#Retraite Margaux Donzel : «Les Amazones, une sacrée aventure!»

Il va falloir s’y faire. On ne verra plus son numéro 3 et sa longue natte sillonner les prés de Lesdiguières et Navarre. Plus de la moitié de sa vie à défendre les couleurs des Amazones… L’heure d’une retraite amplement méritée a donc sonné pour cette emblématique du rugby féminin en Isère. Que ce soit sous pavillon sassenageois ou grenoblois, Margaux Donzel a toujours donné de sa personne pour faire briller ses couleurs. Pilier droit de son état, tantôt capitaine en chef, tantôt en second elle aura toujours été l’exemple à suivre pour ses coéquipières. Après 17 ans de bons et loyaux services, le corps meurtri et le cœur d’Amazone bien lourd, « Donz Donz » referme ce long chapitre de joueuse pour écrire une nouvelle page de son histoire. Jamais loin du rugby et de sa grande famille rouge et bleue où elle enfilera le tailleur d’entraîneur. Quand le rugby rime avec passion et beaucoup plus encore, une filiation…
Entretien avec Margaux, la belle « Donzel », pilier de son état, Amazone éternelle et reine du FCG… La Reine Margaux !

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Margaux, 17 ans de carrière, ce n’est pas un peu trop tôt pour s’arrêter?
(Rires) Mentalement c’est peut-être un peu tôt mais physiquement non, c’est le bon moment.

Tu avais déjà pris du recul la saison passée avant de revenir donner un coup de main en Top16 en fin de saison. Cette fois-ci c’est irrévocable?
Oui, je n’ai pas repris de licence. Je suis encore la préparation physique juste pour m’entretenir mais le rugby en tant que joueuse, c’est fini.

C’est le corps qui a dit stop avec notamment une grosse blessure la saison passée?
Oui, sur une mêlée écroulée à Rouen, j’ai subi une entorse des cervicales qui a entraîné une hernie et un rétrécissement du canal rachidien. Techniquement je n’avais plus le droit de jouer mais un chirurgien spécialiste lyonnais m’a donné le feu vert, le canal n’était pas si étroit que cela.

Malgré tout il y avait la peur de la blessure?
Bizarrement pas tant que ça. C’est surtout que je ressentais des douleurs lors des mêlées et n’étais pas à 100%. Je ne voulais pas entré sur le terrain en étant l’ombre de moi-même et être plus un fardeau pour l’équipe qu’autre chose.

Finir sur un maintien et des phases finale d’un Top 16, c’est plutôt une belle sortie?
C’est cool pour terminer surtout que ce n’était pas espéré. J’ai également eu la chance d’avoir pu côtoyer le groupe Fed2 champion de France. Je termine sur un titre de championne de France Armelle Auclair l’an dernier et un titre de championne de Fed 2 cette année, cela aurait pu être pire.

« Les Amazones championnes de France ? Je pense que oui. »

Tu ne voulais pas attendre l’année prochaine pour finir sur un titre de Championne de France de Top16?
(Rires) Il ne faut pas mettre la charrue avant les bœufs. On a pu mesurer cette saison encore tout l’écart qui nous sépare du haut niveau français, notamment Montpellier et Toulouse. Il faut cependant y penser, s’en donner les moyens, mais pour le moment il y a encore une sacrée marche à franchir.

Les Amazones championnes de France, c’est envisageable dans un avenir proche?
Oui, moi je pense que oui. Si on continue à travailler fort et si on garde le même état d’esprit il n’y a pas de raison.

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Que manque t-il pour y parvenir, plus de moyens financiers?
Comme tout sport qui se professionnalise l’argent va commencer à être le nerf de la guerre. Ici nous avons encore de petits moyens même si nous avons bien évolué par rapport à un passé récent. Nous essayons d’aider les filles dans leur recherche de logement, de travail et d’accès aux filières universitaires. Nous avons surtout la chance de pouvoir profiter des structures des garçons donc nous ne sommes pas les plus à plaindre. Cependant certains clubs sont beaucoup plus développer que nous concernant leur section féminine, mais on vise à réduire cet écart.

Revenons à toi Margaux, qu’est-ce qui manquera le plus? Le terrain? Le vestiaire?
C’est un tout. Le bruit des crampons dans le vestiaire, se faire mal pendant 80 minutes avec les copines, plaquer, se relever, replaquer, pousser une mêlée, chercher à repousser ses limites, faire le dernier effort, être ensemble…Pour l’instant j’essaye de ne pas trop être nostalgique mais cela risque de faire un gros vide.

« Les Amazones, c’est un peu plus qu’une simple équipe… »

Margaux, tu évoquais le titre de championne de France Armelle Auclair (seconde division). C’est ton meilleur souvenir de rugbywoman?
(Hésitations) J’aurais tendance à dire oui car un titre c’est exceptionnel, un aboutissement, ce dont rêve tout gamin quand il joue au rugby. Mais il y a eu des aventures humaines très intenses avec des coéquipières exceptionnelles, ça valait presque un bouclier. Avec un titre au bout cela aurait été l’apothéose.

Il y a d’autres souvenirs marquants?
Oui, je me souviens de mes premiers matches en Séniors, ma première finale à 19 ans, mon premier match en Élite à 20 ans le jour de mon anniversaire… Je n’oublie pas non plus les échecs en finale et ces deux titres de vice championne de France à 19 ans et à 29 ans, ce sont des petites cicatrices qui te font apprécier d’avantage le bouclier. Tous ces moments resteront gravés à jamais.

Margaux, Amazone un jour, Amazone toujours, ce n’est pas un peu cliché?
Non, pas du tout. Je pense que n’importe quelle fille passée par le club en est ressortie marquée.

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Pourquoi? Les Amazones c’est une famille?
Tout à fait. C’est une famille, un groupe de copines, un état d’esprit, une manière de vivre. Il y a plein de choses qui font que les Amazones sont ce qu’elles sont. Ce n’est par exemple pas banal de toutes arriver déguisées pour un déplacement, aller boire des coups toutes ensembles…Il y a plein de filles qui sont en colocation, qui travaillent ou étudient ensemble…Les Amazones c’est un peu plus qu’une simple équipe, c’est un tout! C’est dur à décrire mais c’est un truc qu’on a la chance de vivre.

« Il faut être un peu folle! »

Quelle est la condition indispensable pour appartenir à la famille des Amazones?
Je pense qu’il faut être un peu folle (rires). Il faut être un peu folle pour aimer se faire du mal, un peu folle pour faire des déplacements comme les nôtres, un peu folle pour avoir notre état d’esprit. Oui, il faut avoir un petit brin de folie!

Margaux, tu pars la tête haute, le sentiment du devoir accompli?
J’ai passé plus de la moitié de ma vie ici, ai concédé beaucoup de sacrifice, dans le sens positif du terme, et je ne pense pas avoir triché. J’ai donné tout ce que j’ai pu donner même si une carrière ce n’est pas linéaire, tu as des coups de moins bien et l’impression parfois au fond de toi que tu aurais pu faire mieux. Heureusement les copines étaient sympas, elles me disaient que j’avais bien joué (rires). J’espère surtout avoir fait honneur au maillot des Amazones.

Tu ne serais pas une éternelle insatisfaite?
Plutôt oui. Se remettre constamment en questions évite de stagner.

Margaux, on va essayer désormais de cibler des souvenirs plus précis. Si par exemple tu ne devais retenir qu’un seul match au cours de ces 17 années?
Je dirais La Valette à Pont de Claix. C’était un match avec une saveur particulière car on a plein de copains ici (au même titre qu’ à Seyssins) et il s’est tout passé dans cette rencontre. C’était l’année où j’étais capitaine, il y a eu de la folie, des essais, des bagarres, des cartons, une grosse défense, Émeline Gros avait mis un sacré cul, j’ai maqué un essai à la 80′, mon premier réellement reconnu en championnat (rires)… On s’était vraiment retrouvé sur des valeurs, sur le jeu, un bon condensé des Amazones.

Une seule coéquipière, celle qui t’a le plus impressionnée en 17 ans?
C’est super difficile ça aussi. Au début de ma carrière je dirais Sylvie Bernard, la cousine de Claudia Gallin. Nous avons joué longtemps ensemble. Elle a été ma première capitaine et également capitaine de l’équipe de France A. « Sissou », c’était un vrai exemple, tant sur le terrain qu’en dehors, c’était la force tranquille. Elle était calme, posée, réfléchie, grande plaqueuse en autres. Elle m’a beaucoup inspirée. Plus récemment, il y a évidemment Emeline Gros qui est impressionnante. C’est vraiment fou ce qu’elle est forte.

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Un seul discours, celui qui t’a le plus touché?
(Hésitations)…

Peut-être un des tiens?
Non non, moi mes discours ils n’étaient pas …, disons que ce n’était pas mon truc (rires). C’était une causerie de Thomas Mounier et Hervé Novelli, mes anciens coachs. Ils allaient chercher là ou à un moment donné nous n’allions plus chercher, et forcément cela remet tout en question, tout en ordre. C’était une période faste pour les Amazones, ça allait même peut-être trop bien et ce discours avait remis les choses en place.

« On savait ce qu’on allait recevoir, aussi ce qu’on allait donner »

Un seul essai? Il n’y en a pas eu beaucoup alors celui contre la Valette?
Arrête j’en ai marqué plein, 5 je crois (rires). C’est l’essai contre Tarbes en quart de finale la saison passée. Nous étions menées 8-3, il permet d’égaliser et la transfo de Claudia nous offre la victoire.

Une seule baston?
La Valette (rires).

Un seul fou rire?
C’est dur, on passe beaucoup de temps à rigoler.

Cela ne vous est quand même pas arrivé de rentrer sur le terrain en rigolant?
Non jamais en rigolant mais en souriant. C’était à Perpignan, un terrain toujours très compliqué. On savait ce qu’on allait recevoir, aussi ce qu’on allait donner. On n’a pas baissé la tête. C’était un sourire qui voulait dire qu’on serait présentes dans le combat.

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Crédit photo: karine Laime-Valentin

La coéquipière avec les plus belles casseroles?
Emeline (Gros) elle nous en sort quelques unes, alors je vais la désigner lauréate pour son côté tête en l’air.

Margaux est-ce que tu as pleuré avec les Amazones?
Oh que oui, un nombre de fois incalculable. J’ai pleuré de joie, de tristesse, de souffrances, de satisfaction… Oui oui j’en ai versé des larmes.

17 années partagées également avec ta maman «Chanchan», dirigeante de l’équipe première. C’est une double dose de bonheur?
Il ne me reste plus qu’elle donc c’est un plaisir particulier de pouvoir passer du temps ensemble, même si en déplacement on ne se parle quasiment pas, elle est trop occupée à discuter avec mes coéquipières (rires). Nous sommes très complices et n’avons pas besoin de nous parler pour nous comprendre. Le fait qu’elle soit à côté de moi me rend heureuse.

Margaux, ton papa était également rugbyman. Tu te dis maintenant qu’il aurait été fier de toi?
J’espère. J’espère que de là où il est (je ne sais pas s’il y a un quelque part), il est fier de moi. Il m’a accompagné à mes premiers entraînements (il n’y avait pas d’équipe Cadette à l’époque et je ne faisais que les entraînements car j’étais trop jeune pour jouer), il n’en loupait aucun malgré le froid, la pluie, la chaleur. Si j’ai eu la carrière que j’ai eu c’est beaucoup grâce à mon père, je me devais à chaque rencontre de faire mon maximum pour lui.

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Si tu as tant persévéré dans ce sport c’est aussi en son hommage?
Oui aussi en partie même si j’ai le virus depuis que je suis née. Depuis l’âge de 5 ans je tanne ma mère pour jouer au rugby et je ne voulais pas lâcher. Je ne me projette pas encore car c’est tout frais mais ce sera une douleur pour moi de ne pas être sur le terrain.

On peut dire que le rugby c’est toute ta vie Margaux?
Oui c’est ça.

C’est donc presque en toute logique que tu embrasses une carrière d’entraîneur (de l’équipe réserve). C’était écrit?
Pas tant que ça en réalité, cela était loin d’être une évidence. J’avais déjà été éducatrice de jeunes et j’avais trouvé ça sympa mais je ne me sentais pas capable d’entraîner une équipe Sénior, d’autant plus que les filles accèdent à la Fédérale 1. C’est après avoir longtemps discuté avec Manu, Nathan et Cristian (Ndlr Pellorce, Arnaud, Spachuk, staff des Amazones) que j’ai finalement tenté le pari. On verra bien ce que ça va donner. Je vais prendre tous les conseils possibles et faire de mon mieux.

Tu vas coacher tes anciennes coéquipières, tu vas essayer de mettre un peu de distance avec elles?
Ce ne sera pas facile au début vu que j’ai partagé plein de choses avec elles, mais on essaiera.

« Un héritage à préserver »

Tu seras quel genre de coach? Un mix de ceux que tu as connu?
Je pense, je vais m’inspirer de ceux que j’ai pu croiser et qui m’ont beaucoup apporté, notamment Manu et Cristian à qui je dois beaucoup sur ces dernières années. Je pense au calme légendaire de Manu et la force mentale de Cristian. J’aimais bien également les caractères ronchons de Thomas Mounier et Hervé Novelli, la bonne humeur de Benjamin Bissonnier qui faisait parti de ce trio. Voilà je vais essayer de faire ma petite cuisine avec tout ça en y ajoutant ma personnalité et ma vision du rugby.

Avec pour mission de transmettre les valeurs des Amazones. Ce sera un élément récurrent de ton discours?
Obligatoirement. Déjà l’an dernier Manu et Nathan souhaitaient absolument que je tienne ce rôle là. Le FCG c’est tout beau c’est tout rose mais avant d’en arriver là on en a bien bavait. Il faut aussi rappeler aux filles par quoi nous sommes passées, les hauts, les bas, les moments vraiment compliqués, c’est important. Si nous en sommes ici aujourd’hui c’est aussi parce qu’il y a des filles avant nous qui se sont battues. Elles nous ont offert un joli cadeau que nous avons changé en quelque chose de magnifique. On se doit pour elles de faire honneur à notre maillot et de préserver leur héritage. Il ne faudrait pas tout gâcher sous prétexte de professionnalisation. Je compte aussi sur certaines filles pour faire passer le message.

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Un jour ou l’autre Margaux à la place de Manu Pellorce à la tête de l’équipe première?
(Rires) non non pas du tout. Je ne pense pas avoir les capacités pour entraîner au plus haut niveau.

Tu dirais que c’est plus de stress sur le banc ou sur le terrain?
Sur le banc, carrément. Quand tu es sur le terrain tu es actrice du match, tu mets la tête et tu pousses, tandis que sur le banc, tu aides avec des consignes mais tu subis les choses. Quand tu es coach le gros du travail est réalisé la semaine avant la rencontre.

Qu’est-ce qu’on te souhaite pour cette nouvelle vie?
D’aller gratter à nouveau des phases finales avec ce super groupe de fédérale 1, et (hésitations)… ne pas me planter (rires).

Margaux, avant de conclure, un dernier message à adresser à tes anciennes coéquipières?
J’ai eu la chance de rencontrer énormément de monde ici, des filles avec qui j’ai encore beaucoup de contacts. Les Amazones c’est une sacrée aventure et je voulais remercier toutes celles croisées sur mon chemin. Elles m’ont appris, aidée, soutenue… La carrière que j’ai eue et la fille que je suis devenue, c’est aussi grâce à elles. Je tenais également à remercier toute la grande famille du rugby pour les messages reçus et l’engouement que ma petite personne a pu susciter à l’annonce de mon départ à la retraite. J’ai été beaucoup touchée. Merci encore, je vous embrasse tous.

Un grand merci Margaux pour ta disponibilité et ta gentillesse. Reste désormais à te souhaiter le meilleur dans tes nouvelles aventures. Une seule certitude, les Amazones seront entre de bonnes mains…

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Crédit photo: karine Laime-Valentin

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