un véhicule nous a lâché, obligé d’appeler la dépanneuse. Mais c’était surtout galère pour le propriétaire de la voiture. Une petite pensée pour lui et son nouveau bolide…

GF38-Yzeure Red Kaos

On imagine que les anecdotes sont légions au sein du RK 94. Est-ce que vous avez des souvenirs croustillants à nous faire partager ?
Patrick : En CFA on jouait contre Sochaux B. On a atterri dans un village près de Sochaux pour attendre l’heure du match dans un bar perdu avec des gens du coin. Ils ont paniqué en voyant arriver 30 mecs torses nus. Après 2-3 heures passées avec eux et une rivière d’alcool local, ils voulaient plus nous voir partir. Le patron du bar chialait comme un gosse à la fin d’une colonie de vacances. Un moment d’exception que l’on ne peut connaître que dans les déplacements. En pro, le déplacement à Marseille de près de 2000 Grenoblois en parcage était quand même quelque chose de grandiose pour moi. On a mis un feu de malade. Le virage nord a passé tout le match à nous regarder. Ils étaient outrés de la vie !

Avant de conclure, on demande souvent aux joueurs s’ils ont un mot vis à vis des supporters. Vous, qu’est-ce que vous avez envie de dire aux joueurs ?
Patrick : Défoncez-vous ! Vous portez notre maillot alors défoncez-vous. Vous faites le métier que des milliers de gens voudraient faire, profitez-en et sublimez le !
Alex : Aux joueurs j’aimerais leur dire de ne jamais rien lâcher, de toujours tout donner, et même si on est dans le dur, nous serons toujours là avec eux.
Pinso : Si je devais leur dire un truc, ce serait de tout donner sur le terrain, de ne pas faire semblant. Un match c’est 90 minutes alors on mouille le maillot jusqu’au bout et la récompense sera là ! On est derrière vous et on ne lâchera jamais !

Dernière question, que peut-on souhaiter au RK 94, encore 26 ans de bonheur ? Retrouvez la L1, le Parc et Le Vélodrome ?
Patrick : Oh que oui ! Une vie éternelle avec des générations nouvelles, prêtes à tout pour porter haut le nom du RED KAOS. La ligue 1 c’est une récompense. Ça serait vraiment cool pour les jeunes. En France malheureusement le seul foot qui compte c’est la Ligue 1, donc si on pouvait la retrouver et s’y installer ça serait TOP !.. Même pour moi avant que je sois trop vieux pour faire 2 000 kms pour un match de ballon.
Alex : Demandez à un aveugle s’il veut voir et on verra ce qu’il répond ! Non mais plus sérieusement évidemment on veut retrouver le plus haut niveau, et pour beaucoup de ma génération ce sera l’occasion de connaître la Ligue 1, cette fameuse Ligue 1 dont on a tant entendu parler et qui nous a tous mis des rêves plein les yeux.
Pinso : Que des bonnes choses, encore beaucoup de bougies à souffler, beaucoup de beaux matchs, de belles ambiances et atteindre un jour les sommets !

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Merci à vous trois et au RK94 en général, c’est bien tout le mal que l’on peut vous souhaiter.
Merci à LSD de nous avoir consacré cette interview et bonne continuation. RDV au SDA ou ailleurs.

Pour finir, une petite contribution personnelle inspirée de 47 Ter qui vaut ce qu’elle vaut :
J’prends le mauvais côté de la vie et je lui casse les côtes
T’inquiète on ira tous un jour dans le Kop Ouest
Chanter et pousser derrière le GF
Alors lève les bras et crie: « Allez grenoblois »…

Nissan