Emmanuel Pellorce : « Des filles heureuses… »

Ceux ou celles qui le connaissent le mieux disent de lui que c’est un éternel insatisfait, un garçon intègre, humain, exigeant, exigeant à nouveau et surtout exigeant.  Il en veut toujours plus « Manu ». Cela tombe bien, les Amazones aussi, sous sa houlette ?, veulent davantage qu’une place de finaliste de seconde division. Emmanuel Pellorce, c’est le nouvel homme fort du FCG… version féminine. Les résultats des Amazones la saison passée parlent pour lui. Les joueuses grenobloises ont loué, tout au long de la saison dernière, ses compétences. La présidence du club grenoblois ne s’y est pas trompé en élargissant son champ d’action. Entraîneur des Amazones bien évidemment, il possède désormais les clés de toutes les catégories filles du FCG. A quelques heures de l’ouverture du championnat, qui verra ses protégées se déplacer à Nanterre (24 septembre), « Manu » fait le point sur la préparation, les mouvements dans le staff, l’effectif, les objectifs, la politique de formation, la défaite contre Bayonne, (toujours en travers de la gorge)…sans oublier l’essentiel : le plaisir. Entretien avec Emmanuel Pellorce, l’homme qui murmure à l’oreille des Amazones…

Amazones

Pendant les vacances tu réussis à couper avec le rugby ou ce n’est pas possible  ?
Oui, oui c’est possible. Alors pas forcément pendant les quinze premiers jours, car on a encore un peu la tête au jeu, mais une fois que je suis parti en vacances, le rugby, c’est terminé. On coupe complètement.

Tes compétences au sein du FCG ont été élargies par Daniel Jennepin (président association FCG) et Jean-jacques Vartanian (président féminines). Quelles sont tes nouvelles fonctions précisément ?
Je suis responsable du rugby féminin, des séniors jusqu’aux cadettes et même encore plus jeunes. En effet nous avons aussi le projet d’une équipe constituée uniquement de filles de moins de 15 ans, mais pour l’instant, tout ça est en suspens. On garde aussi un œil sur les filles d’une équipe -14 mixte qui évoluent à Fontaine, une antenne partenaire du FCG.

Le staff des Amazones a été remodelé. Pourquoi ?
Jo (Ndlr Mac Carty) avait besoin de faire une coupure par rapport à sa vie personnelle. Cristian Spachuk qui était présent une fois par semaine la saison dernière pour s’occuper des avants est désormais à plein temps avec nous. Il a aussi des missions avec les Espoirs. Fred Senzani reste sur l’équipe réserve. Thierry Masnada est parti pour des raisons professionnelles. Du coup, on accueille Nathan Arnaud qui sera entraîneur de l’équipe réserve. Avec  Thierry Buisson (une fois par semaine),  ils auront en charge  le développement physique du groupe Séniors. Tout ce petit monde reste sous la coordination de Hugo Feasson, le préparateur physique principal.

« Ça  travaille fort, très fort »

Il y a eu aussi du mouvement dans l’effectif. Quelles sont les recrues et les départs ?
Niveau arrivées, on en dénombre vingt-huit. Il y a dix cadettes qui montent, quatre retours dans l’effectif et quatorze recrues.
Les anciennes cadettes sont : Clémence Bouilloud, Ava Saragossi, Suzie Brozda, Emma Cheynis, Nolwen Dubois, Marie Valentin, Alexane Royannais, Emma Faugier, Anaïs Vovan et Mathilde Messa
Ninon Cecillon, Juliette Gaggioli, Carine Roux et Marine Doremus reviennent au sein du FCG.
Les recrues sont : Marie-Hélène Wahnawe (Aix-les-Bains), Zoé Paquet (Romagnat), Valentine Guillet (Bourg-en-Bresse), Marie Deferrard (Thonon), Eloïse et Odeline Julien ( Centre Universitaire de Formation et d’Entraînement), Margaot Tanchon (Voiron), Clotilde Lesage, Floryse Morel, Catherine Arnoux, Lucie aubert, Félicie Gouyer (Voiron), Virginie Dorly (CUFE) et Alexia Labatut
Au rayon des départs : Laurence Camoin (déménagement), Lisa Brie (arrêt), Charlotte Beaufils (retour à Tours), Mathilde Berry (arrêt), Julie Boixadera (arrêt), Nina Breteau (arrêt), Sabrina Caballero (déménagement), Perrine Nantier (déménagement), Maëva Gely (arrêt), Géraldine Gleyse (arrêt), Astrid Montalti (Suisse), Sophie Villien (Grane), Catherine Floryset( Bourg-St-andéol), Clotilde Lesage (Entente St marcellin-St jean en Royans-Romans-Eymeux), Lucie Aubert (RC La Sévenne) et Alexia Labatut (Entente St marcellin-St jean en Royans-Romans-Eymeux)

Tu es satisfait de ton nouveau groupe ?
Oui, tout à fait. Je suis très content de nos recrues mais aussi du noyau fort de l’équipe une la saison passée, une ossature qui a beaucoup travaillé cet été. Nous nous étions rencontrés au mois de juin pour débriefer la saison et sommes tombés d’accord sur le fait de franchir un cap. Constat tiré suite à la défaite face à Bayonne mais aussi après les tournois à 7 de fin de saison, où nous avons pu mesuré l’écart avec les filles du Top 8. De fait, elles sont revenues en forme après la coupure et depuis la reprise il y a six semaines environ, ça travaille, fort, très fort. C’est positif car cela installe une super dynamique pour les nouvelles recrues mais aussi pour les cadettes qui montent. Elles voient que ça bosse.

Claudia Gallin est la nouvelle capitaine. Pourquoi ?
Tout d’abord, ce n’est pas du tout une sanction à l’égard de Margaux Donzel. On souhaite passer un cap au niveau rigueur, travail et état d’esprit. Aujourd’hui, c’est Claudia qui incarne le plus ces valeurs au sein de l’équipe. La saison passée s’est parfaitement bien déroulée mais si on veut aller plus loin, il faut certainement changer des choses.

Margaux Donzel a un nouveau rôle au sein de l’équipe. Tu peux nous l’expliquer ?
On a discuté tous les deux et on lui a défini un rôle très important qui correspond parfaitement à son état d’esprit et à ses qualités. Elle sera la référente des Amazones auprès des autres équipes du club, dans le but de tisser des liens avec les autres catégories. Elle sera aussi en charge des relations auprès de tous nos partenaires.

Amazones

L’objectif en terme de résultat sera de faire mieux que la saison passée, « tout gagner » comme tu nous l’avais dit en début d’exercice précédent ?
Forcément, cet échec de la finale nous fait mal. Je pense que cela nous donnera encore un peu plus d’énergie pour encore mieux faire, à savoir tout gagner, effectivement.

« La montée, faut aller la chercher »

Puisque tu évoques cette défaite contre Bayonne, tu y penses encore des fois ?
Oui, souvent. Souvent parce que même trois mois après, on se refait le film de savoir pourquoi nous avons connu cet échec et pourquoi nous n’avons pas pu être nous-mêmes ce jour-là…

Ton équipe était méconnaissable ?
Oui, nous étions complètement hors sujet en première mi-temps et effectivement, je n’ai pas reconnu mon équipe. C’est frustrant car nous étions capable de beaucoup mieux.

Une défaite conjuguée à une « non réforme » du rugby féminin. Déçu du coup de ne pas évoluer en Elite ?
Oui, forcément déçu au début. Nous avons tellement entendu ça et là qu’il y aurait un Top 16, un Top 12, ou au minimum un Top 10, que nous devions être promus quelque soit la formule choisie. Ensuite on passe à autre chose, on relativise, et on se dit que si nous n’y sommes pas, c’est qu’il y a une bonne raison à cela. La montée, faut aller se la chercher. On doit compter que sur nous et pas sur les changements de règlement.

« Un jeu ambitieux mais pragmatique »

Revenons aux objectifs en terme de jeu, quelles seront les grandes lignes ?
Les bases seront les mêmes que la saison passée. Nous allons peaufiner notre jeu en essayant de jouer encore un peu plus sur l’évitement, sur l’espace, un peu à l’image, toute modestie gardée, du jeu de l’équipe de France Féminine. Une équipe qui pratique un super rugby, qui a marqué un peu les esprits, y compris dans le milieu masculin. Ensuite, il faudra aussi être pragmatique, car c’est bien beau de jouer, mais certaines fois il faut savoir marquer et restreindre le jeu quand les conditions et les adversaires le demandent. Résumons par un jeu ambitieux mais un jeu pragmatique où il faut être intelligent.

Amener le plus possible de filles en équipe de France, c’est aussi une de tes volontés ?
Ce n’est pas un objectif écrit mais évidemment, quand on veut faire de la formation, on espère que des filles seront amener à postuler à toutes les équipes de France. C’est déjà le cas de la jeune Alexandra Chambon. L’important est de se coordonner davantage avec l’équipe cadette et les autres équipes du club. A ce titre, nous avons invité tous les entraîneurs à un stage rugby où nous avons pu vivre et échanger sur le projet de jeu. L’idée est de prendre ce qui est possible par rapport à chaque catégorie. Un peu comme nous avions pu faire en début de saison dernière lors du séminaire avec l’équipe professionnelle. Franck Corrihons présente le projet et nous on décline en fonction de l’âge et des catégories.

Ce sera une des grandes lignes de ta politique en tant que responsable du rugby féminin ?
Oui, évidemment. Si on veut amener des filles au plus haut niveau, cela doit commencer très tôt, dès l’école de rugby.

Amazones

Retour sur la préparation. Tu es content de cette pré saison ?
Tout à fait. Les filles sont sur de grosses charge de travail. Par exemple, en ce moment, nous sommes à quatre séances d’entraînement par semaine, contre trois la saison passée. Ajoutons à cela trois séances de musculation. On va bientôt aussi arriver à proposer des entraînements en journée, en début d’après-midi, ce qui laissera beaucoup de créneaux aux filles pour s’entraîner. Plus les séances à la fac pour certaines, ce qui laisse un large panel d’activités. Il y a de quoi faire.

Vous aviez un seul match amical prévu contre Romagnat, mais annulé. Pour autant vous ne partez pas dans l’inconnu?
Non, on a très très bien travaillé jusqu’à maintenant. Si je dois comparer par rapport à la saison passée, nous sommes en avance par rapport à la même époque avec un projet de jeu déjà assimilé par les filles. C’est un gain de temps. Même s’il existe toujours des incertitudes, nous avons aussi des garanties.

Pour finir « Manu », qu’est-ce qu’on souhaite aux filles du FCG cette saison d’une manière générale, et aux Amazones ?
A toutes, qu’elles réalisent leurs rêves les plus fous, et surtout qu’elles soient heureuses, dans la vie et sur le terrain.