#ExFCG Jean-Jacques Taofifénua: «On l’aimait ce maillot rouge et bleu!»

Dans la famille Tao je demande le frère ou l’oncle, le père, le fils, le neveu, le seconde ligne, le pilier, le trois quart-aile, l’arrière ou le talonneur…Et oui la famille est nombreuse et pourvoyeuse de rugbymen de haut niveau, si ce n’est d’internationaux. Une pépinière de talents disséminée dans toute la France, y compris à Grenoble, surtout à Grenoble… Taofifénua, un nom lié à jamais à l’histoire du FCG et à sa glorieuse époque des mammouths. Jean-Jacques Taofifénua était des belles heures grenobloises, six années durant de 1996 à 2002, talonneur de ce pack alpin surpuissant qui donnait des cauchemars à toutes les premières lignes du sud-ouest de de France. Ni le plus grand (1,72m), ni le plus costaud (105kgs quand même), ni le plus rapide, Jean-Jacques Taofifénua avait le sens du sacrifice et du devoir. Toujours à la pointe du combat le natif de Nouméa était tout simplement un guerrier qui s’y filait, comme on dit dans le rugby. JJ Tao revient pour LSD sur ses belles années au FCG, un club qui l’a marqué à jamais. Un club qu’il a marqué à jamais!

Bonjour Jean-Jacques, pour commencer, comment ça va?
Ça va très bien, merci.

Que deviens-tu?
Je suis désormais agent territorial à Saint-Junien (Ndlr département de la Haute-Vienne) et entraîneur de l’équipe de rugby qui joue en Fédérale 2.

Saint-Junien, bien loin de ton île natale, tu penses retourner vivre en Nouvelle Calédonie un jour?
Seulement pour les vacances mais plus pour y vivre. Ma famille et ma vie sont désormais ici.

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Toujours dans le rugby donc, ce sport coule dans tes veines?
Complètement, c’est compliqué d’arrêter du jour au lendemain. J’ai fini de jouer au rugby à 39 ans puis j’ai enchaîné sur une carrière d’entraîneur pour un petit moment au départ, et finalement cela fait 14 ans que ça dure.

Entraîneur, tu y réfléchissais déjà quand tu étais joueur, une suite logique de ta carrière?
Plus ou moins, oui. Quand Marc Dal Maso m’a emmené à Limoges avec lui, il m’a mis le pied à l’étrier en me confiant la responsabilité de la mêlée et de la touche.

On imagine donc que tu suis les matches de Top 14?
Oui, tous les week-end, je n’en rate pas beaucoup.

Et du FCG plus particulièrement?
C’est certain, je suis toujours attaché au club et ça fait plaisir de revoir les couleurs de Grenoble au plus haut niveau.

« Ma carrière de rugbyman est liée au FCG »

Avec ton œil d’expert, Grenoble va se maintenir en élite?
C’est vraiment ce que je leur souhaite même si cela sera très compliqué. J’ai vu leur dernier match contre bordeaux, une équipe ambitieuse qui a besoin de points pour viser le Top 6, voire plus. Les grenoblois ont remis de l’ordre dans leur jeu et c’est vraiment pas mal du tout. J’ai bon espoir pour leur maintien.

Tu as encore des contacts avec des anciens joueurs du FCG?
Tout le temps. Avec ma fonction d’entraîneur, j’en croise régulièrement et quand on se retrouve c’est comme si on ne s’était jamais perdu de vue. Il n’y a pas longtemps, j’étais avec Régis Sigoire ou Nicolas Carmona par exemple, on a parlé du bon vieux temps.

Tu as défendu pendant six saisons les couleurs du FCG, on imagine que ce club est particulier pour toi?
Bien sûr. Si tout le monde nous connaît avec Willy, c’est par rapport à Grenoble. Ma carrière de rugbyman est liée au FCG.

Que retiens tu de tes années à Grenoble?
De très beaux moments même si j’ai surtout un mauvais souvenir en tête avec cette défaite en demi-finale du championnat de France face à Clermont. C’était à Lyon en 1999. Nous étions largement meilleurs qu’eux et je suis toujours énervé quand je repense à ce match là, car on doit le gagner cent fois et on perd sur la fin. Il y aussi la descente en ProD2 en 2001 et la remontée la saison suivante qui sont des moments forts pour moi.

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Les frères Tao à Grenoble, c’est un mythe. Comment expliquez l’amour du public à votre égard?
Tout simplement car sur le terrain on était toujours lié, toujours là pour soutenir les copains, on ne lâchait jamais rien. Ce maillot c’était quelque chose, on le portait avec fierté. On l’aimait ce maillot rouge et bleu.

« Avec Willy, j’avais des yeux derrière la tête »

Revenons sur ta carrière. Tu arrives depuis Nouméa à Mont de Marsan pour une année avant de partir à Nice trois saisons, et enfin tu signes au FCG. Tu viens pour rejoindre ton grand frère Willy?
C’est ça, oui. J’avais déjà débuté le rugby à Nouméa. Je rejoins Willy une première fois à Mont de Marsan où je m’aguerris dans ce sport, puis je pars trois ans à Nice pour retrouver Jeff Tordo et mes cousins Lyonel Vaïtanaki et Abraham Tolofua. Avant de venir à Nice, Jacques Fouroux m’avait déjà contacté pour signer au FCG mais j’avais déjà dit oui au RRC Nice et j’ai respecté ma parole. Ce fut une belle expérience de trois ans, puis finalement, je retrouve Willy à Grenoble sous les ordres de Michel Ringeval. Nos cousins nous rejoindront un peu plus tard depuis Nice vers Grenoble.

C’était la belle époque des wallisiens à Grenoble?
Oui, nous étions une belle et grande famille.

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Un mot sur Michel Ringeval?
Michel, c’était l’un des meilleurs entraîneurs que j’ai connu.

Tu jouais à côté de ton frère Willy, une légende ici, c’était spécial?
Oui, très particulier (rires), surtout quand ça relevait. Avec lui, j’avais deux yeux derrière la tête. Je pouvais jouer et distribuer sereinement.

C’était un guide sur le terrain?
Plus qu’un guide, c’était un soutien permanent pour nous tous, en dehors comme sur la pelouse.

C’est le meilleur joueur de rugby que tu as côtoyé à Grenoble?
Il en faisait partie mais des très très bons, il y en avait plusieurs.

Quels sont ceux qui t’ont marqué?
Brian Liebenberg dans les lignes arrières, c’était un joueur énorme. Chez les avants, il y avait mon pilier gauche, hyper solide, Petru-Vladimir Balan. Côté droit il y avait Louis Esposito qui venait de Chambéry ou encore Sylvain Marconnet. En première ligne, on n’était pas très haut mais ça allait au charbon (rires).

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Ton plus mauvais souvenir est donc cette demi-finale perdue contre Clermont?
Oui très mauvais. En plus on les défonce partout, notamment en mêlée, et ils nous plantent deux essais sur des exploits. Ce match, je l’ai toujours en tête, il me revient tout le temps. J’aurais aimé voir le Parc des Princes, c’est un énorme regret.

Et ton plus beau souvenir au FCG?
Mon plus beau souvenir restera la remontée en Top 16 en 2002, on avait fait une magnifique saison.

La force de Grenoble était devant?
Oui, le huit de devant. Notre mêlée surtout était notre point fort. Nous avions aussi un très bon collectif.

« Notre huit de devant ne faisait qu’un »

Justement puisqu’on évoque la mêlée, celle du FCG était crainte de partout. Comment imposiez-vous ce respect?
Notre huit de devant ne faisait qu’un. Chaque mêlée, c’était naturel, on se regroupait et on faisait bloc. Mais attention, on travaillait beaucoup ce secteur de jeu à l’entraînement, du joug par exemple, plus 1h30 à 2h00 de mêlée avec Michel Ringeval, si ce n’est plus.

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Cette domination devant était une fierté?
Évidemment, on ne voulait pas reculer, il fallait toujours avancer. Nous avions même été élu meilleure mêlée de France, c’était une belle reconnaissance.

L’équipe adverse la plus difficile devant?
La mêlée de Toulouse nous posait des soucis,, non pas parce qu’elle était forte mais car elle trichait beaucoup. Leurs piliers étaient les spécialistes pour pousser en travers. Une fois, deux fois, et la troisième on relevait et on jouait aux arbitres à notre façon, ça partait en salade (rires).

Le talonneur qui t’as posé le plus de problème en mêlée fermée?
Le plus solide était Sébastien Bruno à Béziers. C’était un sacré client, il me donnait du fil à retordre.

Dans les vestiaires,, tu avais un discours pour tes piliers?
Pas de discours particulier mais on communiquait beaucoup sur nos positions. C’est un domaine où il faut être fort mais aussi roublard et surtout beaucoup échanger pour décider des bonnes attitudes à adopter face à une mêlée qui triche par exemple. Avec Abraham Tolofua et Sylvain Marconnet ou encore Laurent Gomez, la communication passait bien mais surtout on était vraiment solidaires.

« Lesdiguières, c’était notre temple »

Cette domination en mêlée,ce n’était pas que du travail, vous aviez aussi des joueurs très puissants?
Oui, nous étions bien calés derrière avec des secondes lignes qui étaient de gros pousseurs comme Lyonel Vaïtanaki ou encore Patrick Lubungu par exemple. En tant que patron de la mêlée, il fallait que tous les huit soient prêts et que ça avance sinon c’est moi qui gueulait. Mais je le répète, il y avait aussi beaucoup de travail à l’entraînement. Il faut bosser dur pour détruire des mêlées adverses, cela n’arrive pas comme ça du jour au lendemain.

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Qui par exemple était le plus impressionnant sur le plan physique?
Darren Adams, un néo zélandais qui venait du Racing, il jouait 8. Quelle puissance, c’était un monstre!

Que représentait le stade Lesdiguières pour vous?
C’était notre temple. Il était interdit de perdre ici. Quand parfois on sentait un peu de relâchement, on provoquait une générale pour se remettre dedans (rires).

La plus belle alors, tu t’en souviens?
C’était à Toulon, une belle baston, ça tapait dur. C’est d’ailleurs là-bas que je marque le seul essai de ma carrière, enfin en solitaire.

Comment?
Sur un en-avant toulonnais, je joue l’avantage. Je ramasse et file tout droit et saute dans l’en but. Heureusement, il n’y avait que dix mètres à parcourir. C’était tellement rare de marquer sur ce genre d’action que c’est un truc inoubliable (rires). Après il y a eu d’autres essais mais c’était plus des réalisations collectives sur des touches ou mêlées.

L’explosivité, c’était ta principale qualité?
Oui, la tonicité.

Et ton plus grand défaut?
La nourriture, j’aimais bien les repas, et je mangeais trop (rires). C’est comme ça, nous dans les îles, on aime bien manger.

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Le SDA, il t’aurait plu aussi?
Et comment. Quand je vois ce superbe stade en Top 14 à la télé avec tout ce public, je me dis que j’aimerais bien redevenir jeune (rires).

Par rapport à ton époque, le rugby a beaucoup évolué?
Surtout au niveau des règles. Ensuite, il y a des gros impacts mais c’était aussi vrai de notre temps. Nous non plus on ne cherchait pas souvent le contournement, on allait tout droit à l’impact (rires).

Pendant tes années grenobloises, tu es sélectionné à deux reprises avec les Barbarians et l’équipe de France A en 99, de bons souvenirs?
En équipe de France, les choses se sont moyennement passées, il y avait trop de copinage. Mon premier match, je suis remplaçant et le second je suis titulaire avec deux talonneurs en guise de pilier. Un des deux était puni et descendait de l’équipe de France, il fallait absolument qu’il joue. Il est donc positionné pilier. Le pire est qu’il y en avait deux très bons sur le banc. Nous gagnons malgré tout mais on se fait bouger devant et comme ma force c’était la conquête, je n’ai plus jamais été convoqué. Je n’étais pas dans les meilleures conditions pour m’exprimer et pour défendre mes chances. Avec les Barbarians, je me suis régalé, c’était vraiment le jour et la nuit.

En 2002, tu quittes le FCG pour Clermont pour un an puis direction Bayonne. Pourquoi ces choix?
J’avais tout simplement besoin de me remettre en question. J’avais 33 ans et je voulais voir si je pouvais relever un dernier challenge. J’arrive à Clermont en tant que quatrième talon et au bout de quatre mois j’étais titulaire aux côtés d’un international anglais, Richard Cockerill. On joue la descente toute la saison mais on arrive finalement à maintenir le club en élite. Ensuite Bayonne m’a appelé pour donner un coup de main en Pro D2. Nous atteignons l’objectif du club, à savoir la montée. Je reste une année supplémentaire et prend la décision d’arrêter le rugby.

« Fiers d’être grenoblois »

Pas complètement pour le coup car c’est finalement à Limoges que tu finiras ta carrière (2005-2009) avant de devenir manager?
Oui je voulais arrêter et Marc dal Maso, le manager de Limoges, me téléphonait tous les jours pour que je le rejoigne. C’était du harcèlement (rires). Finalement, j’ai craqué et je lui ai dit ok pour voir un peu comment ça se passe. J’y ai joué quatre saisons en tout en tant qu’entraîneur-joueur. J’ai subi une opération, j’ai dit stop puis j’ai encore rechaussé les crampons, j’aimais trop le jeu. Enfin, j’ai arrêté pour de bon à 39 ans. Ensuite, je me suis consacré au rôle de coach.

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Jean-Jacques, entraîner un jour une équipe du Top14 te plairait?
Oui, c’est mon rêve. Ma spécialité c’est la mêlée et ce serait sympa d’entraîner des avants. J’ai mon fils qui est espoir à Clermont et je ne peux même pas lui donner des conseils sur ce secteur, il joue derrière (rires).

Pour conclure, si demain le FCG t’appelle pour prendre en charge la conquête, tu viens immédiatement?
Oui, c’est certain, d’autant plus à Grenoble. Ici, c’est mon fief. Le FCG est un club qui restera toujours dans mon cœur. Le public nous l’a toujours bien rendu à Willy et moi. De notre côté, nous avons toujours été fiers d’être grenoblois.

Crédit photos: Olivier Bicais, FB Rouge et Bleu-Anciens joueurs