#GF38 Papa Demba Camara: «Un promu ambitieux!»

Doublure de Brice Maubleu, le longiline (1,97m pour 74kgs) Papa Demba Oumar Camara répond présent quand on fait appel à lui. Son envergure immense ne passe pas inaperçu au sein des cages grenobloises. Toujours disponible, le garçon de 25 ans ne se départit jamais de sa bonne humeur et de son large sourire. Papa Demba, c’est la gentillesse incarnée, capable d’acheter des places en tribunes pour faire plaisir aux voisins, aux amis… ou encore, hurler de joie et jaillir de son banc quand Brice Maubleu sort la parade décisive. A dix jours du coup d’envoi du championnat, «Pap» va retrouver Sochaux et la Ligue 2, une division qu’il a déjà côtoyé à sept reprises avec le club doubiste. A l’occasion de ces futures retrouvailles, LSD vous invite à faire plus ample connaissance avec l’international sénégalais. Son poste, son parcours, son rôle de responsable des amendes au sein du vestiaire isérois, le portier du GF 38 se livre, comme à son habitude, tout sourire. Papa Demba Oumar Camara, un grand gardien au grand cœur!

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Ton prénom, c’est Papa, ce n’est pas courant. Du coup tes enfants t’appellent aussi par ton prénom?
Presque (rire). Ma fille ajoute Demba, elle m’appelle Papa Demba.

Et pour tes coéquipiers, c’est Pap?
Oui, comme dans la rue, Pap ou Papé.

Au poste de gardien depuis tout petit?
Même pas. Quand j’étais plus jeune, en pupille ou benjamin, je jouais dans le champ, arrière droit.

Pourquoi gardien alors?
Tout petit, avec les copains, on avait l’habitude de venir tôt à l’entraînement pour frapper aux cages. Celui qui marquait était goal. Le coach m’a vu plonger et il a trouvé que je faisais de beaux arrêts. Il a décidé de me laisser gardien.

Tu as un modèle dans les cages?
Pas spécialement, j’apprécie les qualités de chacun. Après s’il fallait en choisir un, je dirais Ter Stegen ou De Géa pour leurs appuis et sens de l’anticipation.

Papa, tu quittes le Sénégal à l’âge 17 ans pour rejoindre le Sporting Braga. Pourquoi ce choix?
Mon centre de formation à Dakar appartenait à des portugais. La plupart des matches organisés se faisait contre des équipes portugaises, le Sporting, Porto, Benfica, puis Braga m’a repéré et j’ai signé là-bas.

Tu restes un an au Portugal avant de prendre la direction du FC Sochaux-Montbéliard. La France, c’était ton objectif?
Mon année au Portugal était un peu compliquée avec des soucis de langue notamment. La France, c’était mon rêve depuis tout petit. Du coup, j’ai saisi rapidement l’opportunité quand Sochaux s’est présenté.

Comment se passe tes cinq saisons dans le Doubs avec notamment cinq apparitions en L1 et sept en L2?
Franchement, Sochaux c’était bien du début à la fin. Mon adaptation était facilitée car il y avait beaucoup de sénégalais dans l’équipe. Je pense à Jacques Faty ou encore Boukary Dramé qui m’ont très bien accueilli. Malgré tout, ce n’était pas facile tous les jours, le rythme était soutenu et je n’avais pas l’habitude de m’entraîner autant.

Sans compter que le climat était rude?
Oh oui (rires)! Le premier hiver que j’ai passé là-bas, j’ai vraiment trop souffert du froid. C’était très très dur.

« Tout faire pour que le gardien qui joue soit au top »

Puis c’est l’arrivée à Grenoble. Pourquoi le GF38?
A Sochaux j’étais en fin de contrat. J’avais bien fini la saison avec plusieurs apparitions en L2. Le coach voulait me prolonger en tant que numéro deux en me disant que j’étais encore trop jeune pour être numéro un. Il me proposait un contrat de deux ans (1+1). Seulement, mon objectif était de continuer de jouer. Nous ne sommes pas tombés d’accord. Le Paris FC m’a sollicité. Son gardien titulaire Alexis Thébaux devait partir, auquel cas je prenais sa place. Les choses ont traîné, Thébaux n’est jamais parti et je me suis retrouvé sans rien. Je ne voulais pas vivre une année blanche, je souhaitais intégrer un groupe. J’ai rencontré Max Marty qui m’a exposé le projet du club, j’ai été séduit.

Un choix judicieux puisque tu retrouves la L2. Deux montées en deux ans c’est beau. La L1 c’est l’an prochain?
Deux montées successives c’est merveilleux. Pour le moment, on respecte notre statut de promu en visant le maintien. Nous serons, je l’espère, un promu ambitieux.

Depuis trois ans tu formes la triplette de gardiens du GF38 avec Nathan Monti et Brice Maubleu. Comment se passe cette cohabitation?
La vie quotidienne se passe bien. On s’entend bien tous les trois. Brice est un très bon gardien. Cela fait trois ans que nous finissons meilleure défense et ce n’est pas non plus un hasard. Après, il est vrai que quand tu ne joues pas c’est un peu compliqué mais je ne me cherche pas d’excuses et n’ai pas d’état d’âmes. Je m’entraîne à fond pour être prêt le jour où le coach fera appel à moi. Mon rôle est aussi de tout faire pour que chaque week-end, le gardien qui jouera sera au top.

Ce rôle de doublure demande une préparation mentale particulière?
Oui, c’est dur dans la tête mais tant que les résultats sont là, c’est logique. La saison est longue, il y a trois compétitions et je dois me tenir prêt car dans le football, tout peut arriver.

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En tout cas la saison passée tu as répondu présent dès qu’on a fait appel à toi, avec une grosse prestation notamment en coupe de France face au Gazélec Ajaccio. On peut toujours compter sur Papa Demba?
Oui, c’est l’objectif avec Arnaud Genty (ndlr,entraîneur des gardiens). Que ce soit Brice, Nathan ou moi, on s’entraîne tous comme si on était numéro un. De cette façon on est tous concerné.

« Je suis le CRS du vestiaire »

A Grenoble, tu es un élément important dans le vestiaire. On peut dire que tu es le «papa» du groupe?
(Rires) Non, pas le papa du groupe mais je suis quelqu’un qui aime bien diriger. J’aime que les choses soient carrées et que l’on se respecte entre nous. Ça commence déjà par arriver à l’heure et être sérieux aux entraînements. Après, on peut bien rigoler quand même. Si on se respecte dans le groupe, les victoires suivent.

C’est pour cette raison que tu es le responsable de la collecte des amendes dans le vestiaire?
Je suis le CRS du vestiaire. Certains arrivent en retard mais on sait aussi que la voiture à Grenoble, ce n’est pas toujours facile. On les excuse mais ils payent quand même (rires).

Tu es riche avec des mauvais élèves?
Non, même pas. Franchement il n’y en a pas beaucoup, ils arrivent presque tous à l’heure.

Arnaud Gentil dit de toi que tu es «un garçon agréable à coacher car à l’écoute et humble avec un très bon état d’esprit. Tu aimes faire plaisir aux gens qui t’entourent.» C’est la marque Papa Demba Camara?
Ça me fait très plaisir d’entendre ces compliments. C’est à l’image d’Arnaud et à sa façon de manager.

Justement, quel est son apport?
Il est travailleur, de bon conseil et juste avec nous, il ne fait aucune préférence. On travaille bien tous ensemble. C’est un coach qui est tout le temps derrière nous et qui arrive à nous transmettre son caractère de gagneur. Il nous dit souvent de ne pas subir les événements mais de les anticiper.

Il dit aussi que tu as fait «beaucoup de progrès mais que tu dois encore travailler ta régularité et ta concentration.» Tu confirmes?
Oui, c’est vrai. Quand t’es gardien le plus difficile c’est de rester concentré toute une rencontre mais aussi de rassurer son équipe, c’est très important.

Sinon, quel est ton point fort?
Ça me gêne un peu de parler de ça, il faut demander à Arnaud (rires). Je pense avoir une bonne lecture de jeu, ce qui permet d’anticiper les passes en profondeur.

« La souffrance… si tu abandonnes, durera toujours »

Tu es superstitieux avec un rituel avant chaque match?
Non je ne suis pas comme ça. Ce n’est pas telle ou telle paire de gant qui te fait gagner. L’important, c’est la préparation mentale.

Une devise?
Ne pas abandonner, ne rien lâcher. Dans la vie, la souffrance peut durer une ou cinq minutes, une heure, un jour ou un mois, une année mais quand tu abandonnes, elle durera toujours.

Papa, tu comptes trois sélections avec le Sénégal dont une pour les J.O. Aliou Cissé a oublié de t’appeler pour la Russie?
Non, pas oublié (rires). Il faut être honnête dans la vie. L’an passé je n’ai pas beaucoup joué. Il y a des gardiens sénégalais qui ont plus de temps de jeu que moi et je respecte ses décisions. Aliou Cissé a bien choisi.

Tu as regardé évolué ton équipe, elle t’a plu?
J’ai regardé leurs matches, ça m’a donné envie d’y retourner. J’ai soutenu l’équipe mais malheureusement il nous a manqué un peu de réussite. Le foot c’est comme ça, les détails font la différence. Si on n’arrive pas à les maîtriser, on ne passera pas un cap pour aller plus loin.

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Et la France championne du monde, tu es heureux?
Oui, c’est génial ce qu’ils ont réalisé. Nous pouvons être fiers d’eux. C’est une grande récompense pour le football français.

Et pour toi, la sélection sénégalaise, c’est fini ou c’est encore dans ta tête?
Non, ce n’est pas fini mais ce n’est pas spécialement un objectif pour moi. C’est toujours quelque part dans un coin de ma tête. Quand tu joues, les choses arrivent.

Cela fait huit ans que tu as quitté ton pays natal. Le Sénégal te manque?
Oui. Au début c’était compliqué mais maintenant on arrive à se téléphoner régulièrement avec la famille et se voir souvent via internet, ça aide bien. Je suis intégré, je suis bien en France et surtout très bien à Grenoble.

Vendredi 27 juillet, en ouverture du championnat, tu vas retrouver le FC Sochaux, ce sera un moment spécial? Tu connais encore du monde la-bas?
Oui, j’ai encore des amis. Il y a de jeunes joueurs qui étaient au centre de formation, je les ai vu grandir. Ils sont maintenant en équipe première et ce sera spécial de les retrouver sur le terrain comme adversaires.

Papa, pour finir, un message aux supporters grenoblois?
Ce qui m’a plu cette année à Grenoble c’était l’ambiance dans le stade, les supporters. Ça me motive de les voir en déplacement faire des centaines de kilomètre pour nous soutenir. Moi, ça me donne la rage d’aller chercher la victoire pour eux, j’aime bien leur faire plaisir. Je leur demande aussi qu’ils soient calmes si on perd, et d’éviter les débordements qui peuvent nous coûter des points. Surtout, qu’ils restent à fond derrière nous et de notre côté on fera le maximum pour leur offrir beaucoup de victoires.