Maxime Gauduin (Vainqueur de la Chartreuse Bakyard) : « J’avais pour objectif de faire 36h »

Après avoir couru 274,93 kilomètres en 40 heures 41 minutes lors de sa victoire dans la Chartreuse Bakyard, Maxime Gauduin reviens sur sa course et ses futurs objectifs dans une interview questions-réponses.

– Qu’as-tu pensé de l’organisation ?
Maxime Gauduin : Tout l’environnement autour de la course est fait pour qu’on aille le plus loin possible. Par rapport au concept je pense pas qu’on aurait pu le faire dans des conditions plus confortables. Le gymnase était top, quand on demandait quelque chose, on l’avait en 45 minutes.

– Comment as-tu construis ta course ?
On savait pas trop dans combien d’heures on allait se lancer. J’avais l’objectif de faire 36h comme Valéry (Valéry Caussarieu 2ème, ndlr). Pour aller loin, l’idée c’est de se mettre des paliers. Il faut mettre en place une routine. Comme c’est un concept nouveau en France, j’ai beaucoup échangé avec les autres participants sur la stratégie. Donc la stratégie que j’ai décidé de mettre en place je l’ai conservée très longtemps. À savoir courir pendant 4,7km puis marcher lors des deux derniers kilomètres jusqu’au gymnase. Ce qui donnait 35 minutes de course à pied et 20 minutes de randonnée. Ça me permettait de pas fatiguer les mêmes muscles et d’aller physiquement plus loin.

– Comment as-tu pu tenir mentalement ?
Au niveau mental, j’ai participé à la diagonale du fou l’an dernier. Je sais que je suis capable de courir 100 miles (161km) que j’avais bouclé en 32h44min donc l’objectif c’était de faire 33 tours. Quand on arrive aux 33 tours on est très proche des 36. Ca devient compliqué après car l’objectif est passé donc j’ai mis un peu de temps à me réorganiser entre la 37ème boucle et la 39ème parce que j’avais vu que Valéry était pas bien et je pensais qu’il allait arrêter dès l’objectif des 36h atteint. Mais à partir de la 40ème boucle, la dernière en duo, je m’étais remis un plan en tête pour aller jusqu’au 45ème tour sans aucun problème vu l’état des jambes.

– Pourquoi ne pas être allé plus loin ?
On est obligé de s’arrêter quand on est tout seul, on fait juste une boucle supplémentaire. Je sais que j’aurai pu faire 45 boucles mais n’ayant plus de sparring-partenaire j’ai dû arrêter. C’est la règle du jeu, c’est pour ça qu’avec Valery on s’encourageait. On était très contents de s’emmener mutuellement aux 36h.

– Tu avais déjà pris part à une Backyard ?
Tout les concurrents présents sur la ligne de départ n’avaient jamais participé à une Backyard et moi non plus…

– Comment as-tu géré ton alimentation ?
Cela peut paraître fou mais pour moi c’est plus une épreuve mentale et de gestion qu’une épreuve physique, dans la mesure où je cours largement en dessous de mon niveau. Je fais 2km de randonnée par boucle et quand je courrais j’étais pas du tout à fond, mis à part les deux/trois boucles que j’ai fait en 38min pour pouvoir m’allonger 20min. L’effort est long mais relativement faible en terme d’intensité donc j’ai mangé normalement. J’ai pris un vrai petit-déjeuner, le midi un vrai repas et le soir je me suis fait plaisir j’ai mangé des diots. Mon corps n’a pas souffert du point de vue alimentation donc j’ai mangé comme dans une journée classique.

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– As-tu pris des compléments, des gels ?
J’ai pas mangé un seul gel. J’ai essayé d’éviter au maximum les doses de sucre importantes pour éviter les pics de glycémie qui entraînent les hypoglycémies. En ce qui concerne les en-cas, durant la boucle j’ai jamais rien mangé et j’ai commencé à boire à la toute fin. Aux ravitaillements j’ai mangé quelques bananes. J’ai mangé sain, ma chérie m’as assisté. Elle a préparé boules énergétiques, avec tout ce qu’il faut en nutriments, avec des graines, des noix et des fruits secs.

– Comptes-tu refaire une Bakyard ?
Pourquoi pas ! En tout cas le format m’as apporté des réponses sur le mental, l’alimentation et la gestion du sommeil. Pour revenir sur une course pareille il faut avoir quelque chose à chercher. Par contre dans un futur proche pour aller encore plus loin et me frotter aux meilleurs dans le circuit mondial (Avec une finale aux Etats-Unis dans le jardin du créateur Lazarus Lake. Egalement créateur de la Barkley, la course la plus difficile du monde avec 15 finishers en 33ans, ndlr)… Participer à cette finale avec tous les meilleurs mondiaux dans un futur pas trop proche ça peut être rigolo. C’est dans un an ça tombe bien.

– Pour performer faut-il sortir de France ?
Ca serait pour changer d’endroit. Mais je pense qu’avec le niveau de la première édition de la chartreuse Bakyard et l’organisation autour, il y a tout ce qu’il faut pour que la performance de cette année soit battue dès l’année prochaine. Les gens en Europe qui sont forts sur ce genre de format, il y en a beaucoup. Ca serait super dans les années à venir qu’on ait un plateau aussi dense qu’aux Etats Unis en Chartreuse.

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– Depuis combien de temps fais-tu de la compétition ?
Cela fait pas longtemps que j’en fais ! J’ai pas mis beaucoup de dossards, j’ai fait qu’un seul ultra dans ma vie, j’ai toujours couru pour le plaisir. Cela fait que deux ans que je me suis mis à des formats de compétition.

– Quelles courses fais-tu généralement ?
Je suis orienteur, je fais de la course d’orientation.

– Quelles courses préfères-tu ?
J’aime bien la nouveauté,  j’aime connaître mes limites. Donc les formats très longs avec un peu d’orientation comme la Chartreuse Terminorum où la Barkley aux Etats Unis. Sinon des formats longue distance comme Le Rogaining. J’adore courir à basse intensité que se soit en trail ou dans d’autres disciplines.

– Quelles courses envisages-tu de faire ?
En Ultra-Trail cette année je vais faire L’Echappée Belle. Après j’aimerai bien faire la Barkley dès cette année si possible. Si j’ai fait la Chartreuse Backyard c’était pour voir si j’avais le mental et les jambes pour des très longue distance comme la Barkley. Et la Chartreuse Terminorum invaincue en France et que j’aimerais faire comme il faut une fois. J’ai encore la décennie qui arrive ou je serrai dans une bonne forme et je vais participer à des courses auxquelles je rêve depuis des années. »

– La Barkley est une course que quasiment personne ne termine. Quel serait ton objectif ?
C’est ce genre de course qui m’attire. La terminer c’est hyper ambitieux. Pour une première participation l’objectif serait de faire trois tours. C’est l’équivalent de la meilleure performance française de l’histoire de cette course. Donc l’égaler ça serait déjà genial. Une fois que j’aurais les éléments pour m’entraîner pourquoi pas la terminer.

– Tu parles d’Ultra-Trail. Celui du Mont Blanc t’intéresses-t-il ?
Non pas particulièrement. J’ai fait le tour du Mont-Blanc en trail l’an dernier. Mais je n’ai pas une attirance folle pour cette course. Le Grand Raid de la Réunion et l’Échappée Belle m’attirent beaucoup plus.

– Pour ton année 2020 quel sera ton grand objectif ?
Ma saison sera certainement axée sur la Barley et sur l’Échappée Belle.

 

Il faudra à coup sûr suivre les performances de Maxime Gauduin l’année prochaine car après seulement deux saisons de compétitions, on se demande jusque où il peut aller !

CERFrance