Le sport français condamné à mort ?

Depuis plusieurs mois et si comme nous vous êtes passionnés de sport, vous avez sans doute aperçu des pétitions ou des articles sur les réseaux sociaux appelant à dénoncer la politique sportive mis en place par le gouvernement et alertant sur une dégradation du sport amateur français voir même la mort de certaines disciplines, et alors que les représentants des fédérations olympiques ont voté mardi dernier un appel demandant à la ministres des sports de suspendre sa réforme et que d’autres voix demandent purement et simplement sa démission, LSD va tenter de vous aider à voir un peu plus clair entre les annonces de modifications des statuts des agents du ministère des sports, surtout celui des CTS (conseillers technique sportifs) et la création de l’ANS (agence nationale du sport) et leurs enjeux.

LSD étant un média consacré aux sports, nous ne pouvions pas ne pas aborder ce sujet, tout en restant neutre et parfaitement apolitique. En effet, il ne s’agît pas pour nous de nous prononcer sur le bien fondé ou non d’un choix politique mais plutôt d’essayer de comprendre ses enjeux et le pourquoi de tant de mécontentements.

Avant toute chose il faut rappeler que ces décisions font parti de la politique de baisse générale des agents de la fonction publique. Selon plusieurs sources, le gouvernement aurait donc décidé de supprimer 50% des fameux CTS, tout comme il a décidé, et le décret d’application au journal officiel vient de paraître, de mettre fin au CNDS ( principale subvention étatique des clubs amateurs).

Si Roxana Maracineanu, ministre des sports, le 10 septembre dernier, assurait qu’aucun des 1600 conseillers techniques sportifs « ne perdra son emploi », le premier ministre signifiait tout de même que « leur rôle devait être retravaillé et leur statut réinterrogé ».

Alors de qui parle t’on ? Qui sont et à quoi servent les CTS ?

Le site du ministère des sports nous rappelle que :  » Depuis les années soixante, le mouvement sportif bénéficie d’un appui technique spécifique à travers l’intervention de fonctionnaires ou d’agents publics rémunérés par l’Etat, au nombre de 1600 à ce jour, répartis dans 79 fédérations (dont les 38 fédérations olympiques et paralympiques 27 fédérations non olympiques reconnues de haut niveau et 13 fédérations multisports). Ces agents, exerçant des missions de conseillers techniques sportifs (CTS), sont chargés de responsabilités diversifiées, liées, en particulier, au sport pour tous (progression de la pratique licenciée), au sport de haut niveau (détection des talents et perfectionnement de l’élite, sélection des équipes nationales), à la formation des cadres. Ils contribuent directement à la mise en œuvre de la politique sportive de l’Etat et sont garants de la cohérence entre les projets sportifs des fédérations et les orientations prioritaires du ministère de la santé et des sports. Ils s’assurent de la bonne utilisation des crédits publics. Ils assurent auprès des fédérations sportives les missions de directeur technique national (DTN), de DTN adjoint (DTNA), d’entraîneur national (EN), de conseiller technique national (CTN) ou régional (CTR) ». Il s’agit donc d’agent de l’Etat (pour un coût de 110 millions d’Euros par an) que chacun de vous directement ou indirectement à pu croiser dans sa propre pratique sportive ou dans celle de vos enfants et évidemment de vos champions. Rappelons que la quasi totalité de nos champions du Monde de foot, des français évoluant en NBA ou en NHL ou de nos champions olympiques, par exemple, ont tous bénéficié à un moment ou à un autre de cette organisation.

Les enjeux ?

Les inquiétudes sont nombreuses. En effet, le modèle sportif français est un modèle qui permet à la fois d’avoir une élite qui peut briller au niveau international (même s’il existe de grandes disparités entre les disciplines) en donnant cette chance à tous et dans le même temps favoriser la pratique du sport pour tous dans des conditions qui tentent d’être les meilleures possibles. La possible perte de statut des agents du ministère des sports et la disparition du CNDS tel qu’on le connait aujourd’hui ont réellement de quoi inquiéter les petites fédérations et les petits clubs. On peut aussi rajouter des politiques municipales (départementales, régionales ou de communautés de communes) qui ne favorisent pas leurs associations par des baisses importantes d’aides, des redéfinitions de priorités, du non renouvellement, voir d’entretien, de lieux de pratiques notamment.

Alors que la France s’apprête à accueillir la coupe du Monde football féminin en juin prochain et le plus grand événement sportif mondial à Paris en 2024 et alors que la France fait partie des meilleurs nations dans plusieurs disciplines (Football, Handball, Volley-ball, …) qu’elle compte plusieurs athlètes dans le top mondial (Cyclisme, athlétisme, judo, …) n’est on pas obligé de penser que de si grosses modifications dans son organisation et son financement sonnent comme un appauvrissement pour les clubs et les fédérations qui n’auront pas les épaules assez solides pour palier à tout cela seul. Ne va t’on pas vers une disparition de certaines pratiques sportives en France?

L’Etat estime ne plus avoir les moyens de financer seul le sport en France. Il a donc décidé de créer l’ANS pour que public et privé puissent ensemble s’organiser pour continuer à faire vivre le sport. Mais cette création aussi soudaine que mal organisée était elle vraiment nécessaire ? En effet, tous les acteurs du sport savent déjà combien ils ne peuvent se passer pour vivre, voir survivre, de fonds privés. Plus une fédération est exposée, plus elle peut prétendre à attirer vers elle des partenaires privés. Et le CNDS permettait, un peu, aux autres fédérations d’exister.Quand sera t’il demain? Les partenaires privés voudront à coup sûr des retours sur investissements, ils ne vont donc pas et légitimement donner pour des sports qu’ils qualifieront de mineurs. On peut aussi s’interroger à terme sur l’existence même des fédérations qui pourraient être soumissent aux dictas des dits partenaires privés. Il ne s’agît pas d’écrire un mauvais roman d’anticipation, mais il ne faudrait pas non plus oublier que le sport et les sportifs ne seront plus que des marchandises et que les disciplines lutteront les unes contre les autres ce qui est déjà parfois le cas tant l’argent se fait rare.

Ces réformes peuvent donc être inquiétantes tant par la perte de la formation et de l’accès au sport pour tous. Rappelons aussi ici que le sport est l’un des plus grands facteurs d’insertion sociale et de lutte contre le communautarisme et le sectarisme. Qu’il véhicule des valeurs de vivre avec, de respect de genres, de règles et qu’il favorise l’accès à la santé. Elle peuvent être aussi inquiétante par une baisse massive des crédits pour certaines disciplines, certains clubs et par ricochet certaines zones géographiques.

Ce sujet n’a pas fini à la fois de faire parler mais également d’évoluer, LSD vous tiendra informé régulièrement des suites, vous pouvez sans hésitez nous donner votre point de vue et vos idées sur le sujet.

 

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