Lettre ouverte de Manu Best à son fils John :  » Un bonheur incommensurable »

Suite à l’annonce de la sélection de Jonathan BEST en équipe d’Algérie (lire ici), nous avons reçu un message du papa de Jonathan (Manu Best, ancien joueur de l’USRP notamment) qui souhaitait écrire une lettre ouverte à son fils. La voici

Jonathan,

Lorsque j’ai appris que tu avais été retenu pour jouer avec la sélection nationale algérienne pour le match en Zambie au mois de novembre, une foule de souvenirs m’a submergé.
Une immense joie teintée d’émotions, de fierté, m’a sauté au visage et tordu les tripes, faisant bondir mon cœur, me renvoyant à une enfance dorée et à ces quelques années passées dans ce magnifique pays.
C’est avec les yeux embués de larmes que j’écris ces quelques lignes : j’aurais tant voulu que mes parents, décédés tous deux l’année dernière, soient encore là pour voir ce match, ainsi que tous nos anciens, morts et inhumés là-bas : à Alger, Rovigo, l’arba, blida, rivet

L’ALGERIE, terre de mes ancêtres, berceau de mon enfance, pays des épais fourrés, des jujubiers, des ronces et des palmiers nains. L’ALGERIE un immense territoire aux multiples richesses bordé par la mer méditerranée.
Pour bien comprendre une telle émotion il est important de remonter le cours de l’histoire et raconter pourquoi cette sélection est autant chargée d’émotions pour moi.

« Si tu ne sais pas où tu vas, regardes d’où tu viens » dit un proverbe africain

C’est le 25 octobre 1850 que Saint ange Marcellin BEST, alors âgé de 24 ans, débarque sur le sol algérien accompagné de ses parents, avec en poche une concession à titre provisoire à l’Arba d’un lot urbain de 0.08 hectare et d’un lot de terre de 12 hectares 55 ares 50 centiares sur la route de rivet.

Saint ange Marcellin BEST est journaliste au journal « LE SIECLE » journal politique littéraire et d’économie sociale qui réfléchissait sur la gauche dynastique, mouvement républicain de l’époque.
Ce journal ne devait pas être au gout du gouvernement de l’époque puisqu’il pria le jeune saint ange Marcellin BEST d’accepter cet aller simple pour l’ALGERIE.

De 1850 à 1961 plusieurs générations de BEST se succédèrent sur cette terre apportant leur dure contribution au développement de ce pays.

C’est en 1961 que le retour en Métropole se fit avec son cortège de pleurs, de regrets et de souvenirs

Jonathan, j’ose espérer qu’à l’heure de rentrer sur le terrain, en portant le maillot de la sélection nationale algérienne, tu sentiras sur toi le regard de tes ancêtres et qu’une énergie supplémentaire te guidera pendant ces 80 minutes, que ce match joué sur le sol africain t’emmènera à te surpasser sans pour autant que le poids du passé ne soit trop lourd.

Et à travers ce moment, fier de ce fils qui m’a apporté tant de bonheur et de joie tout au long de sa carrière de rugbyman et d’homme, je me prendrai à rêver que je serai près de lui, avec lui, ne dit-on pas qu’il est bon à la fin de sa vie de revenir à ses racines.
Je ne sais pas si la vie me permettra de retourner sur le sol qui m’a vu naitre, ultime voyage pour permettre de boucler la boucle et de terminer mon voyage terrestre, mais c’est sûr, ce 04 novembre sera pour moi un jour de joie et de bonheur incommensurable.

Et de la plaine de la Mitidja, d’ain-taya à fondouk, des méandres de l’oued el Hamiz, du massif des Aurès, de l’atlas et d’ailleurs, de tous ces lieux revisités désormais, je suis sûr que les vibratos des voix ancestrales nous accompagneront.