Rencontre avec Lionel Tassan, ou la montagne sous tous les angles !

Écouter Lionel Tassant vous raconter la montagne, c’est plonger dans un autre univers ; celui de la beauté, de la vie sauvage et du respect qui l’accompagne. C’est aussi ressentir l’appel des sommets ou du moins une accointance nouvelle avec Dame Nature.
LSD prend de la hauteur et part à la rencontre d’un amoureux des sports de montagne… Lionel Tassan, un homme passionné et passionnant.

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Il faut dire qu’on pourrait l’écouter des heures, Lionel, nous parler de sa montage. Il a toujours une anecdote pour nous tenir en haleine, un sentier de randonnée plutôt qu’un autre à conseiller, une voie nouvelle à présenter et un avis éclairé sur un sujet de société (en relation avec la montagne cela va de soi). Fidèle compagnon, son appareil photo n’est jamais loin, prêt à dégainer pour immortaliser une cueillette de champignons ou de myrtilles, quand ce n’est pas un animal sauvage, bluffant à souhait…

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Quarante-quatre ans, marié et papa de deux petites filles qu’il emmène de sentiers en sentiers ou de sommets en sommets, Lionel Tassan est avant tout un fervent défenseur de la nature. Ce personnage haut en couleurs présente de multiples facettes. Enseignant dans la vraie vie, alpiniste, photographe, auteur de topoguides (six au total), il pratique également la revue de détails de matériel en collaboration avec de grands marques reconnues, ou encore journaliste spécialisé pour la presse de montagne…Vous l’avez compris, Lionel a plus d’une corde à son arc… alpin ! Bref, un « enthousiaste » comme il se définit lui-même, toujours partant pour une « ballade vers les sommets », un homme qui vit sa passion à deux cents à l’heure et ne s’arrête jamais. Son credo : « Le plaisir…mais ça passe par une pointe de dépassement physique » reconnaît-il. « Mon moteur, c’est l’originalité, faire les choses de manière différente et surtout construire mes propres itinéraires. Même si je suis auteur de topoguides, je n’aime pas suivre un schéma, mais plutôt chercher des enchaînements concoctés par mes soins. Peut-être que je suis le premier à les réaliser, et ça me plaît. »

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Lionel Tassan n’est pas sectaire. Il sait aussi faire de la place dans son cœur pour les autres sports : «  J’aimais bien le foot mais l’esprit s’est dégradé par rapport à la génération Platini. Le cyclisme aussi c’est très sympa et j’ai aussi un faible pour le rugby, un sport beaucoup plus technique que l’on en pense. » Mais chassez le naturel, il revient au galop. L’appel des cimes est le plus fort : «  J’ai besoin de la montagne. Cette passion, c’est aussi un prétexte pour trouver refuge dans la nature, d’échapper à la société d’aujourd’hui qui est un peu folle, et de me retrouver dans ma vraie vie. »

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Alors, d’où lui vient cette passion pour la montagne ? « De ma plus tendre enfance » répond Lionel, « quand mes grands-parents qui habitaient Allevard, m’emmenaient toujours vadrouiller par les chemins. Il y a eu aussi mon professeur en CM2 qui partageait avec nous des photos, des ballades, des classes de neige, des explications sur les massifs du coin. » La graine était plantée… jusqu’à l’éclosion vers l’âge de 20 ans, une révélation : « C’est un pote de fac qui a vu des clichés que je réalisais et qui a voulu que je l’emmène en montagne. Du coup je me suis mis avec lui au ski de randonnée et à l’escalade, et là, ce fut le déclic, la découverte ou plutôt la confirmation d’une passion. » De là est donc né cet engouement pour les activités de montagne avec une préférence pour « l’escalade des grandes voies et la traversée des arêtes faciles, en courant ou en ski de randonnées, le tout agrémenté d’un aspect contemplatif essentiel. J’adore immortaliser des passages de voies, des bivouacs et m’immerger dans le milieu pour prendre des clichés d’animaux. En ce moment par exemple, c’est la période du brame du cerf. Seul, dans la nature, aux aguets de ces mâles majestueux, c’est magnifique.Ce sont des moments magiques. »

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Des moments magiques, inoubliables, « il y en a tellement » confie t-il, comme cette sortie skis aux pieds : « c’était en février 2015, une simple ballade avec un peu de dénivelé. En voyant les conditions météo, j’ai changé mes plans et je me suis retrouvé à remonter un couloir raide et technique de Belledonne, sans matériel spécifique. J’ai réalisé ma descente dans la meilleure neige du monde, au milieu de 50 cm de poudre légère, avec une mer de nuages, le tout habillé d’un coucher de soleil splendide. Il y avait tous les ingrédients pour rendre ce moment inoubliable, le côté technique, l’aspect émotionnel avec cette impression d’être seul au monde, le décor, l’imprévu, tout. J’ai même un copain chevronné qui a vu mes photos et qui m’a dit que des sorties comme ça, on en faisait dix au maximum dans sa vie. C’était un état de grâce. »

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Lionel est un amoureux de la montagne même si parfois, c’est « je t’aime moi non plus », une amie cruelle et impitoyable. Faut dire qu’elle ne lui a pas toujours fait que des cadeaux, comme cette fois où il a connu sa plus grosse frayeur : «  Quand lors d’une sortie à trois, mon ami Serge est resté 30 min sous 60 cm de neige. Heureusement, avec les secours, on a réussi à le dégager. » Mais tous n’ont pas eu cette chance « comme mon grand pote Nico, parti à 27 ans, dans une avalanche. C’était il y a sept ans. » Des compagnons, des amis dont la route s’est arrêtée sous une coulée de neige ou au pied d’une barre rocheuse. « Au moins deux par an » nous confie Lionel. Le prix à payer pour vivre sa passion ? « C’est vrai que le risque est inhérent à la montagne. Elle ne se laisse pas dompter facilement. En montagne, quoiqu’il arrive, il faut rentrer, une entorse au foot, tu peux t’arrêter, là-haut, il faut te débrouiller. » Lionel Tassan profite de l’occasion pour dire ce qu’il a sur le coeur à ceux qui accusent ces alpinistes de prendre trop de risques : « Nous ne sommes pas des trompe la mort, nous aimons la vie. Côtoyer le vide, ça aide parfois à se sentir plus vivant que jamais. » Et Lionel de se consoler en se disant que ses compagnons partis trop tôt « sont partis en faisant ce qu’ils aimaient. Nico, par exemple, à 27 ans, il avait vécu plusieurs vies, et connu beaucoup plus de choses que des personnes qui vont mourir à 70 ans sur leur canapé. » Lionel, la langue de bois, il ne connaît pas. L’occasion est trop belle de mettre les points sur les i avec certains élus qui souhaitent réglementer l’accès en montagne avec un équipement minimum: « Cette décision va à l’encontre de l’essence de l’activité, la liberté. Cette volonté de réglementer, c’est illusoire. »

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La transition est toute trouvée pour parler de Killian Jornet (second du dernier ultra trail du mont Blanc), un extraterrestre « qui réalise des voies peu techniques, très longues en un minimum de temps et avec quasi aucun matériel. L’exemple qu’il montre est du coup contesté, comme cela semble facile pour monsieur tout le monde » explique Lionel qui prend la défense de l’athlète espagnol : « Moi, il me fait rêver. C’est un mec qui est autonome et la montagne, c’est ça, faire ce que l’on ressent, ne pas copier les autres. » Mais l’aventurier nuance : « C’est vrai qu’avec sa notoriété, si j’avais l’occasion de le croiser, je lui dirais de plus communiquer sur le danger.»

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Rassurez-vous, une ballade sur un beau sentier peut se faire sans gros risques, à condition de prendre les précautions d’usage et respecter le b.a.-ba avant une sortie. Lionel Tassan nous donne les trois grandes règles : « connaître ses capacités techniques et physiques, connaître les caractéristiques de l’itinéraire et toujours prévoir d’éventuelles solutions de replis. » A suivre rigoureusement !

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Ses exploits, ses idées de randonnées, ses photos, ou sa nature, il nous les fait vivre sur son blog : « Par monts et par mots ». Pourquoi ce choix ?: « J’adore partager et cela explique certainement mon orientation vers l’enseignement. C’est aussi une façon de me constituer un mémoire de toutes mes sorties. Avant internet, je consignais tout ça par écrit. Le blog, c’est plus simple, c’est un bon compromis entre le fait d’échanger avec le plus grand nombre et mes souvenirs. »

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L’entretien touche à sa fin. On pourrait l’écouter des heures Lionel mais il est temps de rentrer de voyage et de quitter les belles montagnes dauphinoises, pour les retrouver bientôt ? Évidemment. « Levez les yeux et allez vers la montagne. On a de la chance d’habiter dans le coin. A une heure de voiture du centre ville de Grenoble, peu importe la direction choisie, on peut voir tout ce qu’il y a de différent dans les Alpes, une variété qu’on ne retrouve nulle part ailleurs. C’est pareil pour la météo et les couleurs dans le ciel, toutes les palettes et tous les effets sont ici. Profitons-en ! »
Quand on écoute Lionel Tassan nous parler de sa passion… on se dit effectivement, que la montagne est belle !

Pour mieux connaître le personnage, partager ses sorties et suivre ses conseils avisés sur la montagne : http://www.lta.fr « Par monts et par mots »

Crédit photos: FB Lionel Tassan