#ExGF38 Alain Colacicco: «Le club avec lequel j’ai pris le plus de plaisir!»

Appelez le Chicco. Latéral droit, plus souvent en attaque qu’en défense même si le garçon était coriace dans les duels. Une main à la place du pied… Des passes décisives, il en délivré des centaines dans sa carrière, des galettes plutôt. Vous savez des centres brossés et tendus où vous n’avez plus qu’à mettre le pied ou la tête en opposition pour marquer. C’était ça la patte Colaccico. Demander à Max Lupo, Clément Garcia ou encore Florian Maurice combien de buts ils ont pu inscrire grâce à ses centres millimétrés. Les coups francs à 20 mètres étaient aussi sa spécialité. Forts, brossés, précis…et but! Formé à Lyon où il joue 21 matches en D1, passé par Châteauroux -16 matchs de L2-, Alain colacicco fera les beaux jours de l’Olympique Grenoble Isère et du GF38 quatre saisons durant, de 1996 à 2000, au troisième et quatrième échelon national. L’AC.Seyssinet et l’US Giéroise profiteront également des talents du joueur et de son porteur de sac particulier, Jordan… Désormais dans le Sud de La France, Alain Colaccico réouvre pour LSD son livre des souvenirs, revient sur sa carrière et plus particulièrement sur ses années dans le bassin grenoblois. Entretien avec Cicco, Père Noël des attaquants!

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Bonjour, alors Alain ou Chicco?
Quand il m’arrive de me balader à Grenoble ou ailleurs, il y a des gens qui m’appellent Alain et je ne me retourne même plus. Moi c’est Chicco, je l’adore ce surnom. Pour la petite histoire, c’est le videur du Vertigo (Ndlr ancienne boîte de nuit grenobloise) qui trouvait que Colaccico était trop long. Il m’a donc rebaptisé. On est parti dans ce délire et c’est resté.

45 ans et toujours accroc au foot? Tu aurais repris une licence à Cogolin?
C’était vrai il y a encore quelques temps, ce ne l’est plus. Un jour un entraîneur pro m’a dit avec gentillesse: Écoute moi mon fils, le jour où tu mettras tes lacets et que tu n’auras plus envie d’y aller, il faudra arrêter. Ce jour là est venu. J’ai 45 ans et j’ai assez donné pour le foot. La mentalité des jeunes joueurs et leur manque de respect ne me conviennent plus également, je me suis donc mis à la course à pied.

Tu vis dans le midi désormais. Besoin de changer d’air?
Oui j’habite St Tropez mais c’est un hasard total. Grenoble me manque, je compte bien y revenir un jour.

Tu travailles ou tu vis avec l’argent gagné dans le foot?
J’aimerais bien pouvoir vivre du foot (rires) mais à l’époque ce n’était pas comme maintenant. On ne gagnait pas de grosses sommes. Je travaille actuellement à la mairie de Grimaud.

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Puisqu’on l’évoque, il y a trop d’argent dans ce milieu?
Oui, c’est plus qu’excessif, la faute aux sponsors et aux médias.

Ça dénature le jeu?
Non, car quand tu es joueur, sur le terrain, tu ne penses plus du tout à l’argent. Tu ne penses qu’à gagner.

Chicco donc, tu es né à Vénissieux, formé par Lyon, puis Châteauroux, passé par l’Ile Rousse, GF38, Racing club de Paris, AC Seyssinet, US Gières et un retour en Corse. Un joli tour de France?
C’est vrai, mais attention, il manque un club cher à mon cœur, celui où j’ai débuté, les Minguettes.

R.Domenech: « La meilleure qualité de centre de D1 »

Ce que tu préférais dans le foot?
J’aimais la compétition. Je détestais perdre. Quand je voyais un coéquipier qui dormait debout dans le couloir, je le réveillais à ma façon avec une bonne gifle derrière les oreilles. On en rigolait après.

On dit de toi que tu avais une main à la place du pied et que tu mettais le ballon là ou tu voulais. C’est vrai?
En toute modestie, oui.

Des propos confirmés par Raymond Domencech qui a déclaré à ton sujet, alors que tu jouais à Lyon que «tu avais la meilleure qualité de centre de D1.» Ce n’est pas rien. Quand tu te retournes sur ta carrière, tu te dis que tu aurais pu en avoir une plus belle?
Oui, largement.

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Que s’est-il passé alors?
Dans le foot, pour faire une carrière, il y a plusieurs critères. Le premier est d’être bien entouré. Moi, j’ai perdu ma mère quand j’étais jeune. Mon père, un italien pur et dur m’a élevé à l’ancienne. Les câlins, par exemple, je ne connaissais pas. Cela m’a peut-être donné la force de réussir. Ensuite il y a aussi le facteur chance. J’ai malheureusement croisé la route de Jean Tigana, un imposteur pour rester poli. Je ne m’étalerai pas sur le sujet, il y aurait tant à dire. Je jouais malgré tout. A la fin de la saison, dans le vestiaire et devant tout le groupe, il annonce que je ne serai pas conservé. Tout mes partenaires et même le staff se lèvent et prennent ma défense: «Alain il n’y en a qu’un comme lui.» Et voilà comment s’achève mon aventure avec l’OL.

Tu as eu le temps en D1 de croiser des joueurs talentueux. Tu te souviens de quelques noms?
Oh là il y en a beaucoup. Oui j’ai évolué contre George Weah, David Ginola, Jürgen Klinsmann, Basile Boli, Victor Ikpeba et même Zizou.

Et les grands noms avec qui tu as joué?
Manu Amoros, Pascal Olmeta, Abédi Pelé, Bruno Ngotty, Florian Maurice pour ne citer que les plus connus.

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La précision technique, c’était plus grande qualité?
Oui, j’étais aussi rapide. Domenech avait aussi dit aussi ça de moi, que j’avais peut-être la plus belle pointe de vitesse de L1.

Tu avais aussi une autre qualité, les cartes. «Trop fort à la coinche et au rami» dixit d’anciens coéquipiers. Tu confirmes?
(Rires) Ce n’est pas faux, j’ai toujours adoré ça.

Plus sérieusement Chicco, tu as une idée du nombre de passes décisives délivrées dans ta carrière?
(hésitations) Franchement c’est difficile à dire, il n’y avait pas toutes les statistiques à mon époque. On s’intéressait surtout au buteur, moins au passeur. Je ne veux pas paraître prétentieux mais il y en a eu beaucoup.

Tu marquais aussi des buts sur coups francs. Encore une spécialité?
J’avais une frappe de mule. Avant de les tirer, je disais aux joueurs du mur adverse: «Enlevez-vous car je vais vous massacrer le nez» (rires), alors ils s’écartaient et je marquais. Ça partait bien et souvent en pleine lucarne.

Ton plus beau but justement?
Sans hésiter, c’est avec le Racing Club de Paris. J’étais au milieu de terrain, je ne savais pas quoi faire du ballon. Je le pousse et je frappe de toutes mes forces. Il a tapé l’arrête de la transversale avant de rentrer. C’était un but important qui nous donnait la victoire. Avant l’explosion des supporters, Je me souviens d’un silence complet dans le stade, quelques secondes irréelles.

On a évoqué tes nombreuses qualités, et ton plus grand défaut?
Mon jeu de tête était nul et mon pied gauche ne me servait juste à monter dans le bus.

Chicco, en 1996 tu arrives à Grenoble alors en D3. Pourquoi l’OGI?
Grenoble, c’était une ville que je ne connaissais pas trop et que j’associais au ski. C’est drôle car quand Bernard Simondi, l’entraîneur de l’époque m’a appelé pour signer, l’équipe était en stage à l’Alpe d’Huez. J’ai donc commencé ma période grenobloise en montagne.

Tu y resteras quatre ans. De belles années de ta vie?
Oui, merveilleuses. Et pourtant, à la fin de ma première année on dépose le bilan. Heureusement qu’il y a eu des personnes comme le président Elkaïm que je ne connaissais pas pour redonner vie au football à Grenoble. Le club avec lequel j’ai pris le plus plaisir était honnêtement le GF38.

Pourquoi?
Car j’ai réellement joué à mon poste. Alain Michel savait que je courais énormément et il m’a repositionné arrière droit. Je passais mon temps à faire des allers-retours et des centres.

« Sara, il voulait tout casser »

Il y a une saison qui t’as marqué plus que d’autres dans tes quatre années au GF?
L’année de la montée en National.

Un match ancré dans ta mémoire?
C’est le plus mauvais souvenir de ma carrière. On joue à Angers le 20 mai 2000 et si on gagne là-bas, on monte en Ligue 2. Moi, comme un con, je prends un carton rouge le match d’avant et je regarde la partie en tribunes. On marque d’entrée par Cyril Crarrière puis Angers égalise. A la 92′, Courtin seul devant le but vide, veut marquer en taclant. Il se loupe et rate la cage. Je peux te dire qu’Olivier Saragaglia, le capitaine de l’époque, l’a insulté de tous les noms. Dans le vestiaire, il était tellement énervé qu’il voulait tout casser. Il lui a même balancé une chaise sur la tête. C’était dingue!

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D’autres souvenirs?
A Grenoble, j’ai fait de belle rencontres. David Djebbour par exemple qui est un ami très cher depuis. J’ai connu plein de gens passionnés de foot qui nous suivaient aux entraînements et aux matches. Je me sentais chez moi là-bas. J’avais beaucoup de liens affectifs et j’étais heureux dans ce club.

Le joueur avec qui tu t’entendais le mieux?
Olivier Saragaglia alias Baggio. C’est un super mec qui a le cœur sur la main. Tous les deux, on faisait la paire.

Pourquoi Baggio?
Il était fan de ce joueur, alors on l’appelait tous comme ça.

Clément Garcia également?
Oui, Clément, c’est mon grand frère, un mec exemplaire. J’adorais jouer avec lui. On l’appelait Monsieur petit pont. A l’entraînement, tous les attaquants comptent leurs buts, tous sauf lui. Clément, ils comptaient le nombre de petits ponts qu’ils mettaient.

« Partir de Grenoble, la plus grosse erreur de ma vie »

Le meilleur joueur que tu as côtoyé au GF38?
Claude Bakadal, un attaquant franco-camerounais qui a passé une saison avec nous en 99 je crois. Je n’ai jamais vu un joueur aussi puissant de ma vie. Il y avait aussi Paulo Sergio Bento. Il ne courrait pas, il mettait un cercle autour de lui et il n’en sortait pas (rires). Il était toujours bien placé dans la surface et sans courir il inscrivait buts sur buts. Tu centrais, il marquait.

Les soirées à Lesdiguières, c’était comment?
C’était beau, sincèrement. Le public était chaud. Nous avions une équipe avec beaucoup de grenoblois. Moi, je l’étais d’adoption. Le public nous aimait car il se retrouvait en nous. Ce sont des souvenirs ancrés en moi à jamais.

Il y a eu mieux?
J’ai aussi connu le Parc de princes et le Vélodrome où nous avions gagné 4-0 avec Châteauroux. Quelque chose qui n’est pas donné à tout le monde.

En 2000 tu quittes le GF38 pour aller à Paris. Une raison particulière?
Je crois bien que c’est la plus grosse erreur de ma vie. Je sortais d’une superbe saison avec le GF. Le club me gardait et me proposait un contrat pro avec un salaire de 16 000 Francs par mois (env 2500€). Je devais donner ma réponse pendant les vacances. Sur ce, je suis contacté par l’entraîneur du Racing Club de Paris, Jean-Michel Cavalli qui me fait une proposition énorme, deux saisons avec un salaire de 40 000 Frs (env 6000€) plus la maison et un supplément à la signature. J’ai craqué et j’ai signé à Paris. Finalement ça ne se passe pas bien avec le coach. Je ne suis resté qu’un an. Pendant cette année, Grenoble monte en D2. Je regrette cette décision.

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Tu reviens une année plus tard en Isère mais en amateur à Seyssinet (3 ans) puis l’US Gières (2 ans). L’amour du ballon rond?
Entre temps je suis parti un peu en Corse chez mon frère pour me changer les idées. Bernard Bouvard m’a appelé et m’a proposer de rejoindre Seyssinet. J’ai accepté car je retrouvais mon ami Clément Garcia. J’ai bien fait, on a connu des rencontres incroyables, en coupe de France notamment.

Justement, comment tu expliques ces jolis parcours?
On avait un groupe de qualité avec plusieurs anciens joueurs pros qui avaient l’expérience des gros matches. Ils savaient tricher quand il fallait (rires). Bernard Bouvard avait aussi réussi, avec l’aide des anciens, à canaliser les jeunes. L’alchimie était bonne, l’ambiance parfaite, les résultats suivaient.

« J’ai attendu 36 ans pour être heureux dans le foot »

C’était plus de plaisir qu’en pro?
Un jour de match, je me suis levé de table avant un discours de Bernard pour dire à mes coéquipiers que j’avais attendu 36 ans pour être heureux au foot. Alors oui, ce n’était que du plaisir.

Un match qui t’as marqué avec Seyssinet?
Monaco, sans hésiter. Le club nous respecté en alignant l’équipe qui avait joué la finale de la ligue des champions. Ils ont été rigoureux et ont joué sérieusement. C’est la marque d’un grand club. Malgré la défaite, on a vécu une très belle soirée.

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Toi qui a connu le monde pro et amateur, tu te dis que tu as joué avec des amateurs qui auraient largement pu être pros?
Sans aucun doute. Il y a des joueurs amateurs qui sont des phénomènes. Leur problème est de manquer de culture tactique et footballistique de manière générale. Entre les pros et les amateurs, il n’y a pas un monde mais dix planètes d’écart.

A Seyssinet, tu n’a jamais porté ton sac, Jordan le faisait pour toi. Qui était-ce?
Pas qu’à seyssinet, à Paris aussi par exemple. Jordan ou Dan, c’était mon chien, mon fidèle compagnon. Un jour je lui ai laissé mon sac à porter, pour plaisanter. Il ne l’a plus jamais lâché. Quand je le mettais sur le dos il me sautait au cou pour le prendre. Tout est parti de là sans que je lui apprenne quoi que ce soit. Il a pris cette habitude qu’il a gardé. C’était un truc de fou. Il allait même parfois chez le boulanger acheter ma baguette. Du jamais vu…(rires)

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Un chien qui deviendra la mascotte de Seyssinet, présent dans le vestiaire et au bord du terrain à tous les entraînements et aux matches?
C’est ça. Il avait sa place dans les tribunes, dans le vestiaire, c’était comme un joueur de l’équipe. Quand il est parit, j’ai vécu une période très difficile.

« J’aime Grenoble, ça ne s’explique pas »

Tu suis encore de près l’actualité du GF38 ainsi que celle de Seyssinet et Gières?
Tout le temps, j’étais encore à Grenoble il y a trois semaines ou un mois. Je suis déjà allé voir plusieurs matches du GF. Je ne les oublie pas. On m’a proposé d’entraîner des jeunes du club, j’ai refusé pour l’instant, mais dans le futur je reviendrai m’installer à Grenoble. J’aime cette ville, ça ne s’explique pas.

Mettre des lucarnes ou des galettes au SDA, on imagine que tu aurais adoré?
Ah p…., c’est un énorme regret, ne pas avoir connu ce stade en tant que joueur. Je t’aurais mis des centres au cordeau, cela aurait été magnifique (rires).

Que penses-tu du début de saison du GF 38?
Il est bien, il m’épate. Même si dans le jeu tout n’est pas parfait, dans deux ou trois ans Grenoble est en Ligue 1.

Pour finir Chicco, une chose à rajouter?
Je voulais faire un gros bisous à ma chérie Emmanuelle et un salut amical à tous mes copains sur Grenoble. Je ne vous oublie pas et je vous aime!