BDL-Rouen : une finale de rêve

Depuis mardi soir, on connaît l’affiche de la finale de la Saxoprint Ligue Magnus édition 2017-2018 : elle opposera les Brûleurs de Loups de Grenoble aux Dragons de Rouen. Plusieurs aspects de cette affiche semblent indiquer qu’elle fait figure d’affiche parfaite pour le hockey français.

Les Gothiques d’Amiens et les Boxers de Bordeaux ont vendu chèrement leur peau, mais, ce sont bien les deux meilleures équipes de la Saxoprint Ligue Magnus 2017-2018 qui se retrouveront en finale. En effet, les Brûleurs de Loups et les Dragons ont fini, logiquement, premiers et deuxièmes de la saison régulière et ont confirmé lors des séries éliminatoires en étant les deux équipes les plus dominantes de la ligue. En effet, les deux équipes ont les meilleurs pourcentages de tirs tentés (cadrés, non cadrés ou bloqués) de la ligue à 5 contre 5 avec 59,50% des tirs tentés pour Grenoble et 58,10% pour Rouen. Ces chiffres montrent que les deux équipes ont dominé sans partager leurs séries respectives et qu’elles ont fait face à des équipes regroupées défensivement qui tentaient essentiellement de tirer leur épingle du jeu en contre-attaque. Dans ce schéma, les Boxers ont bien failli sortir les Grenoblois, mais au final, sur une série de 7 matchs, la logique a, comme souvent, été respectée.

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À qui l’avantage ?

Difficile d’analyser cette finale à la lumière des tours précédents tant elle devrait être différente de ceux-ci. En effet, aucune des deux équipes ne devrait se regrouper en défense et donc aucune des deux ne devrait dominer de la même manière qu’elles l’ont fait depuis le début des séries. Il est difficilement imaginable que le pourcentage des tirs tentés soit aux alentours de 55-45, cela devrait davantage se rapprocher d’un 50-50. Alors dans ce type de séries, quelles sont les armes des deux équipes ?

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Côté Rouen, la force principale se situe dans le but. Avec 95% de tirs cadrés arrêtés, les Dragons ont le meilleur taux d’arrêt de la ligue grâce à un Mitja Pintaric en feu entre les poteaux normands. Si on ajoute à cet aspect la qualité défensive des Dragons (seulement 45,2% des tirs tentés contre eux se transforment en tirs cadrés), on obtient la meilleure défense de la ligue que ça soit à 5 contre 5 (0.9 but contre/60 minutes) ou en infériorité numérique (2.4 buts contre/60). Enfin, les Rouennais ont un dernier point fort : ils ont l’expérience de la finale de la Ligue Magnus. En effet, lors des deux dernières saisons les Dragons se sont rendus à chaque fois en finale, et beaucoup de joueurs et de membres du staff les ont connues. En revanche, l’attaque des Dragons est plus faible. En effet, seulement 7,6% des tirs cadrés rouennais ont fait mouche ce qui les classe à la 5e place de la ligue. Le powerplay n’est également pas très efficace, car, avec 3,4 buts inscrits/60 minutes, les Dragons possèdent la 7e moyenne de la ligue.

À l’inverse, les forces grenobloises résident dans les supériorités numériques. Avec 8 buts marqués en moyenne à chaque 60 minutes passée en supériorité numérique, les BDL ont le 3e meilleur total de ces playoffs. La raison de cette réussite : un nombre de tirs tentés largement supérieur à la moyenne de la ligue à 5 contre 4. Mais, à 5 contre 5, l’attaque grenobloise n’est pas en reste. Parmi les 4 équipes présentes dans le dernier carré, Grenoble et celle qui a obtenu le plus de chance de marquer à égalité numérique. Néanmoins, les BDL ont parfois dû mal à conclure leurs bonnes occasions. C’est une des lacunes de l’équipe d’Edo Terglav, mais ce n’est pas la principale. La principale se situe en défense. En effet, les statistiques des BDL sont moins flatteuses dans ce domaine avec seulement 91% de tirs cadrés arrêtés (5e de la ligue) et un jeu en infériorité numérique bien moins efficace que celui de leur adversaire.

Ainsi, les deux équipes semblent assez proches sur le papier. Chacune possède ses forces et ses faiblesses, mais il est difficile de dégager un favori pour cette finale. Dans ce contexte, deux aspects pourraient faire la différence. Dans une moindre mesure, l’avantage de la glace pourrait faire la différence en faveur des BDL, mais, ce sont surtout certains hommes clés de cette série qui pourraient faire basculer la finale.

Qui sont les hommes-clés ?

A priori, cette série devrait être bien différente que celles que les deux équipes ont connues jusque là. Alors, il va falloir s’adapter de la bonne manière. Ainsi, le rôle des deux coachs, Edo Terglav et Fabrice Lhenry s’annoncent primordiaux. Le coach grenoblois a parfois été critiqué pendant les deux premiers tours de ces séries, mais il a montré lors de ses 3 saisons au club qu’il est plus à l’aise lorsque le jeu est plus vivant et qu’il n’a pas à affronter un bloc regroupé défensivement comme ce fut le cas contre Bordeaux ou Mulhouse. Et, s’il s’agit de sa première finale de Ligue Magnus en tant qu’entraîneur-chef, il a déjà remporté le Graal en tant qu’entraîneur-assistant avec  Briançon en 2013-14. Il a également connu deux finales de coupe de France à la tête des BDL pour un bilan d’une victoire et d’une défaite. En face, Lhenry a un bilan extrêmement flatteur en tant que coach. En n’ayant pratiquement aucune expérience d’entraîneur auparavant, l’ex-gardien international a pris les rênes de l’équipe normande il y a 3 ans. Depuis, il a amené son équipe en finale de la Ligue Magnus 3 fois en 3 essais (1 victoire et 1 défaite avant celle de cette année) et 2 fois en finale de la coupe de France (1 victoire et 1 défaite). Le duel Terglav/Lhenry sera très certainement un des duels clés de la finale.

Un deuxième duel qui pourrait faire basculer la série c’est celui des gardiens de but. Si depuis le début des playoffs Mitja Pintaric domine chacun de ses adversaires et que ce n’est pas forcément le cas de Lukas Horak, le gardien grenoblois est capable d’élever son niveau de jeu. Son pourcentage d’arrêt en saison régulière (92,1%) le prouve. Dans cette finale, Grenoble aura besoin d’un Horak à la hauteur de son adversaire.

Enfin, chaque équipe possède un joueur qui domine la ligue à son poste. Du côté grenoblois, il s’agit de Kyle Hardy. Le défenseur de 29 ans fait partie des meilleurs défenseurs de la ligue depuis de nombreuses années et ses matchs 6 et 7 contre les Boxers de Bordeaux sont des merveilles du genre. Si Grenoble est encore en vie, il le doit pour beaucoup à son numéro 4. Le Canadien est le joueur qui a le plus d’impact offensif de l’équipe, c’est lui qui porte le plus souvent le palet en sortie de zone défensive ou en entrée de zone offensive et il est également excellent défensivement puisqu’il est capable de se replier très vite grâce à sa vitesse et son intelligence dans le jeu. Avec 6 buts et 10 assistances, il est le meilleur pointeur de la Saxoprint Ligue Magnus durant ses playoffs (à égalité avec son compère de duo Sébastien Bisaillon qui possède également 16 points mais seulement 2 buts). Il est également le joueur qui a réussi le plus de tirs cadrés avec un total de 59 (le deuxième de la ligue est à 48 et le deuxième Grenoblois est à 47). Pour couronner le tout, il possède un différentiel de +8 (le 4e de la ligue et le meilleur BDL avec Rohat), preuve que son impact est énorme des deux côtés de la patinoire. Nul doute que les BDL auront encore besoin de son talent.

En face, c’est l’attaquant américain Alex Aleardi qui impressionne. Rapide, très technique et débordant d’énergie, le numéro 42 des Dragons a plus d’une fois mis l’équipe de Fabrice Lhenry sur son dos pour l’amener vers la victoire lors des premiers tours. Arrivé en cours de saison, Aleardi a marqué 1,39 point par match en saison régulière ce qui le classe troisième du championnat derrière David Rodman et Adam Hughesman. En séries, ce total reste élevé avec 1,09 point par matchs (6 buts et 6 assistances en 11 matchs). Son entente avec Nicolas Deschamps est très bonne et la défense grenobloise devra l’avoir à l’œil. D’ailleurs, il sera intéressant de voir si le staff grenoblois décide d’envoyer Hardy et Bisaillon principalement face au trio emmené par Deschamps et Aleardi ou face au trio emmené par Thinel et Lampérier.

À partir de vendredi, Rouen et Grenoble vont se livrer une belle bataille pour remporter le titre. Difficile d’entrevoir un favori dans cette affiche qui s’annonce très enlevée et très serrée. A priori, cette finale devrait s’étendre un peu dans la longueur et pourrait bien tester les nerfs des supporters. Aucun doute : on ne pouvait pas rêver plus belle finale pour cette édition 2017-2018.

Toutes les statistiques avancées viennent de la base de données Magnus Corsi