#ArbitrageDauphinois #Volley Ehsan Rejaeyan, arbitre par passion

Dans cette suite de notre série consacrée à l’arbitrage dauphinois, Ehsan Rejaeyan, arbitre international de volley, nous parle de son parcours et de ses motivations à revêtir ce rôle souvent contesté, mais pourtant primordial d’arbitre.

Comment se déroule votre journée type d’arbitre de volley ?
Vu le niveau international que j’ai, je n’arbitre jamais le niveau local. Je n’arbitre que les matchs nationaux sous l’égide de la ligue nationale de Volley et les matchs internationaux.  Du coup, on se déplace souvent. En général, si je dois arbitrer un match national, je me déplace le matin même du jour du match dans la ville où va se dérouler la rencontre (généralement le soir). Généralement, on arrive aux alentours de 15h ou 16h. Ensuite, on se repose un peu, et puis on enchaîne avec une petite préparation mentale pour se préparer pour le match. Une fois le match terminé, je rentre à l’hôtel où j’y passe la nuit pour rentrer chez moi le lendemain. Par contre, au niveau international, donc européen, on part et on arrive la veille du match, le temps de s’acclimater, de se reposer, potentiellement faire une visite organisée de la ville le matin du match, et puis après on enchaîne avec la préparation mentale pour le match dans l’après-midi. Après le match, on rentre à l’hôtel pour y passer la nuit, et puis retour à domicile le lendemain soit par avion ou train.
Pour ce qui est des tournois, c’est complètement différent puisqu’on part pour une semaine ou dix jours. Ce qui nous fait des déplacements très intéressants, mais longs aussi.

Qu’est-ce qui vous a poussé à devenir arbitre de volley ? Existe-t-il une formation pour devenir arbitre ? Et comment se déroule-t-elle ?
Pour être arbitre de volley, c’est simple. Je pense qu’il faut absolument passer par la case joueur. Et puis, il faut être passionné par le sport en lui-même. Ensuite, quand j’étais joueur, j’avais la possibilité de suivre des stages d’arbitrage ou d’entraîneur. J’ai donc choisi de suivre le stage d’arbitre, que j’ai réussi. Et puis, à un moment, j’ai pris la décision d’arrêter de jouer, parce que je n’avais pas la taille nécessaire pour progresser. Je me suis donc converti en arbitrage parce que j’ai toujours voulu rester dans le volley ball. Après, il y a différents stages, et des diplômes à passer… Alors ça a changé depuis, mais avant, il fallait passer le diplôme District, ensuite le diplôme Départemental, le Volley Ball Ligue, et puis après le Fédéral et l’International. Mais il faut noter que pour progresser dans les niveaux, il faut un minimum de 3 à 5 ans. Personnellement, avant d’être arbitre international, j’ai arbitré le haut niveau. Je suis entré en 2008 dans le haut niveau. J’ai arbitré la Ligue 2 et l’Élite masculine. Ensuite, j’ai passé le cours d’arbitrage international en 2014. Après avoir passé le cours, on a généralement entre 2 et 3 ans pour valider le cours. Du coup, j’ai été validé en 2017. Du coup, ça fait un an et demi que je suis arbitre international.

Comment gérez-vous les moments difficiles dans les matchs importants ?
Les moments difficiles dans un match, il y en a toujours. Dans un match de volley, il faut prendre en général 200 décisions en l’espace de quelques heures à peu près. Sur ces 200 points, il y en a entre 5 et 10 qui sont litigieux. C’est à ce moment-là qu’il faut prendre la bonne décision au bon moment. Il faut être bien concentré et surtout avoir le bon comportement vis-à-vis des joueurs. Même si la décision qu’il faut prendre est très difficile, le comportement que l’on peut avoir sur la chaise (l’assurance, la communication, le regard, la façon de montrer la faute ou de compter le point) fait que les joueurs vont accepter la décision quoiqu’il arrive, car ils estiment qu’on a le bon comportement, on a la bonne communication et surtout le bon langage corporel. Pendant les moments difficiles, si l’arbitre a un comportement hautain sur la chaise, dit qu’il ne se trompe jamais, ne veut pas faire de fautes, mais finit par en faire au bout du compte, fait que les joueurs perdent confiance en sa décision, et là ça devient très difficile. Personnellement, je suis passé par toutes ces étapes-là au début pour en arriver là où je suis actuellement. Du coup, j’ai appris petit à petit à avoir le bon comportement pour permettre que le match se déroule bien.

Comment gérez-vous les après-matchs ? Faites-vous des débriefs pour analyser les décisions arbitrales ?
Il y a deux situations. D’abord, la situation où on n’est pas supervisé. Ce sont donc nous, arbitres, qui avons notre petite discussion d’après-match. Et en général, comme on ne se voit pas, c’est-à-dire qu’on ne se voit pas nous même et l’on voit toujours le collègue arbitrer et inversement, on n’arrive pas à retenir les points importants comme il le faut. Ce qui fait qu’on a toujours un commentaire global sur le match du genre « le match s’est bien passé », ou alors « attention à ce moment-là », « j’aurais dû faire ceci ou cela »… Du coup, c’est globalement du subjectif on va dire.
Par contre, quand on est supervisé, c’est-à-dire quand il y a la présence d’un superviseur dans les matchs importants, ou même quand c’est moi qui vais superviser les jeunes arbitres, les après-matchs sont faits différemment. On peut se baser sur des points factuels, et là on peut vraiment faire des remarques sur le comportement de l’arbitre de chaise, donner des conseils sur la manière de communiquer avec les joueurs, etc. Et ça, ça aide beaucoup. Du coup, on peut dire qu’avoir un œil expert extérieur pendant les debriefs est très intéressant.

Il y a-t-il autant de contestations par rapport aux décisions arbitrales d’autres sports ?
Ça dépend beaucoup de la façon d’être de l’arbitre de chaise. C’est-à-dire qu’il s’agisse d’un match de haut niveau, de bas niveau – attention je ne dis pas mauvais match forcément, mais des matchs de -13 ans par exemple – ou de pro de l’Équipe de France, de la contestation, il y en a toujours et il y en aura toujours.
Pour ce qui est des matchs de jeunes, ce sont généralement les parents et les coachs qui contestent plus que les joueurs, mais plus l’arbitre de chaise a un comportement hautain vis-à-vis des joueurs, plus on va contester à tous les niveaux quoiqu’il arrive. Quand on a un arbitre conciliant, et qui arrive à passer la bonne communication, la bonne décision, qui a un côté pédagogue et un management constructif, on aura beaucoup moins de contestations. Après on ne demande pas aux arbitres d’être politiciens, on leur demande juste d’avoir le bon comportement vis-à-vis des joueurs pour que les matchs se déroulent dans de bonnes conditions, parce qu’on est un arbitre, on fait du management, on gère les deux équipes pour faire en sorte que les deux respectent et acceptent les décisions et surtout le résultat.

Comment ça se passe avec la Fédération au niveau organisationnel ?
Nous avons un avantage en volley, que ce soit au niveau régional, national ou européen, qui est que les matchs sont connus à l’avance. Au niveau européen, on connaît les dates quasiment 4 à 6 mois à l’avance, pareil pour les matchs de Ligue, et puis 3 mois à l’avance pour les matchs et championnats régionaux. Ce qui fait qu’on peut s’organiser en conséquence. Après, l’arbitre de volley doit absolument être organisé. Il faut qu’il arrive à prévoir ses disponibilités 6 mois à l’avance. Il faut qu’il sache aussi quand est ce qu’il prévoit des congés, des rendez-vous importants, etc. Les arbitres renseignent toutes ces informations-là dans un tableau qui fait office d’agenda. Chaque niveau a son propre agenda. Malheureusement, les tableaux ne sont pas encore synchronisés. Du coup, c’est à nous de renseigner nos disponibilités, parce que les désignations sont faites en fonction. On peut dire que c’est facile de s’organiser à ce niveau-là. On n’est pas pris au dépourvu. Par contre, il faut s’organiser à l’avance pour prévoir le déplacement soit en train, en voiture ou en avion, sauf au niveau européen, puisque c’est le club qui reçoit qui choisit le moyen de locomotion.

Pour vous, être arbitre, cela se rapproche-t-il plus du travail ou de la passion ?
On n’est pas arbitres professionnels, c’est-à-dire qu’on ne peut pas se permettre de vivre de l’arbitrage, on est obligé d’avoir un travail à côté, parce que des matchs, il n’y en a pas tous les jours. Au niveau européen par exemple, cette année j’ai fait seulement sept matchs. Au niveau national, j’en ai fait une vingtaine… Si on compte tout ça, on ne peut pas en vivre, ce n’est pas possible, ce qui fait qu’on est obligé d’avoir un salaire ou une autre source de revenus à côté.
Après on a un système de défraiement sur un barème kilométrique pour nous faire rembourser les frais de déplacement par la Fédération (les nuits d’hôtel, les billets d’avion, etc.), ce qui est déjà bien.
Mais personnellement, le jour où j’aurai la possibilité de devenir arbitre professionnel, je serais candidat bien évidemment, car le volley c’est ma passion.

Un moment marquant de votre carrière d’arbitre ?
Il y en a eu beaucoup dans ma carrière d’arbitre. Pour moi, c’est tous les jours, à chaque fois que je me rends dans un gymnase pour arbitrer un match, je suis potentiellement reconnu, et ça, c’est important et je suis heureux pour ça. Après, s’il faut choisir un moment marquant, je dirais le jour où j’ai arbitré les deux matchs amicaux en 2016 entre la France et l’Iran, comme je suis d’origine iranienne, alors que c’était ma toute première année d’arbitre international. Le moment des hymnes nationaux était très émouvant et très marquant. Après c’était des matchs amicaux, donc il n’y avait pas d’enjeu, du coup, je n’étais pas nerveux, mais euphorique. Mais quand l’euphorie du premier match s’était terminée, j’étais très nerveux le lendemain parce qu’il fallait arbitrer un second match entre les deux nations, et il fallait reproduire la même performance arbitrale, du coup j’avais un peu peur de me tromper.