Le Rugby, sport de luxe ?

Madame Buzyn et Madame Flessel, respectivement ministre de la santé et ministre des sports, ont mis en place un arrêté qui pourrait bien redistribuer les cartes du coté du rugby amateur.

Jusque là, un certificat médical et une indication positive ou négative suffisaient à la pratique du rugby. Mais peu à peu, des évolutions sont désormais notables : un IRM des cervicales tous les un à deux ans pour les joueurs de rugby à XV ou à VII à partir de 40 ans et plus récemment, un électrocardiogramme obligatoire à partir de 12 ans. Une bonne mesure me direz-vous ?
Il est vrai qu’il est primordial de protéger la santé des protagonistes d’une rencontre de rugby. Surtout lorsqu’on observe une hausse significative du nombre de commotions au niveau professionnel. Là aussi, le système de protocole commotion a changé cette année. Depuis cette saison, les joueurs victimes d’un choc à la tête ne pourront plus revenir sur le terrain avant une durée minimale de dix minutes, a décrété World Rugby.
Pouvons-nous mettre sur un même piédestal le rugby pro et le rugby amateur ? On en est loin du temps où Jean-Pierre Rives et Mike Catt qui continuaient à jouer avec la moitié de leur cerveau. A l’époque, on posait le casque. Maintenant, c’est limite s’il faut en mettre un ! Certes, le rugby 2.0 est devenu plus physique, plus rude. Il est vrai que les professionnels, sur-entrainés toute la semaine, chargent comme des sangliers sur tous leurs impacts en match. Il est donc normal que des problèmes corporels arrivent.

Et nos petits clubs dans tout ça ?

Mais ces paramètres modifient la vie des petits clubs. En effet, le rugby amateur connait depuis quelques années une baisse significative aux niveaux des licenciés. On recensait 327 168 licenciés au 31 mai 2017, contre presque 400 000 en 2016, d’après la FFR.
Alors oui, les initiatives pour veiller à la santé des rugbymen sont louables, mais il est de plus en plus contraignants pour certains de se faire valider leur licence. Il faut pour cela trouver un médecin qui possède le matériel adéquat pour réaliser les contrôles préalables. Cela coute bien évidemment plus cher, et c’est donc un frein majeur au renouvellement des licences. De ce fait, cela amène à certaines personnes de prendre rendez-vous chez un cardiologue, et se faire potentiellement interdire la pratique sportive. Et cerise sur le gâteau, une consultation n’est pas entièrement remboursable d’après le règlement de la sécurité sociale ! Mais au fin fond des petites bourgades françaises, où les petits clubs de série sont rois, le recrutement de nouveaux éléments fait défaut. Le rugby de clocher est souvent un simple amusement. Les commotions sont aussi rares que les chisteras qui arrivent dans les bras de son copain. Alors ne soyez-pas si catégoriques là-haut et laissez nous pratiquer notre rugby champêtre, le rugby qu’on aime !

Un petit rugbyman de 3ème Série.