Malek Chergui: «Une équipe de battants!»

La Ligue 2 ne connaissait pas Malek Chergui, elle a appris à le connaître. Tel un phénix, le SDA assiste cette saison à sa renaissance. «Un conte de fées» sourit son entraîneur Philippe Hinschberger. Oh que oui! Elle est belle cette histoire pour le régional de l’étape. A 30 ans, il faut bien l’avouer, le natif d’Échirolles n’était pas le premier choix pour conduire l’attaque grenobloise dans le monde professionnel. Juillet 2017, c’est en tant qu’amateur et renfort de l’équipe réserve qu’il s’engage dans le club de «sa» ville. Mais petit à petit, le numéro 27 grenoblois a su se rendre indispensable auprès de ses coéquipiers. Cette saison, il a déjà fait trembler à 5 reprises les filets de L2 et donné le tournis à bon nombres de défenseurs. Une réussite qui lui a même permis de gagner ses galons de titulaire pour devenir «le joueur à surveiller du GF 38» selon son entraîneur. Alors oui, l’histoire est jolie. Si belle qu’elle mérite qu’on fasse plus ample connaissance avec le polyvalent attaquant du GF38. Entretien avec Malek Chergui, le phénix grenoblois!

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Bonjour Malek, les fêtes se sont bien passées?
Oui très bien, cela m’a permis de souffler un peu, c’était cool.

Cette coupure, au vu de vos deux derniers résultats, vous en aviez besoin?
Plutôt oui. Cette pause a été bénéfique pour tout le monde. On avait envie de finir l’année aussi bien que nous l’avions commencée mais cela ne s’est pas passé comme prévu. Malgré ces deux défaites, on reste content de ce notre parcours sur cette première partie de saison. Je pense que nous avons rendu fiers notre public et c’est bien là l’essentiel.

Titulaire en L2, 5 buts, cette saison est celle de la plénitude?
Disons que pour le moment j’ai de la réussite, mais c’est le résultat d’un travail de toute l’équipe. Flo, Youssouf, pour ne citer qu’eux, ont eux aussi trouver le chemin des filets. Mon but n’est pas de briller à titre personnel mais d’aider l’équipe à atteindre ses objectifs et réussir de belles choses. Si je tire mon épingle du jeu, tant mieux, mais le plus important reste le GF 38.

Tu mesures le chemin parcouru en un an et demi quand tu prends une licence amateur au club pour jouer avec la réserve?
(Rires) Oui, je sais d’où je viens. J’ai du surmonter plusieurs obstacles. Tous les jours, quand je vais à l’entraînement, je passe devant le terrain de réserve et me dit qu’il y encore quelques moi j’étais là-bas en train de galérer, à essayer de tout donner pour avoir ma chance au-dessus. C’est chose faîte aujourd’hui, c’est une grosse satisfaction car cela n’a pas était facile tous les jours, j’ai connu des périodes de doute.

Tu n’étais pas un premier choix, cette réussite c’est une revanche personnelle?
Pas forcément une revanche mais la récompense des efforts fournis. Je n’ai pas toujours su saisir les bonnes opportunités et là, réussir à accrocher un contrat pro, chez moi, c’est la cerise sur le gâteau.

Comment tu l’expliques, le travail?
Oui, c’est beaucoup de travail mais le fait aussi de ne jamais avoir abandonner et d’avoir toujours cru en mes possibilités. Je me suis toujours accroché pour n’avoir aucun regret si les choses ne se passaient pas comme prévu..

Du travail, de la volonté et des entraîneurs qui t’ont fait confiance?
C’est ça, il y en a eu trois. A commencer par Hakim Aïbeche, l’entraîneur de la réserve qui l’an passé a fait le forcing pour que je reste. Il y a eu ensuite Olivier Guégan qui m’a intégré en équipe première et aujourd’hui, Philippe Hinschberger. Le coach me fait confiance en me donnant du temps de jeu. J’essaie de le lui rendre du mieux possible sur le terrain.

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Justement, Philippe Hinschberger tient ces propos à ton égard, je cite: «Il est agréable à diriger. A 30 ans il est toujours à l’écoute et a encore envie de progresser.» C’est une bonne définition?
Oui c’est vrai. Pour moi on ne peut qu’apprendre avec des gens comme lui. C’est quand même un coach qui a entraîné en Ligue 1, qui a eu de bons joueurs sous ses ordres. Je ne peux être qu’à l’écoute pour profiter de ses conseils.

Malek Chergui, un gros travailleur. Tu l’as toujours été ou tu t’es fait violence pour jouer en L2?
Non, j’ai toujours été un bosseur, jamais un fainéant. On a parfois des coups de mou quand les choses ne vont pas toujours comme on le souhaite mais j’ai toujours cru au travail.

Tu es sur le devant de la scène Malek, aucun risque de prendre la grosse tête? La famille veille?
Oui il y a toujours mon père et ma mère pour me rappeler d’où je viens. Il y a aussi mon frère et mes amis qui me soutiennent et me gardent les pieds sur terre. C’est très important pour moi.

Tu es capable d’évoluer à tous les postes de l’attaque. Tu as une préférence?
J’aime bien en pointe, c’est le poste auquel j’évoluais pendant ma formation. Ensuite, je me suis habitué à jouer sur les côtés. Olivier Guégan m’a plus utilisé en 9 tandis que Philippe Hinschberger plus dans les couloirs. Cela ne me dérange pas, je joue où on me demande.

L’entente est bonne avec Florian Sotoca?
Oui, bien sûr. En plus d’être un très bon joueur, c’est un mec super, très agréable à vivre, quelqu’un de bien.

Grenoble vient de recruter un nouvel attaquant (Yohan Brun), c’est une bonne chose?
Oui, c’est un bien pour l’équipe. Et puis cela va amener un peu plus de concurrence.

Cela ne t’effraie pas?
Pas du tout. On m’a donné ma chance et il faut accepter que ce soit la même chose pour d’autres. Il a démontré qu’il avait des qualités et aujourd’hui on lui fait confiance. Je suis content pour lui et franchement, c’est une belle histoire, quand tu arrives d’en bas pour découvrir le monde pro. Tu ne peux que l’encourager et lui souhaiter de faire au mieux.

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Pour revenir à Philippe Hinschberger, il pense que «le but contre Béziers, trois mois en arrière, tu aurais tiré à côté sur le gardien. Tu as gagné en efficacité et tu es plus méchant devant le but.» Tu partages cette analyse?

Oui, c’est vrai qu’il me répète souvent de frapper fort mais tout en visant. Pour l’anecdote, avant le match de Béziers, le coach me dit: «En ce moment les gens t’ont un peu oublié. Ce soir c’est ton soir, je sens que tu vas marquer. Cette semaine tu étais bien devant le but, fais ce que tu sais faire. Ne cherche pas que la force, vise et mets la puissance.» Il ne s’est pas trompé.

Bon, il dit aussi que «tu as perdu des kilos mais que tu dois en perdre encore quelques uns.» Entre nous, certains bons petits plats sont difficiles à renoncer, même en étant pro?
(Rires) On reste quand même des êtres humains. Le football professionnel impose un rythme de vie assez soutenu, on n’a pas le temps de se faire vraiment plaisir. On s’entraîne la semaine, on joue les week-end. Le seul pêché mignon sur lequel tu peux te laisser un peu allé, et encore, c’est la bouffe (rires). J’ai appris à rester raisonnable même si on dit pas non à un bon petit plat de temps en temps.

Couscous ou Kebab?
Couscous, c’est incomparable (rires).

Revenons sur ta carrière Malek. Peux-tu nous lister les nombreux clubs dans lesquels tu es passé?
J’ai débuté à Surieux, puis Eybens, ensuite Grenoble, le FC Échirolles, l’Olympique Lyonnais, Grenoble à nouveau, Gap, Jura Sud, Échirolles, Dijon, Grenoble, Valence, l’AS Cannes, un an en Suisse à Lausanne, et enfin retour à Grenoble.

Que retiens tu de ce périple Malek, tu es un voyageur?
Je suis un globe Trotter (rires). C’est bien, ce sont de belles expériences à vivre, j’ai pu rencontrer de nouvelles personnes. C’est une façon de ne pas rester sur ses acquis et sortir de sa zone de confort.

Ce sont de nouveaux défis?
Oui, à chaque fois. Franchement, ces nombreux voyages m’ont beaucoup aidé.

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Beaucoup de passage par Grenoble ou Échirolles néanmoins, on n’est jamais aussi bien qu’à la maison?
Ah ça c’est sûr (rires).

Si c’était à refaire, tu ferais différemment? Tu regrettes certains choix?
Je ne regrette rien, chaque décision est longuement réfléchie et si je les ai prises c’est que quelque par c’était écrit. Après, j’ai peut-être manqué de maturité certaines fois, mais pas de regrets.

Quand on est grenoblois, jouer devant sa famille et ses amis, c’est seulement du bonheur ou alors une pression supplémentaire?
Que du bonheur. J’ai beaucoup joué loin de Grenoble sans avoir la chance que mes parents puissent se déplacer. Quand aujourd’hui ils me voient jouer, c’est un gros plaisir, c’est aussi une fierté. Pour moi, aucune pression, juste du plaisir. J’ai envie, comme on dit, de les faire kiffer.

Un mot sur le public qui en pince pour toi. Tu es né ici mais aussi parce que tu mouilles le maillot?
Je ne sais pas, il faudra leur poser la question (rires). Comme je le dis souvent, ce public est un public exceptionnel. A part les clubs qui ont une riche histoire comme Lens par exemple, je n’ai jamais vu autant de supporters enthousiastes qui se déplacent à l’autre bout de la France. Par rapport à ce qu’ils font tous les week-end, je leur tire mon chapeau. Si on essaye de se déchirer sur le terrain, c’est aussi pour leur rendre tout ce qu’ils nous donnent.

Quelle est la marque de fabrique du GF38?
On est une équipe de battants, chacun fait l’effort pour l’autre et on essaye de tous aller dans la même direction.

Grenoble, c’est un esprit familial?
C’est ça, on est une famille.

Tu as marqué 5 buts cette saison, c’est bien ou pas assez?
Je vais être modeste, je vais dire que ce n’est pas assez (rires). Quand on voit les tops buteurs de Ligue 2 ce qu’ils font, même s’ils jouent dans des clubs avec des budgets plus importants, ça doit nous donner envie de les titiller davantage.

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Un objectif chiffré Malek?
Si j’en mets 10 ce serait bien.

Ton but préféré, celui de Béziers?
Non, je dirais lors de la première journée contre Sochaux. Même s’il est sur penalty, c’est le plus joli à mes yeux car c’est mon premier en L2.

Comment se sent-on quand on marque au SDA?
Franchement, c’est beau. Voir tous les grenoblois contents, sa famille, ses amis… rendre sa ville heureuse, c’est un sentiment très fort.

Un grenoblois qui joue à Grenoble, il a envie d’en faire plus?
Oui, je le pense. Toute personne qui joue pour la ville ou elle est née a une source de motivation supplémentaire.

Quand tu rates une occasion simple Malek, tu gamberges ou tu passes vite à autre chose?
Ça va tellement vite que tu n’as pas le temps de gamberger. Tu repenses à la mi-temps ou après le match, mais sur l’instant il faut vite se replacer et passer à la suite.

Les occasions manquées t’empêchent de dormir?
Sans aller jusque là, ça me travaille, ça m’énerve.

Tu es superstitieux avec des petites habitudes?
Non, rien, pas de rituel.

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Le numéro 27, c’est le hasard?
On m’avait enlevé mon numéro à Dijon et j’ai pris le 27 sans faire plus attention que cela. C’est un numéro que j’aime bien. Surtout il correspond à ma date de naissance, le 2 juillet.

Malek, 30 ans, l’âge c’est dans la tête?
Oui bien sûr. L’âge c’est un chiffre. Quand on voit aujourd’hui ce que Nassim Akrour est capable de faire, on se dit que le physique peut suivre longtemps.

Tu te fixes une limite?
J’ai joué au foot toute ma vie et tant que mon corps me dit oui, j’ai l’intention de continuer. Le jour où ce sera trop dur j’arrêterai, mais j’espère que d’ici là il se passera encore de belles années.

Comment imagines-tu la suite de ta carrière, à Grenoble pour longtemps?
J’aimerais bien. C’est vrai que c’est un de mes souhaits de rester dans le club de ma ville mais je ne suis pas le seul décisionnaire. On va déjà essayer de maintenir l’équipe et ensuite on discutera de ça par la suite.

Tu as encore des rêves dans le foot?
J’ai appris à ne plus me projeter car souvent cela ne m’a pas réussi. J’essaie de donner le meilleur à chaque fois et surtout profiter de l’instant présent. Ensuite, si je peux aller le plus haut possible, tant mieux.

Que peut-on souhaiter à Grenoble et à Malek Chergui pour cette nouvelle année 2019?
Pour Grenoble, terminer dans les cinq premiers. Ce serait une belle récompense pour les supporters et pour le groupe, au vu de notre première partie de saison. Ensuite, faire le mieux pour les barrages. A titre personnel, être encore plus performant.

Un dernier mot pour finir ou un message à faire passer?
Juste remercier toutes les personnes qui nous soutiennent, les bénévoles du clubs qui s’activent pour nous faciliter la vie, les intendants, le staff, les joueurs. Si l’équipe et moi en sommes là aujourd’hui, c’est grâce au travail de tous dans le club.

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