Les féminines du GF38, d’un stade à l’autre…

Et ça continue, encore et encore… Les joueuses grenobloises n’ont toujours pas de pelouse attitrée. Alors qu’elles démarrent une nouvelle saison – de la plus belle des façons au passage, en s’imposant 2 à 0 à Metz – et qu’elles postulent à la montée en première division, le problème du terrain revient régulièrement sur la table. Comme une très mauvaise rengaine.

Pas très sérieux, tout ça, quand on sait que Grenoble sera ville hôte de la Coupe du monde de football féminin. Ce sera au stade des Alpes du 9 au 22 juin, avec cinq rencontres au programme, dont un alléchant huitième de final. La femme sportive en deviendrait presque l’égale de l’homme… « Presque », car les féminines du GF38 comptent parmi les exceptions qui confirment la règle. En effet, elles souffrent toujours de ne pas avoir de terrain réservé sur leurs propres terres, pourtant le b.a.-ba de la pratique sportive.
Au cœur de cette Semaine du sport féminin (du 8 au 15 septembre) organisée par la Ville de Grenoble en partenariat avec l’OMS et l’Agence pour l’éducation par le sport (Apels), nous avons évoqué le sujet qui fâche avec Felipe Da Fonseca, responsable de la section féminine au GF38. L’homme est passablement agacé, c’est  une évidence. Grenoble peut se targuer de recevoir le plus bel événement de la planète foot féminin, sans parvenir à offrir un terrain digne de ce nom à son équipe de seconde division ! Une situation pour le moins paradoxale : « Toutes les infrastructures qui seront améliorées à l’occasion de la Coupe du monde féminine dans un an ne seront pas situées à Grenoble. Et surtout, rien ne bénéficiera au foot féminin, dont le fer de lance est l’équipe D2F du GF38 ! Les investissements qui auront été réalisés serviront essentiellement au sport masculin, qui domine encore très largement les esprits. »
Il vise clairement les décisionnaires grenoblois : « Une grande hypocrisie entoure le sport féminin, notamment de la part des politiques. La Ville de Grenoble et la Métro communiquent beaucoup sur cette coupe du monde mais elles restent plus qu’en retrait sur les actes. C’est très décevant et parfois décourageant. Le sport féminin laisse nombre de filles dans une situation très précaire, et la volonté politique n’est jamais suivie d’actes. Il faut constamment se battre pour obtenir quelque chose pour les filles : stade, équipements, collations, transports, etc. »
Felipe Da Fonseca, investi depuis longtemps dans le sport au féminin, dénonce un certain effet de mode : « On soutient le sport féminin pour s’offrir une bonne image mais cela reste superficiel, en oubliant régulièrement les gens qui s’investissent dans son développement. C’est sociétal, tout le monde en parle, c’est super, mais personne ne le soutient réellement ! Ce constat est valable pour le foot mais aussi pour tous les autres sports féminins. »
La saison dernière, par exemple, les Grenobloises ont vu du pays… dauphinois. Après avoir évolué au stade Lesdiguières à Grenoble puis dans le cadre du joli complexe Colette Besson de Moirans, c’est le stade Paul Bourgeat de Gières qui a fait office de dernière résidence provisoire pour les trois ultimes réceptions de l’année.
Pour l’heure, l’actuel Clos D’or, futur stade Paul Elkaïm, sera le terrain des Grenobloises le temps du choc qui les opposera à l’AS Nancy-Lorraine, avant qu’elles ne retournent à Lesdiguières mi octobre afin d’accueillir yzeure. Et encore ce n’est pas certain, la FFF ne validerait pas le Clos d’Or pour ce week-end. Réponse dans deux jours. Il faudrait alors se repliait sur le complexe Stijovic. Un vrai casse tête pour Felipe Da Fonseca qui déplore ce choix : « La mairie nous propose des solutions qui ne sont même pas validées par la FFF. Nous n’avons toujours pas de stade attitré pour les rencontres de l’équipe première, et les filles seront moins bien loties que l’an dernier. En effet, si l’on joue au Clos d’Or, ce stade ne possède même pas de salle de réception, ce qui est impensable en seconde division. C’est un terrain grillagé, sans la moindre petite tribune. Comment attirer des sponsors dans cette situation ? On ne peut même pas organiser une collation ou un pot pour d’éventuels partenaires. »
Le GF38 navigue à vue. Une situation qui ne peut durer éternellement. Et le responsable de la section féminine de prendre exemple sur les pays nordiques, précurseurs dans de nombreux domaines, parmi lesquels le sport féminin : « Le sport féminin est bien mieux considéré en Finlande qu’en France, jusqu’à y être l’équivalent des garçons, que ce soit en termes d’infrastructures ou de moyens financiers. On sort ainsi de la précarité les filles qui font du haut niveau. »
Felipe Da Fonseca de conclure son « coup de gueule » en ayant quelques mots pour son propre club : « L’attitude générale du GF38 est positive et bienveillante à l’égard des filles avec des dirigeants qui affichent leur volonté de porter les filles. Tu t’aperçois malheureusement qu’il existe parfois des freins et jalousies. Résultat : on tire vers le bas l’enthousiasme et la convivialité véhiculés par les filles, et c’est dommage. »
Un constat pas forcément rassurant. Il faudra bien un jour prendre le taureau par les cornes et chercher une solution viable. Le fait de jouer à domicile est habituellement un avantage. Or, c’est loin d’être le cas pour les féminines du GF38 qui essayeront de faire avec, ou sans dans ce cas précis,  pour viser la première place !

À l’image de la société, la femme n’est pas encore  l’égale de l’homme. C’est aussi vrai dans le sport…