#Etoioutai : Gaspard Bellier, un fontainois en D1 Slovaque de Handball

L’AS Fontaine Handball a vécu un début de saison plus que laborieux, ne gagnant qu’une seule fois en 11 rencontres. Joseph Nicosia (entraîneur de l’équipe) n’aura eu cesse de nous le répéter : « il nous manque de la profondeur de banc ». En effet, l’équipe a perdu beaucoup de joueurs de la saison passée et s’est vue obligée de composer avec les éléments à sa disposition. #LSD est allé rencontrer un ancien fontainois exilé… en Slovaquie! Gaspard Bellier, jouant au sein de l’effectif National 3 pour l’AS Fontaine l’année dernière, a quitté le club isérois dans le cadre de son Erasmus à Bratislava. Un échange scolaire qui lui permet finalement de fouler les terrains de première division slovaque…

Comment s’est passée ton arrivée au SKP Bratislava?
Avant mon arrivée en Slovaquie, j’ai contacté le club pour rejoindre l’effectif. Ils m’ont répondu qu’il n’y avait aucun problème pour que je joue, la seule condition étant mon niveau de jeu. Je suis arrivé en Septembre à Bratislava et le jour même je suis allé m’entraîner. Depuis je n’ai pas quitté le club.

Ton intégration au sein du club a-t-elle été compliquée par la langue?
Pas vraiment, au niveau sportif je n’ai pas eu trop de difficultés pour m’entendre avec les autres puisqu’il n’y a pas forcément besoin de parler pour se comprendre sur un terrain. Mon intégration dans l’équipe a été spéciale mais pas pour ces raisons; les slovaques sont assez froids de prime abord, il faut que tu leur prouves que tu as ta place dans l’équipe. Dès qu’ils se rendent compte du travail et de l’investissement que tu fournis ils vont t’accepter. C’est vraiment enrichissant car tu t’intègres pour ce que tu donnes sur le terrain.

Quels moyens sont mis à ta disposition au sein du club ?
Le SKP est un “mini-club” professionnel. Nos déplacements se font en bus ou en Mini bus, nous avons accès à un sauna dans le gymnase, il y a une cuve d’eau glacée disponible après chaque entraînement et également un kiné qui est à disposition du groupe si besoin est. Nous évoluons dans un climat professionnel mais au niveau des salaires ça ne suit pas. Pour moi c’est le problème et peut-être le frein au développement du handball en Slovaquie.

Comment as-tu intégré le groupe de première division?
Au sein du SKP, le système est un peu particulier. Il n’y a pas de groupe propre à l’équipe une et deux: c’est un tronçon commun d’une vingtaine de joueurs. Les joueurs n’étant pas retenus pour jouer avec la une vont jouer en équipe seconde. L’équipe n°2, faisant office de réserve, est donc exclusivement composée de joueurs du groupe commun. Dès mon premier entraînement j’ai intégré le groupe ce qui m’a permis d’être retenu pour quelques matchs en équipe première.

Combien de matchs as-tu joués avec l’équipe première?
J’ai joué deux rencontres en D1 et la totalité des autres avec la réserve qui évolue en deuxième division slovaque. Pour le match contre le Tetran Presov, qui est de loin le meilleur club slovaque, j’ai profité de la blessure de certains joueurs pour intégrer l’équipe une. J’étais un peu impressionné de jouer contre ce club (qui a joué la Ligue DeC) et même si je n’ai pas joué énormément et que nous nous sommes inclinés, c’était vraiment des sensations agréables de jouer contre une équipe de ce rang. Un mois plus tard, j’ai de nouveau été retenu pour jouer la demi-finale de coupe de Slovaquie, que nous avons malheureusement perdue.

Après avoir joué en D1 quel est ton objectif ?
Mon objectif est clairement de devenir titulaire en équipe 1, c’est pour cela que je travaille et que je m’entraîne chaque soir. Je reste lucide et suis tout de même conscient que cela est compliqué; étant en Slovaquie pour une durée limitée (1 an), le coach favorise les joueurs présents pour les prochaines saisons. Je comprends tout à fait son choix puisqu’il pense au long terme et qu’il y a déjà un groupe bien en place. Au-delà de tout ça mon objectif principal reste de progresser. J’ai une occasion exceptionnelle de jouer ici, il faut que j’en profite. Donc bien sûr, si je peux jouer en D1 je le ferai, mais si je ne suis pas sélectionné je jouerai en réserve et prendrai le meilleur de ce que l’on me donne pour progresser un maximum.

Selon toi, la première division slovaque est équivalente à quelle division française?
Sur douze équipes composant la D1 slovaque, une dizaine ont un niveau semblable à de la Nationale 1 voir à de la Nationale 2 française pour le bas de tableau. Selon moi, les deux premières équipes du championnat se démarquent vraiment et sont de niveau équivalent à une équipe de D2 (Povazska Bystrica) et de D1 française (Tetran Presov). C’est un championnat épars moins compacte que ce qui est visible en France en terme de qualité de jeu.

L’approche du handball est-elle différente par rapport à celle que tu as connue en France ?
Il y a une vraie différence dans l’investissement que les joueurs mettent à l’entraînement. Nous avons un entraînement chaque soir avec un match le week-end; bien que la plupart des joueurs ne soit pas rémunérés et travaillent en parallèle, ils sont présents à chaque fois. Ce sont des véritables passionnés.
Côté handballistique, les séances sont extrêmements physiques; les joueurs s’entraînent comme ils jouent leurs matchs. Ils mettent beaucoup d’intensité et n’hésitent pas à aller au contact, il faut être prêt à recevoir des coups. Tout cela se fait dans un très bon esprit, sans débordements et avec beaucoup de respect. Enfin, même si tactiquement le jeu slovaque est très solide, techniquement il l’est moins: peu de gestes sortent de l’ordinaire, ce qui me permet de me démarquer en ajoutant ma patte artistique.

Fort d’une saison en Nationale 3 française, comment abordes-tu tes rencontres aujourd’hui?
Mon année à Fontaine en Nationale 3 me sert énormément, j’aborde mes matchs avec des acquis tirés de cette expérience. Le fait de savoir qu’il y a une fin me permet de prendre du recul. Je joue chaque rencontre avec le SKP en sachant qu’il n’y en aura pas des centaines derrière ce qui me permet de donner le meilleur de moi à chaque fois. Ce qui est certain, c’est que j’arrive mieux à gérer mes émotions, je suis plus serein: je me mets moins la pression lorsque je rate quelque chose et je profite plus des moments où j’ai la main chaude. En première division, et à fortiori ici, tu ne peux te permettre de montrer tes émotions, c’est mal vu. Les arbitres sont intransigeants et les joueurs très respectueux des décisions donc ça ne sert à rien d’avoir un comportement exubérant. Au final cela donne un jeu plus fluide et moins concentré sur l’arbitre, tout le monde y gagne.

Que comptes-tu faire à ton retour en France?
Le club de Fontaine me semble la solution logique mais pour l’instant je veux profiter le plus de cette année en Slovaquie sans penser à “l’après”. Je reviendrai certainement avec de nouvelles ambitions au vu de ma progression actuelle mais tout dépendra des circonstances futures. Je me concentre sur mon propre niveau sans me fixer d’objectif, j’espère simplement jouer le plus haut possible.

Tu gardes la tête sur les épaules avec tout ce qui t’arrive?
Oui, c’est obligatoire ici! C’est marrant car je suis passé à la télévision, j’ai aussi eu des articles dans le journal… Si tu n’es pas trop connecté avec tes réalités tu peux rapidement prendre la grosse tête et c’est dangereux. Tu risques de ne plus progresser si c’est le cas. Je sais que j’ai tendance à être comme ça mais heureusement les slovaques me rappellent que tu n’as pas le droit de l’être. Ils prennent les choses très rationnellement et gardent les pieds sur terre. Il faut juste que tu fasses ton travail et le reste c’est du bonus.

Un dernier mot sur ce que tu vis ?
Je suis tellement content de mon expérience. Je suis en Erasmus, je ne suis pas parti pour le handball à la base. Je vois la vie des autres étudiants à côté de moi et je me rends compte de la chance que j’ai. En partant pour mes études je valide mon diplôme et je profite de ma passion chaque jour.