Davy Brunat (La Bièvre): «Faire honneur à tous les gens qui nous suivent!»

Non, il n’est pas né dans le Tenessee et n’a pas tué d’ours quand il était petit… Davy Brunat est un pur biévrois, naviguant entre Izeaux et Saint-Etienne de Saint-geoirs. Le troisième ligne aile des castors, 27 ans, sort d’une saison pleine avec son club. (Faux) calme et adorable hors du terrain, la mue opère lorsqu’il enfile la tunique rouge et noire, il bout. Toujours à la pointe du combat, «le découpeur» court, plaque, marque parfois et met la tête là où certains oseraient tout juste aventurer le pied. A la veille de reprendre le chemin des terrains, le solide gaillard d’1m80 pour 97 kgs se livre sur cette saison éprouvante, évoque aussi son passé et son avenir. Rencontre avec l’homme qui n’a jamais peur…Davy Brunat, un coéquipier modèle, un adversaire redoutable!

Bonjour Davy, les vacances se passent bien?
Je ne suis pas réellement en vacances mais comme je travaille depuis chez moi, c’est un peu plus cool.

La France est championne du monde, c’est le pied?
Oui c’est trop bon, je suis hyper content.

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Tu as suivi l’épopée des bleus ou pas plus que ça?
Oui, je n’ai pas loupé un match, j’étais à fond derrière la France. Gagner vingt ans après, c’est tout un symbole.

Dépassée la rivalité foot/rugby?
Et comment! On peut bien aimer les deux sports, il n’y a pas d’incompatibilité. Cette rivalité est idiote, d’autant que j’ai aussi pratiqué le foot, le futsal entre amis plus précisément, jusqu’à l’an dernier. En réalité, j’adore le foot.

Si tu devais jouer au foot tu jouerais quel poste?
Plutôt défenseur, vu que je n’ai pas trop de technique je ne pourrais pas être attaquant (rires). Disons plus Umtiti que Mbappé (rires).

Revenons au rugby, un mot sur le maintien obtenu grâce aux soucis administratifs d’Annecy. Le malheur des uns fait le bonheur des autres?
C’est exact! On prend quand même. C’était une première année d’apprentissage. On savait très bien que cette saison allait être compliquée. Et elle l’a été.

« Une Fed 2 éprouvante physiquement »

Qu’est ce qu’il a manqué à La Bièvre pour obtenir son droit de rester en Fed2 sur le terrain?
Je pense que notre début de saison nous a pénalisé. Nous avons connu une grosse phase d’adaptation jusqu’au match contre Vinay où nous avons reçu une belle correction chez eux. Cette défaite nous a fait du bien, elle a servi de déclic. On remercie d’ailleurs nos amies les guêpes d’avoir piqué les castors que nous sommes et surtout de nous avoir remis dans le droit chemin. A partir de cette rencontre, nous avons hissé notre niveau de jeu pour atteindre des performances plus abouties qu’exigent la Fédérale 2.

Peut-être aussi des matchs cruciaux mal négociés?
Oui, on aurait du gagner certaines rencontres contre Bellegarde ou encore Pontarlier à l’extérieur. Il y aussi cette défaite à domicile face à Montmélian même si on s’est bien rattrapé chez eux. Le début de saison reste malgré tout notre gros point noir.

Une saison en bas de tableau éprouvante sur le plan physique et surtout psychologique?
Pour ma part, je ne sais pas si mes coéquipiers seront d’accord avec moi, je dirais que c’est une saison plus difficile d’un point de vue physique. Hormis les matches de phases finales de l’an dernier pour accéder à la Fed 2, où nous avons passé de beaux moments victorieux, avec La Bièvre nous avons souvent joué le maintien. Alors pour ma part, c’est presque une habitude, donc ce n’est pas dur mentalement. C’est physiquement que c’est éprouvant. nos adversaires étaient massifs, véloces et les chocs étaient rudes. C’est dans ce domaine que ce fut le plus compliqué.

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On sent la différence avec la Fédérale 3?
Oui, les adversaires sont plus organisés et dans chaque équipe, il y a beaucoup de bons joueurs.

Tu as été sollicité par plusieurs clubs comme St savin ou Tullins à l’intersaison. L’an prochain, tu seras toujours un castor?
Oui tout à fait, fidèle à mon club.

Depuis combien de temps défends-tu le maillot stéphanois?
Depuis très longtemps. J’ai fait mes classes à l’école de rugby du club, la fameuse Bibs (Ndlr entente Bièvre-Izeaux-Brézins-Sillans) de Cadet jusqu’à la dernière année de Junior, avant d’enchaîner avec les Séniors, soit 12 ans au club.

« Le rugby, ce sont des choses simple: la vie, les copains… »

Et avant cadet, tombé dans la marmite du rugby depuis tout petit?
Pas vraiment, j’ai commencé à 10 ans avant de me tourner vers d’autres activités pendant mes années collège: le hand, badminton, ping-pong, volley etc..C’est un copain en troisième qui m’a reparlé du rugby. Je l’ai suivi et depuis je n’ai plus décroché.

Tu as essayé tous les sports en réalité?
Oui c’est parce que j’aime le sport d’une manière générale, tous les sports. C’est important pour moi.

Une nouvelle saison avec nouveau duo d’entraîneur. Cela change quelque chose pour toi?
Pour le groupe c’est certain, cela va changer quelque chose, d’autant que les coachs semblent arriver avec des convictions sur le plan du jeu. J’ai eu l’occasion de discuter avec Peter Giroud (ndlr entraîneur adjoint), je lui ai dit ce que nous attendions d’eux, à savoir pratiquer un jeu plus diversifié en impliquant davantage nos trois-quarts. Notre philosophie de jeu risque d’évoluer. Pour ma part, peu importe finalement, cela reste un ballon avec des copains autour.

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C’est ta définition du rugby?
Le rugby, ce sont des choses simples: c’est la vie, les copains, l’esprit de fête, de camaraderie, la joie, le fait de se rassembler le dimanche pour passer de très bons moments. Le plaisir que je prends sur le terrain, j’aime aussi le vivre avec nos supporters. C’est important le partage.

Le gros coup du mercato c’est d’avoir réussi à conserver Alexis Vout, votre chef d’orchestre?
Il avait fait un tutorat avec nous il y a quelques années de cela. L’an passé, il revient à La Bièvre. Le garder dans l’effectif, c’est une super nouvelle. Alexis est notre pièce maîtresse, il nous a énormément apporté. D’ailleurs, si on regarde ses stats, elles sont très impressionnantes. Il inscrit quasiment un essai par match, et ce en jouant le bas de tableau. C’est dire la qualité du joueur. Il est énorme!

Ajouter à cela l’arrivée de seize nouveaux joueurs. Cela veut dire que vous aurez de nouvelles ambitions l’année prochaine?
Il y aura peut-être une nouvelle dynamique mais de là à dire que nous aurons de grandes ambitions, je ne pense pas (rires). A Saint-Etienne-de- Saint-Geoirs, notre objectif est surtout de faire plaisir à tous nos supporters , nos nombreux et très importants bénévoles que je salue au passage, nos dirigeants, nos sponsors. Ce plaisir là passe par un maintien en Fédérale 2. On va se limiter à cette ambition. D’autant plus que la poule sera très relevée, avec l’arrivée d’équipe comme Nantua, Saint-Jean-en-Royans, Tain-Tournon que l’on connaît bien aussi. Il faut être réaliste, la qualif sera très compliquée même si on espère faire notre place.

« Compliqué de venir gagner chez nous »

Rester maître à domicile, c’est important pour vous?
Très important, c’est notre premier objectif. On aimerait marquer les esprits sur le fait que chez nous, ce sera compliqué de gagner. Nous sommes les petits Gaulois qui combattront pour défendre La Daleure.

Vous perdez aussi des garçons importants comme Nicolas Carmona ou Igor Mosic, deux coups durs?
Oui, tout à fait même si Igor c’est un cas atypique et à part (rires), on ne le mettra pas dans la même catégorie que Nico. Carmo, il nous a fait monté en Fed 2. D’ailleurs on le remercie tous pour cela. Je pense à son jeu au pied ultra précieux et aussi à la fraîcheur qu’il a pu apporté à l’équipe malgré son âge un peu avancé. Son expérience nous a été utile et surtout derrière, il rassurait l’équipe. Son passé au haut niveau était un atout pour nous. J’en profite pour lui souhaite le meilleur à Renages-Rives. Quant à Igor, c’est un sportif hors norme qui a mille activités, comme le base jump. Il ne restera pas sans rien faire. Avec Igor, on perd un monsieur au sein de notre pack.

On revient à toi Davy. Tu es surnommé le «découpeur», tu aimes jardiner?
Oui, cueillir des fleurs certainement (rires).

Plus sérieusement, l’agressivité c’est ton point fort?
Cela se pourrait bien.

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Et l’excès d’agressivité, peut-être le point faible?
Ça l’eut été. Avec l’âge je me suis peut-être calmé. J’ai essayé de travailler dessus, prendre sur moi et gérer mes émotions rugbystiques différemment. En y réfléchissant tu t’aperçois, qu’avec tes coups de sang, tu pénalises le groupe. Même si tes actions partent d’un bon sentiment et certainement d’une volonté de bien faire, tu récoltes des cartons et ton équipe joue en infériorité numérique. Tu veux aider mais c’est le contraire, tu deviens un boulet pour l’équipe (rires). C’est pour cela qu’il faut agir différemment.

Davy, tu as une devise sur le terrain ou dans la vie?
Je ne suis pas connu pour être le plus grand des philosophes, alors pas de devise.

Un rituel d’avant-match?
Là non plus, aucun rituel, pas le même caleçon d’il y a dix ans comme certains (rires), mais plutôt une méthodologie.

C’est à dire?
Dans le vestiaire, à l’heure de se changer, c’est toujours faire la même chose. Il y a des étapes que je répète de manière inconsciente, de la même façon et sur le même rythme. Tant que je ne les ai pas suivies, potentiellement, je ne suis pas bien dans ma tête. Et le mental au rugby, c’est important.

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Plus que le physique?
Les deux sont liés mais je pense que le mental prend le dessus.

L’avant match à La bièvre, c’est une préparation à l’ancienne?
Est-ce qu’on se met la tête contre les murs, c’est ça que tu veux savoir (rires)? C’est fini cette époque à part en séries peut-être. Non, après il y a des discours et des gens qui savent bien te mettre les frissons.

Qui par exemple?
Damien Arnaud-Jouffrey dit Balou. On voit d’ailleurs un de ses discours filmé par LSD avant un match contre Renages-rives. Il est très bon dans ce registre là, très touchant et sait prendre aux tripes. Vu qu’il est passé entraîneur, d’autres ont pris la relève. Comme Alex Pollard, notre capitaine. Lui c’est différent, il est manager dans la vie et son discours ressemble à du management, il te montre la bonne direction à suivre, et nous sommes tous derrière lui. Et enfin il y a Igor Mosic qui en remet une couche avec des paroles à l’ancienne en s’appuyant sur l’amour du maillot et les valeurs. Quand ça vient de lui, ça marque d’autant plus et ça impose le respect.

Avant de rentrer sur le terrain, quelle est ta dernière pensée?
Est-ce qu’on va faire honneur à tous les gens qui nous suivent et qui sont venus nous regarder? Ces gens là seront-ils fiers de nous à l’issue du match? Et ce malgré le score. On peut perdre, la défaite fait partie du sport mais il y a des façons de perdre, en ayant fait le maximum. Avec dignité et honneur. Si tel est le cas tu félicites ton adversaire et tu t’en inspires. Mais il faut avoir tout donné, sans regret.

Davy, ton oncle Gilbert Brunat a défendu les couleurs du FCG et du CSBJ. Tu as pu suivre ses exploits?
Pas vraiment car je suis né en 91, l’époque de ses plus belles années. C’est drôle car on vient souvent m’interpeller par rapport à lui et ses anciens faits de jeu qui ont marqué les supporters grenoblois. Je sais que c’était un guerrier et un ardent défenseur de son maillot.

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Il ne t’a pas inspiré pour réaliser une carrière professionnelle, au FCG par exemple?
Non, pas vraiment. Déjà d’une, parce que je n’ai pas le niveau, c’est un fait. Et de deux, la vie de pro n’est pas pour moi, dans le sens où un à deux entraînements par jour ne m’occuperaient pas assez.

C’est un regret pour toi?
Non aucun, je suis heureux comme ça. Sans compter que j’aurais été frustré et déçu de ne pas être retenu et ne pas jouer chaque week-end. Il vaut mieux évoluer à un niveau qui est le tien, tu as plus de chances de te retrouver sur le terrain et prendre du plaisir.

« L’envie d’évacuer cette injustice de la vie »

Davy, tu es un combattant, un dur au mal. D’où te vient cette force de caractère?
Pas tant que ça, en ce moment j’ai mal à la cheville (rires). Plus sérieusement, c’est certainement lié à mon vécu et à mon passé familial qui n’a pas été simple. Du coup, cette envie d’évacuer cette haine ou cette injustice de la vie se traduit sur le terrain. L’enfance influence forcément notre vie adulte, mon caractère vient certainement de là.

Davy, pour éclairer nos lecteurs, cette injustice correspond au décès de ton papa alors que tu n’étais qu’un enfant. Quand tu rentres sur le terrain, tu joues aussi pour lui?
Je ne pense pas à lui pendant le match, mais je me demande avant ou après est-ce qu’il aurait été fier de moi? J’essaye toujours de faire en sorte qu’il le soit.

Tu penses avoir mûri plus vite?
Malheureusement, je le pense. Des fois, je compare par rapport à certaines expériences de vie et malgré tout tu es obligé de grandir plus vite que les autres.

Davy, tu souhaites ajouter quelque chose avant de nous quitter?
Je pense que nous avons bien parlé et que l’on va pouvoir finir nos bières maintenant (rires).

Peut-être un message à adresser à tes coéquipiers?
Rendez-vous le 23 juillet pour les premiers entraînements à St-Etienne. Je pense que cette saison sera particulière du fait du renouvellement su staff et des nombreuses arrivées, mais aussi car nous allons inaugurer en septembre notre nouveau club house. On a donc vraiment tous les moyens adéquats pour réaliser une belle saison. En espérant que nos troisièmes mi-temps dans ce joli bâtiment seront synonymes de victoires. J’en profite pour remercier les élus stéphanois, notamment Michel Veyron et notre maire Yannick Neuder. L’équipe municipale est très impliquée à nos côtés et met à notre disposition des locaux exceptionnels. Réussir un bel exercice 2018/2019 serait aussi un moyen de les remercier.

Juste pour terminer, qu’est-ce qu’on peut vous souhaiter à l’avenir? Une belle saison avec beaucoup d’essais et le maintien au bout?
Beaucoup d’essais, oui. Et le maintien ce serait bien. Mais attention pas un maintien sur le papier comme cette saison, un maintien sur le terrain, et si possible obtenu rapidement.

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Et personnellement, un joli petit bébé?
27 ans, c’est la moyenne pour être papa. Ça ne reste qu’une moyenne (rires) mais cela fera partie de ma vie un jour.

Merci Beaucoup Davy Brunat et bonne chance aux castors pour cette nouvelle saison en Fédérale2!

Crédit photos FB Bièvre Saint-Geoirs Rugby Club, Sabine Melioli