#BoxePieds-Poings Azzedine Mhiyaoui: «Il faut avoir envie de se faire mal!»

Le Dauphiné est un territoire qui regorge de champions, c’est bien connu. Au tour d’Azzedine Mhiayoui d’être sous le feu des projecteurs. Ancien champion du monde et d’Europe de K-1, le grenoblois a raccroché les gants depuis sept ans déjà. Pas totalement puisqu’à 41 ans, il est désormais à la tête de la Team Mhiyaoui, une association loi 1901 qui a pour but de promouvoir la pratique de la boxe poings-pieds, boxe dite sportive. L’occasion de faire plus ample connaissance avec ce champion et cette discipline encore méconnue du grand public. Garde, crochet, uppercut, esquive, coup de pied, projections, KO!!! Azzedine Mhiyaoui sort le grand jeu. Un professeur champion du monde…forcément ça donne envie d’apprendre!

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Azzedine, tu es champion du monde mais pas forcément connu du grand public. Peux-tu faire les présentations et évoquer ton palmarès?
J’ai commence le karaté à l’âge de sept ans, au Maroc. A dix ans, je suis rentré en France, j’ai alors essayé le Taekwondo, la boxe Thaï, le Full-Contact. J’ai goûté en réalité à tous les sports pieds-poings. J’ai débuté ma carrière professionnelle à l’âge de 19 ans. J’ ai participé à cinq championnats de France ponctués par trois titres dans les catégories amateur, semi-pro et professionnelle. J’ai également été champion d’Europe en Full-contact et Kick-Boxing. Au niveau mondial j’ai concouru dans cinq championnats en tant qu’amateur avec plusieurs titres de vice champion du monde à la clé, un championnat du monde de Full-Contact à Grenoble en 2006 et un titre de champion du monde en K-1 à Budapest.

Tu boxes dans une discipline pied-poings qui se décline en plusieurs catégories. Quelles sont leurs spécificités?
Le Full-Contact dérive du karaté. D’anciens champions comme Chuck Norris ou Bill Wallace l’ont fait évolué avec le but de le rendre plus spectaculaire. En France, c’est Dominique Valera qui l’a popularisé. Le karaté, à la base, s’arrête sur un coup. Au Full-Contact, tu peux enchaîner les frappes. Le Kickboxing est lui aussi issu de la famille du karaté sauf que le coup de pied dans les jambes est autorisé. Le K1 est le kickboxing japonais avec des coups de genou et des projections en plus. La boxe Thaï c’est encore plus complet avec l’introduction des coups de coude.

Pourquoi pieds-poings Azzedine?
Quand j’étais petit au Maroc, la seule salle de sport qu’il y avait près de chez moi était une salle de karaté. J’étais hyper actif et je courais dans tous les sens. Mes parents m’ont inscrit dans cette salle pour me fatiguer (rires). Ils ont bien fait, c’est un sport qui canalise et qui permet d’être stable physiquement et mentalement.

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Qu’est-ce qui t’attire plus particulièrement dans le Full-Contact et k-1?
D’une manière générale, je reste amoureux de tous les sports pieds-poings. A partir du moment où tu évolues dans une discipline, tu peux t’attaquer aux autres pratiques pieds-poings car seules deux ou trois techniques diffèrent. Après j’ai un faible pour le Full-Contact et le K-1 car ce sont des boxes beaucoup plus aériennes avec davantage de techniques de jambes, des coup de pieds retournés, écrasés. C’est assez esthétique.

C’est réellement un sport compliqué?
La boxe, c’est un sport qu’il faut comprendre. Tant que tu n’as pas mis les gants et affronté un adversaire, tu ne peux pas réaliser la difficulté. C’est un sport qui demande énormément de condition physique et de force mentale.

Le plus difficile dans ce sport, encaisser les coups?
Je pense que n’importe qui peut encaisser les coups s’il est entraîné, même si les coups de la vie sont les plus durs. En tant que compétiteur, le plus difficile si tu veux aller très loin, est la régularité et la patience. C’est un sport qui demande énormément de temps et d’entraînement. Il faut acquérir une très très bonne condition physique et avoir envie de se faire mal.

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Le physique était ton point fort?
Oui, physiquement j’épuisais mon adversaire et avais aussi une bonne technique, cela permettait de le fatiguer davantage. Quand le physique ne répond plus, c’est tout de suite plus facile de gagner.

Ton plus beau souvenir de boxeur?
C’était lors d’un tournoi pro appelé «La nuit des Titans» avec comme enjeu la ceinture inter-continentale. J’avais trois combats dans la soirée face à trois boxeurs de niveau mondial qui tapaient très forts mais tous de la même façon. Ils m’ont fait très mal mais j’ai réussi à mettre en place uns stratégie où il fallait toucher et marquer des points. Ces victoires m’ont aidé à franchir un cap et me faire grandir dans ma boxe. Cela reste un très grand souvenir.

Le plus mauvais?
C’est une défaite lors d’un championnat du monde professionnel à Grenoble, plus précisément au gymnase Robert Vial à Fontaine. Cela m’a marqué. Je gagnais mon combat avec 7 points d’avance et on trouve le moyen de me donner une pénalité. Finalement je perds d’un point. C’était du vol. Cette énorme déception et ce sentiment d’injustice m’ont conduit à arrêter la boxe pendant deux ans. Je suis parti sur d’autres sport, le rugby pendant 2 ans à l’AS Fontaine et la boxe anglaise. Même maintenant j’ai encore ce sentiment de trahison de la part de la Boxe. A un certain niveau malheureusement, t’as le sentiment que cela devient plus du business que du sport.

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Tu as stoppé ta carrière il y a sept ans. Marre de prendre des coups?
Non, j’ai pris un autre virage qui me procure autant de plaisir. Aujourd’hui je suis préparateur physique et mental avec l’objectif d’amener mes boxeurs au sommet de leur forme. Je cherche constamment à perfectionner mes méthodes de travail pour les aider à toujours se dépasser.

Notamment au sein de la Team Mhiyaoui. Quel est ce concept?
C’est une salle de boxe pieds-poings comprenant 220 licenciés. Dans ma Team, j’ai des adhérents de tous les horizons, des avocats, des médecins, des kinés par exemple et des enfants. Il y a aussi 15 boxeurs amateurs et 9 boxeurs pro qui se battent dans tous les coins du monde. Je mets les gants avec eux et reste toujours actif. J’oriente également les boxeurs en fonction de leur qualité vers la discipline où ils seront les plus à l’aise.

Tu éprouvais donc le besoin de transmettre?
Si tu ne transmets pas ce qu’on t’as appris depuis le plus jeune âge, c’est une trahison envers ta discipline. C’est à mon tour de passer le relais désormais. Je suis issue de quartiers difficiles et j’ai pu m’en sortir grâce à la boxe, mon chemin était tracé. C’est une discipline où le partage est très important. C’est comme dans la vie, il faut savoir donner et être là pour les autres. Certains jeunes ont confiance en moi, me prennent en toute modestie comme modèle et je ne peux pas les laisser tomber.

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Azzedine, tu apprends à boxer à des enfants. La boxe, c’est l’école de la vie?
Oui bien sûr, une des écoles de la vie, un lieu régi par des règles que tu dois obligatoirement respecter.

Le respect justement, c’est la première chose que tu enseignes?
Oui tout à fait, on a un code moral qu’il faut suivre scrupuleusement. Quand on entre en salle par exemple il faut déjà saluer ses partenaires et le tatami. Dans la boxe éducative, cela dépasse forcément le domaine du sport, on évoque également le travail à l’école, le respect des parents, les fréquentations etc… Avec les jeunes, ce côté éducatif est primordial.

Une réussite puisqu’il s’agit de la plus grande structure pieds-poings de la région?
Oui, nous sommes l’école qui comptons le plus de professionnel en AURA.

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Une école qui regorge de talents. Qui sont les champions de demain? 
J’ai plusieurs poulains avec un gros potentiel qui ont signé dans la plus grosse organisation mondiale. Je pense à Dylan HOANG, Gregory KOHEL, Saïd AHAMADA qui a gagné la coupe du monde en k-1 à Rimini en Italie, Umar TUKAV, Saber CHARNI ou encore Jecim KHAN qui a été deux fois médaillé d’argent en championnat du monde amateur en Grèce, en K-1 et Full-Contact. Il y a aussi plusieurs jeunes qui ont été champions de France. Il y a honnêtement du gros potentiel au sein de la Team. Voir photos, par ordre de citation.

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A choisir Azzedine, être champion du monde ou former un champion du monde?
Les deux (rires). On peut former un champion du monde sans être champion soi même. L’idéal est d’être champion du monde et former un double, triple voire quadruple champion du monde (rires).

Un souhait particulier?
Ma satisfaction serait de former plusieurs champions du monde avec comme objectif ultime de les amener le plus haut possible, plus loin que là où j’ai pu aller. C’est mon rêve.

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Une chose à ajouter pour conclure?
J’incite les gens à faire du sport, que ce soit de la boxe ou autre chose.C’est une bonne façon d’être bien dans sa tête et de surmonter les difficultés de la vie.

Azzedine Mhiyaoui en chiffres:
Participations:
5 championnats du monde pro et amateurs
2 championnats d’Europe pro
1 championnat INTERCONTINENTAL PRO
5 championnats de FRANCE pro am et 30 sélections international
et plus de 130 combats dans différentes disciplines
Palmarès:
– CHAMPION DU MONDE : Kick Boxing
– vice champion du monde : Full Contact
– 2 fois CHAMPION D’EUROPE : Full contact – kick boxing
– champion intercontinental : kick boxing-K1
– 3 fois CHAMPION DE FRANCE : Full contact – Boxe Américaine