#BDL Après la défaite face à Rouen : Ça se joue sur des « détails »

Pour la deuxième fois en trois rencontres cette saison, Grenoble s’est incliné face à Rouen. Grenoble n’a pas été particulièrement dominé mais a payé le prix de buts encaissés à 4 contre 5 et d’un jeu clé qui n’a pas tourné en sa faveur.

Comme souvent lorsque deux grandes équipes de hockey se rencontrent sur une glace au format européen, les espaces se sont faits rares au cours de ce match entre deux équipes qui ont bloqué le centre de la glace et qui ont montré une belle solidité à la ligne bleue pour empêcher les entrées de zone dangereuse de l’adversaire. A 5 contre 5, aucune équipe n’a réellement pris le dessus. Selon les chiffres de Magnus Corsi, Grenoble a tiré 50 fois au but contre 45 pour Rouen. Une faible différence qui peut en grande partie s’expliquer par la poussée logique des BDL dans les dernières minutes puisqu’ils étaient menés au score. Autrement dit, aucune des deux équipes n’a réellement dominé cette rencontre. Il en est de même pour le nombre de chances de marquer puisque Grenoble en a obtenu 9 contre 7 pour Rouen. Une différence là aussi assez faible. Au-delà de montrer l’équilibre de ce match, ces chiffres montrent les qualités défensives des deux équipes au cours de cette rencontre. En effet, à 5 contre 5, 18% des tirs grenoblois étaient des chances contre 15,6% pour Rouen. C’est extrêmement faible. Alors, dans ce match très fermé, les « détails » (qui n’en sont pas forcément), chers à Edo Terglav, ont fait la différence.

Les unités spéciales font la différence

Rouen 2, Grenoble 0. C’est le nombre de buts marqués lors des unités spéciales par les deux équipes au cours de ce match. Et on ne peut pas dire que cela soit dû à un manque de chance : au cours de cette rencontre, Rouen a obtenu 22 tirs et 5 chances de marquer contre 5 tirs et aucune chance de marquer pour Grenoble.

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Comment expliquer cette différence qui, au final, pèse lourd dans la balance ? Tout d’abord, dans l’indiscipline des Grenoblois ou plutôt l’indiscipline relativement à l’extrême discipline rouennaise. Grenoble a concédé 8 pénalités mineures et offert 7 powerplay au Rouennais tandis que Rouen n’est allé sur le banc des punitions qu’à 3 reprises, offrant uniquement 2 powerplays aux Grenoblois. C’est la principale différence, mais ce n’est pas la seule. Dans ce match, Grenoble a eu 3 minutes et 10 secondes de powerplay et n’a décoché que 5 tirs. Cela représente 94.6 tirs par 60 minutes. Or, Grenoble a une moyenne depuis le début de la saison de 128.3 tirs par 60 minutes de powerplay. La différence est énorme et elle montre l’incapacité des Grenoblois à s’installer dans la zone des Dragons. En face, les Rouennais ont décoché 22 tirs et 5 chances en 10 minutes de powerplay, soit environ l’équivalent de 130 tirs et 30 chances par 60 minutes. Ce sont de bons chiffres comparés aux moyennes de la Ligue Magnus.

Ainsi, les différences dans la discipline et dans l’exploitation des supériorités numériques ont permis à Rouen de marquer 2 buts à 5 contre 4. Sans ces deux buts, l’histoire aurait été différente, mais, avec ces buts, Rouen a attaqué le 3e tiers à égalité avec Grenoble. Dans ce match fermé, tout s’est finalement joué sur une action.

Un jeu qui change le match

Sans être particulièrement dominants sur la glace, les Brûleurs de Loups attaquaient le troisième tiers en ayant inscrit deux buts à 5 contre 5 tout en ayant conservé la cage d’Horak inviolée dans cette situation. Pour une fois, c’est même Pintaric qui avait laissé passer un tir arrêtable. En effet, bien que très précis et puissant, le lancer de Kearney n’était pas insurmontable pour un gardien de la trempe de Pintaric. C’est ensuite une erreur défensive de Rouen qui permettait à Fleury d’inscrire le deuxième but grenoblois. Mais, une action va changer le cours de ce match et amener le but décisif d’Aleardi.

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Pourtant, le héros du soir côté Rouennais aurait pu être coupable de l’erreur décisive quelques secondes avant d’inscrire le but vainqueur. Sur cette action, Magovac entre en contrôle en zone offensive en dépassant Guttig (#71) et Langlais (#72). Le deuxième défenseur rouennais (Cantagallo) est alors obligé de surveiller le Slovène ce qui ouvre une ligne de passe vers l’enclave. Or, en haut de cette enclave, Teddy Da Costa est laissé libre par Aleardi et se retrouve donc avec une belle chance de marquer.

Malheureusement, la passe de Magovac n’est pas contrôlée par Da Costa et le palet continue sa course vers la bande. Da Costa est évidemment le premier sur celui-ci et deux solutions s’offrent à lui pour éviter de se retrouver en situation de perdre le palet proche de la ligne bleue. La plus simple : diriger le jeu vers le coin de la zone offensive, soit en envoyant au fond, soit en se déplaçant avec la rondelle. La plus compliquée : donner la rondelle à Kramar pour qu’il puisse décaler le jeu vers Fleury. Cette deuxième solution paraît compliquée dans cette situation car Guttig (#71) est proche de Kramar.

Au lieu de ces deux solutions, Teddy Da Costa va décider de faire un pivot vers le centre de la glace. La situation devient alors très critique. Aleardi et Guttig se retrouvent en situation de 2 contre 2 dans un tout petit périmètre. De l’autre côté de la glace, Fleury, qui a pris la place de Magovac dans le jeu mais qui n’est pas un défenseur, ne repère pas la situation dangereuse et n’anticipe pas le revirement à venir en reculant en zone neutre ou du moins en commençant un repli défensif.

Aleardi récupère la rondelle suite au pivot de Da Costa et part lancé le long de la bande. Personne n’ayant anticipé ce revirement (Magovac étant en fond de glace suite à son entrée de zone et Fleury n’ayant pas reculé), personne n’est capable de suppléer Kramar qui se retrouve donc en 1 contre 1 face à un joueur lancé et plus rapide que lui. La sanction est immédiate et Aleardi, fautif d’une erreur de marquage au début de l’action, inscrit le but décisif en faveur de Rouen.

Un Ritz flamboyant

Pendant que Teddy Da Costa commettait l’erreur fatale aux Grenoblois, le joueur de centre ayant un profil similaire du côté de Rouen, Nicolas Ritz, réalisait un match plein, inscrivant 2 buts et réalisant une partie parfaite à 5 contre 5 en remportant énormément de duels. Il n’est d’ailleurs pas sur la glace lors des deux buts grenoblois. Nicolas Ritz s’impose petit à petit comme le meilleur centre « two way » (bon dans les deux sens de la glace) de la ligue et semble particulièrement apprécier les confrontations contre Grenoble puisqu’il y a inscrit 3 buts et 4 points cette saison.

Déjà lors de la finale l’an passé, Ritz avait été très bon dans le jeu. Lorsqu’il était sur la glace, 59% des tirs étaient pour Rouen. C’était alors le sixième attaquant de l’équipe derrière l’inévitable trio Aleardi-Guttig-Deschamps et ses compagnons de ligne Hubacek et Bedin. De plus, Rouen n’avait pas encaissé le moindre but à 5 contre 5 lorsque Ritz était sur la glace. A l’époque on attribuait une partie des bonnes performances de Ritz à son compagnon de trio, Petr Hubacek, mais, quelques mois plus tard, il paraît désormais évident que Ritz peut être efficace dans les deux sens de la patinoire avec n’importe quels compagnons de trio. Un bien très précieux pour les Dragons.

Grenoble est désormais mené 2-1 par Rouen dans les confrontations directes, pourtant, les BDL ne sont pas vraiment dominés dans le jeu par les Rouennais lors des confrontations directes. Jusque là, la différence lors s’est surtout faite sur des « détails ».