Mallaury Chatron : «Un titre qui nous lie à jamais !»

Mallaury Chatron est une sportive de 24 ans, une Amazone extrêmement heureuse, le visage marqué et la voix cassée d’avoir trop chanter son bonheur. Quelques jours après cette finale gagnée à l’arrachée face à Lons, le sourire ne quitte plus la trois-quart centre grenobloise. «C’est une guerrière» dit d’elle son entraîneur. Intraitable en défense, l’ancienne joueuse de Bourg-Saint-Andéol fonce en attaque, percute et avale les espaces. Élue talent d’or de la demie face à l’Ovalie Caennaise, «Mallauch» a largement contribué au gain du challenge Armelle Auclair. LSD part à la découverte de la numéro 12 grenobloise, une joueuse qui fait l’unanimité sur et en dehors du terrain. Mallaury Chatron, garante de l’âme des Amazones…

Mallaury, Félicitations pour ce titre, trois jours après, toujours sur un petit nuage ?
Oh que oui ! Toujours sur un petit nuage, au moins jusqu’à la fin de la semaine, mais je pense que ça va durer encore des années (rires)…

Trois jours de fête?
Oui c’est ça et ça va encore continuer. Avec les filles on a dit jusqu’à dimanche, au moins.

Tous les soirs ?
Oui tous les soirs. Parfois ça commence même l’après-midi, selon où on décide d’aller et qui est disponible. Lundi soir c’était au club par exemple, mardi, en ville ou à St-Egreve. On va essayer de se ballader un petit peu, de passer voir tout le monde.

A ce propos, tu as une belle marque sur le front, des traces de ton combat face aux Béarnaises ?
Pas vraiment (rires), plus des traces de la troisième mi-temps, mais ça aurait pu l’être, tellement ce match fut rude.

FCG Amazones - La Valette

Pour en revenir à cette victoire, vous entrez dans l’histoire du FCG, un titre qui vous liera à jamais à vos coéquipières ?
Oui exactement, ce titre là va rester. Il va nous lier ensemble pendant toute notre vie. On s’en souviendra, ce sera notre souvenir à nous, un souvenir que personne ne pourra nous enlever, la récompense d’une bande de copines qui ont bossé comme des folles.

Pourtant ce n’était pas gagné, vous avez beaucoup souffert ?
Oui, c’était compliqué. Il y avait pas mal de fautes, beaucoup d’engagement. C’était extrêmement serré. Nous avons aussi eu la chance que Lons laisse 14 points en route. Nous nous sommes resserrées pour sortir une grosse partie défensive.

Votre entraîneur dit que vous avez gagné «un match de Top 8». Tu confirmes ?
Je ne sais pas si c’était un match de Top 8, mais ça aurait pu y ressembler entre les deux premières de chaque poule, les deux équipes invaincues. Ce qui est certain, c’est qu’il y avait énormément d’engagement. On verra ça la saison prochaine.

À 6-5 juste avant la pause, le spectre de la défaite en finale la saison passée a refait surface ?
Pas vraiment, cette défaite là, on avait vraiment tourné la page. Dimanche nous sommes arrivées en se disant que rien ne pouvait nous arriver, qu’on allait tout donner pour gagner. Dans nos têtes nous étions prêtes à ne rien céder.

Quel est le discours à la mi-temps ?
Je ne m’en souviens même plus (rires). Honnêtement, j’ai oublié tellement nous étions dans une bulle, une sorte de transe ou d’état second. Nous savions qu’il y avait du monde autour de nous pour nous soutenir mais nous n’entendions rien, nous étions enfermées dans ce match.

Le cœur et l’organisation défensive ont fait la différence ?
Oh oui, oh oui…Le cœur, le groupe, l’état d’esprit, le fait de ne rien vouloir lâcher. Je pense que ce sont les ingrédients de notre victoire.

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Ce titre, c’est beaucoup de sacrifices ?
Oui, énormément ! C’est une belle récompense de tout le travail fourni cette saison, l’année dernière et même encore plus loin. C’est vraiment un truc fabuleux.

Selon ton entraîneur, tu as réalisé «une belle finale» et une «très belle demie» qui t’a valu le talent d’or contre Caen. Personnellement, tu avais une revanche à prendre par rapport à la finale de l’an passé ?
Oui bien sûr, j’avais envie de me reprendre, mais par-dessus tout j’avais envie qu’on aille au bout ensemble. J’ai abordé cette finale de façon différente avec moins de pression. Une pression qui m’avait fait sortir de mon match l’année dernière. Contre Lons, j’ai vécu l’instant présent vraiment à 100%, sans penser à hier ni à demain, et cette finale a été un pur bonheur.

Cet échec face à Bayonne vous aura beaucoup servi finalement ?
Effectivement, cela n’a été que du positif que nous avons emmagasiné, de l’expérience en plus pour les échéances importantes. Paradoxalement, je pense que malgré notre défaite la saison passée, la pression était davantage sur les épaules de Lons. Nous sommes arrivées plus libérées. Nous avons occulté le fait de jouer une finale, nous nous sommes focalisées sur ce match, un match comme un autre à gagner, point barre !

Une seule défaite en deux ans, invaincues cette saison. Ce titre, il est plus que mérité ?
Oui, je pense qu’il est vraiment mérité. On ne se voyait pas perdre encore une fois. Notre titre, on ne l’a pas volé.

Vous mesurez un peu l’exploit réalisé ?
On ne réalise pas vraiment, déjà un peu plus que dimanche, mais moi j’ai encore du mal à atterrir. On savoure la chance que l’on a. Gagner un titre de championne de France, ça ne se représentera peut-être plus, alors on en profite.

Encore plus fière d’être une Amazone ?
Carrément. Déjà que c’était déjà beaucoup avant, alors là…

Emmanuel Pellorce dit de toi que «tu transmets l’âme des Amazones», c’est un compliment qui doit te faire chaud au cœur ?
Oui, ça me touche. Moi je suis là pour transmettre ma passion, je le fais aussi dans mon rôle d’éducatrice au club. C’est un réel plaisir que cela soit reconnu et j’espère faire partager ces valeurs du mieux possible.

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C’est beaucoup de chemin parcouru depuis tes jeunes années ardéchoises avec l’Oval Ladies de Bourg-Saint-Andéol ?
(Rires) Oui, l’Oval Ladies, ça ne me rajeunit pas, les années passent vite. C’est un bien beau chemin, beaucoup de travail, des sacrifices mais surtout beaucoup de plaisir.

Quel est ton parcours sportif ?
Je suis née à Montélimar. J’ai commencé le rugby à Bourg-Saint-Andéol, puis à l’entente Tricastin-Donzère. J’ai passé ma première année de senior à Cruas avant d’arriver à Sassenage en 2012/2013.

Pourquoi le rugby Mallaury ?
J’ai grandi au bord d’un terrain de rugby mais sans avoir forcément envie d’y jouer. Avant de commencer, j’ai pratiqué de la gym et de la boxe française. C’est en 2007 que j’ai attrapé le virus. Je suis allé voir des matches de la coupe du monde avec mon père. J’ai dit : « Papa, j’aime trop le rugby, j’adore trop l’ambiance, je veux essayer. » Et l’essayer c’est l’adopter…

Comment te définirais-tu sportivement ?
Je dirais que je suis plus dans la puissance mais pas forcément une finisseuse, je ne suis pas la fille qui marque des essais.

Tu fais l’unanimité au sein du vestiaire. C’est lié à tes performances sur le terrain mais aussi à ta bonne humeur communicative. C’est la patte Mallaury Chatron ?
Je pense que c’est surtout lié à ma bonne humeur et à mon caractère qui fait je suis tournée vers les autres. Du coup je m’entends plutôt bien avec tout le monde. Plus ça certainement que mes performances sportives (rires).

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Tu l’évoquais tout à l’heure, tu es éducatrice auprès de jeunes joueuses de rugby. Les choses ont beaucoup changé par rapport à tes jeunes années ?
Énormément. Il y a de plus en plus de choses qui se mettent en place pour accueillir les filles. Le nombre de licenciées est en progression et c’est un réel plaisir de voir cet engouement autour du rugby féminin. Les filles sont de plus en plus performantes, et de plus en plus jeunes. J’ai vraiment constaté l’évolution depuis mes jeunes années mais aussi depuis que je suis chez les Amazones.

Quel est le plus important dans ce rôle d’éducatrice ?
Je transmets ma passion, mon envie d’avancer, d’apprendre et inculquer aux jeunes les valeurs du rugby: le respect, l’engagement, le travail, le courage et bien d’autres…

Revenons au collectif, l’an prochain, c’est le Top 16. Vous allez évoluer au milieu des meilleures. Hâte d’y être ou craintive ?
J’ai hâte d’y retourner car on a déjà connu ça à Sassenage. Il y a un peu d’appréhension mais pas forcément de la crainte, on monte sans pression en se disant que nous avons tout à gagner en expérience. Cela ne sert à rien de s’en faire toute une montagne même si on sait qu’il va falloir travailler très très dur pour élever notre niveau de jeu, donner toujours le meilleur de nous même pour progresser dans le Top 16 et essayer d’exister au mieux à ce niveau.

Les Amazones aiment les défis. Quel est votre nouveau challenge pour la saison prochaine ?
Notre défi sera surtout de nous maintenir et de faire une saison tout en progrès.

Puisqu’on parle des meilleures, en mai 2013, tu as été sélectionné en équipe de France U. L’équipe de France, c’est derrière toi ou tu espères secrètement y retourner un jour ?
Je pense que c’est derrière moi. J’ai bientôt 25 ans et il y a plein de petites jeunes qui ont un niveau bien plus avancé que moi, des filles qui travaillent dur, qui sont dans le cursus et qui le méritent. Ce sera à leur tour mais moi j’en garde un merveilleux souvenir. Pour l’heure, je me régale dans mon club et j’ai surtout envie d’avancer avec lui.

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On a beaucoup évoqué tes qualités, passons aussi à tes petits travers, dénoncées par tes coéquipières, histoire de bien te cerner. Raconte nous ce qui s’est passé il y a quelques années face à Tarbes et pourquoi ce carton rouge ?
C’est mon côté sanguin qui est revenu au galop. C’était un match chaud face à des adversaires qui n’avaient pas une mentalité exemplaire. Laurène Camoin, notre numéro 9 alors, avaient été châtiée tout le match et Fanny Incorvaïa venaient de recevoir un coup de pied dans les côtes. La fille à l’origine de ces excès se retrouve à jouer 13, mon adversaire directe. Laurène me dit: Maintenant tu t’en occupes. Dans le sens où tu lui mets un bon placage. Sur l’action suivante, il y a eu un coup de pied à suivre, elle s’est retrouvée face à moi. J’ai un peu vrillé et je lui ai collé une «bonne droite». C’était la fin du match, on gagnait 51-00, c’était complètement inutile. Le carton rouge m’a servi de leçon, je n’ai plus jamais recommencé. Les copines m’auront bien chambrée avec ça.

Pour conclure, qu’est-ce que tu as envie de dire à tes coéquipières ?
Que je les aime (rires), elles sont ma famille. Ce titre, c’est génial, du pur bonheur !