F. Da Fonseca, responsable section féminine au GF38 : « Du plaisir dans la performance »

Parlons peu, parlons bien, parlons foot féminin. Et oui ! C’est un des sports qui a la côte, le vent en poupe. La preuve ? L’Euro féminin diffusée pour la première fois sur une chaîne Nationale avec des records d’audience. Ou encore des sections féminines dans les clubs qui poussent comme des champignons. Conséquence : une très forte augmentation du nombre de licenciées qui a bondi de 60 000 en 2008, pour dépasser les 160 000 actuellement. Et ce n’est certainement qu’un début, si en plus les médias s’en mêlent…
Felipe Da Fonseca. Son nom ne vous dira peut-être rien sauf si vous avez joué à Norcap Olympique en catégories jeune ou encore à l’US Abbaye. Par contre, si vous aimez le foot féminin, il vous parlera beaucoup plus. Et pour cause, il est un des principaux acteurs de l’« absorption » du GMC2F (Grenoble Métropole Claix Foot Féminin) par le GF38. Un an après sa prise de fonction, LSD fait plus ample connaissance avec le responsable de la section féminine du GF 38. La politique au sein du club, les objectifs, le foot féminin dans l’agglomération, la coupe du monde qui se profile à Grenoble à l’horizon 2019… autant de sujets évoqués par Felipe Da Fonseca, le « monsieur foot féminin » grenoblois.

GF38 féminin

Felipe, tu es responsable de la section féminine au GF38. Comment en es-tu arrivé là ?
En 2013, quand je suis rentré de Chine où j’étais installé pour raisons professionnelles, ma fille souhaitait jouer au foot. Le seul club qui proposait du foot féminin dans toutes les catégories était le club de Claix, où elle s’est engagée. Au bout d’un an, j’ai offert mes services et intégré le conseil d’administration, puis le bureau directeur. Lors de la saison 2016, la section féminine du club de Claix est devenue GMC2F, une structure dédiée au foot féminin exclusivement. A partir d’un certain niveau et au delà d’un certain budget, nous avons fait le constat que nous avions besoin d’une structure club plus importante, d’où le début des discussions avec le GF38. Thierry Sémanaz, président de Claix et du GMC2F m’a demandé de prendre la présidence de la commission féminine qui se créerait au sein du GF38. C’est chose faite depuis l’été 2016, depuis que le GMC2F a opéré un transfert de droits sportifs au GF38, c’est à dire un transfert de tous ses licenciées.

Comment se porte le foot féminin dans le bassin grenoblois ?
Je pense qu’il se porte très bien avec depuis quelques années une évolution exponentielle. Pour preuve, aujourd’hui, quasi tous les clubs de l’agglo comptent une ou deux équipes féminines, ce qui n’était pas le cas auparavant. On pourrait citer pêle-mêle Claix qui a remonté deux équipes féminines, Saint-Egrève, Sassenage, Echirolles, l’EG2F…C’est réellement important.

On imagine que cet essor du foot féminin est une bonne chose pour le GF 38. Aspire-t-il à recruter les meilleures joueuses de l’agglomération ?
Oui c’est positif pour le GF 38 mais ça l’est surtout pour le foot féminin en général. Pour notre part, nous ne souhaitons pas forcément recruter toutes les meilleures joueuses de l’agglo. Le but du jeu étant que chaque club du bassin grenoblois puisse se développer avec les moyens dont il dispose. Le GF 38 est là dans un premier temps pour promouvoir le foot féminin au sein de l’agglo. Au bout d’un moment, si ce sport continue son développement exponentiel, le club ne pourra pas accueillir tout le monde au niveau des jeunes catégories, d’où la nécessité de réorienter les jeunes footballeuses vers d’autres clubs. Et puis il y a une particularité dans le foot féminin par rapport au foot masculin, c’est que les filles débutent beaucoup plus tard. Même si le développement du foot féminin tend à réduire cet écart, il n’est pas rare de voir les filles débuter le foot à l’âge de seize ans, contre six ans pour les garçons. Ces filles qui arrivent à seize ans vont jouer en U18, catégorie dans laquelle nous ne comptons que deux équipes, donc il faudra s’adapter pour accueillir toutes ces filles, ou les réorienter.

« L’amour du maillot, l’amour du jeu »

L’objectif est aussi une amélioration du niveau dans tout le bassin grenoblois ?
Oui, une augmentation du niveau, du nombre d’équipes, du nombre de licenciées. Ce qui fait que demain, on peut imaginer un foot féminin avec des championnats largement développés. Aujourd’hui, sur les basses catégories, nous n’avons pas de championnat exclusivement foot féminin avant U15. On espère bien que ça va changer.

Qu’est-ce qui te plaît dans le foot féminin ?
Personnellement, j’aime bien les valeurs défendues par ce sport : simplicité, sincérité, honnêteté, équité, convivialité, esprit d’équipe. C’est un milieu sans vice et sans triche. Comme l’argent n’est pas encore trop présent dans le foot féminin, j’ai l’impression que c’est un peu le foot que j’ai connu quand j’étais plus jeune, celui où on jouait pour l’amour du maillot, l’amour du jeu. Ce sont ces valeurs qui m’intéressent et le fait que ce soit un sport en plein développement. Malgré tout, l’argent commence à faire son entrée dans le foot féminin, mais les sommes restent dérisoires par rapport au foot masculin. Il va falloir rester vigilant pour éviter les mêmes dérives que dans le foot masculin.

Justement, comment faire pour que l’arrivée de l’argent, via les médias notamment, n’enlève pas cette fraîcheur au foot féminin ?
S’il y avait une recette universelle, elle serait appliquée. Je pense que c’est aux dirigeants de veiller à ce que le développement du foot féminin ne se fasse pas au détriment de ses valeurs. On sait aussi très bien que lorsque des files viendront jouer au foot pour exercer leur métier, on passera dans un univers totalement différent. Aujourd’hui nous sommes dans un monde amateur pour la plupart des équipes, y compris en D1. Cette proportion se réduit et on s’aperçoit que le foot féminin se professionnalise de plus en plus, ce qui signifie plus d’argent, plus de moyens et donc des dérives inévitables. Le rôle de vigilance des dirigeants sera essentiel.

L’arrivée de cette médiatisation, c’est une juste reconnaissance ?
Effectivement, les filles sont de plus en plus médiatisées avec la présence de grands médias nationaux qui diffusent les compétitions. Il y a trois ans, nous n’étions pas au niveau d’aujourd’hui et dans deux ans, après la coupe du monde 2019 à Grenoble, je pense que ce sera encore différent. Je pense que c’est équitable par rapport à ce qui se passe au niveau du foot masculin. C’est une juste reconnaissance de ce sport, car c’est agréable à regarder.

Quelle est la principale différence avec le foot masculin ?
Je dirais l’innocence présente chez les filles ainsi que l’esprit bon enfant qui règne sur, et autour des terrains. Le foot féminin ne connaît pas la violence. Sur l’aspect football, ça joue moins vite et c’est moins physique que chez les garçons, mais la construction est meilleure avec davantage de passes.

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Le Stade Des Alpes accueillera des matchs de coupe du monde dans deux ans. Une bonne nouvelle ?
Oui, c’est une excellente nouvelle pour le foot féminin français, même si grâce à des équipes comme l’OL, il est bien reconnu au niveau mondial. C’est super pour le pays, y compris pour les villes qui vont l’accueillir. La médiatisation sera plus forte et cela permettra de démocratiser davantage ce sport dans les foyers, car on entend encore trop souvent aujourd’hui, que le foot n’est qu’un sport de garçon. Ce n’est plus vrai. Cela permettra de faire évoluer les mentalités.

Et pour le GF38 ?
C’est d’abord une excellente nouvelle pour la ville de Grenoble, le Stade Des Alpes, et par ricochet pour le GF38. Si lors de la coupe du monde, nous sommes en Division 1, ce qui était l’objectif lors de l’intégration du GMC2F au GF 38, ce serait un sacré coup de projecteur sur le club.

Justement, l’équipe fanion vient de terminer à deux points de la première place, synonyme de montée en D1. Cette année c’est la bonne ?
Est-ce qu’il y a une bonne année pour monter ? Je ne sais pas. Ce qui est certain c’est que nous sommes arrivés l’an passé en août pour une année de transition. Nous n’avions pas eu le temps d’agir sur le recrutement et la construction de l’équipe. Cette année, nous avons préparé le mercato de meilleure façon mais notre budget est somme toute limité par rapport à certaines écuries de notre poule. Si on pouvait monter dès cette année ce serait bien, mais si on ne monte que l’année prochaine, ce n’est pas grave.

« Avoir un terrain attitré pour l’équipe première »

Il y a un an, le GMC2F entrait sous le giron du GF38, tu étais au cœur de cette transition. Quel bilan tires-tu au bout d’un an d’exercice ?
Un bilan très positif avec beaucoup de progrès dans le niveau de jeu, dans les conditions de pratique des filles, au niveau du suivi médical par exemple, et dans l’utilisation des structures du club en lui même. Le GF38 a bien intégré les filles grâce à cette commission féminine. Le nombre de licenciées en est un parfait exemple puisqu’il est passé de 80 à 185 en un an. La seconde année risque d’être plus difficile dans le sens où nous sommes biens installés, avec un nombre de licenciées probablement plus important, ce qui implique qu’il faudra redoubler d’efforts pour considérer cette section à sa juste valeur et l’intégrer dans la réflexion stratégique du club.

Quels seraient les points à améliorer ?
Il y en a deux. Le premier concerne un gros point noir dans les infrastructures, à savoir le stade qui doit accueillir les rencontres de notre équipe fanion. A l’heure actuelle, nous n’avons aucun terrain de match attribué à l’équipe de seconde division. Nous savons juste, pour le moment, que les deux ou trois premières rencontres auront lieu à Lesdiguières, mais nous n’avons aucune certitude pour la suite. C’est un élément très problématique car quand nous sommes « trimbalés » de terrain en terrain, du Vercors à Lesdiguières, en passant par le Clos d’Or ou le stade Stijovic, cela ne constitue pas un réel avantage de jouer à domicile. Nous aimerions avoir un terrain attité pour que les filles puissent prendre leurs marques et avoir des repères solides. Je trouve d’ailleurs que les élus de la ville ou de la métro ne sont pas très impliqués sur ce sujet.

Et le second point ?
Il correspond plus à un constat réalisé cette saison. Même si le GF 38 est une grosse structure, il a besoin de bénévoles pour fonctionner, pour organiser les rencontres dans de meilleures conditions possibles, comme tenir les buvettes les jours de matchs par exemple. On s’aperçoit qu’il est de plus difficile d’avoir des ressources bénévoles, et le GF38 n’échappe pas à la règle. C’est donc un appel à toutes les bonnes volontés, à tous ceux qui veulent aider le développement du foot féminin au sein du GF38, ils sont les bienvenues.

Pour en revenir au stade,  Lesdiguières est votre première option ?
Pas obligatoirement. Notre choix numéro un serait d’avoir une pelouse de bonne qualité toute la saison, avec de bonnes conditions d’accueil du public, c’est à dire une petite tribune fonctionnelle. Il faudrait aussi une salle de réception pour que nous puissions prendre une collation d’après-match avec nos adversaires, gage de la bonne convivialité qui règne dans le foot féminin. Le Clos d’Or aurait été une bonne solution à condition d’investir dans une tribune et une salle de réception. Compte tenu de ce qui est disponible sur Grenoble, notre choix numéro un reste le stade Lesdiguières, même si la gestion de la pelouse avec le rugby reste compliquée.

Quelle est la politique de formation du GF38 féminin, vos objectifs pour les catégories jeunes ?
Notre objectif principal au niveau de la formation est d’accueillir un maximum de jeunes joueuses des catégories U6/U7 jusqu’au U19 National, tout en leur inculquant les valeurs du travail et de « la gagne. » On remarque que les filles manquent un petit peu de mordant quand elles arrivent au niveau U19, une catégorie où il y a davantage de compétition. Dans cet objectif, nous avons aussi une politique de recrutement d’éducateurs diplômés et compétents. Même si c’était déjà le cas avant, nous essayons de renforcer ce point.

Avec aussi une volonté d’alimenter l’équipe première avec des joueuses du cru ?
Oui, tout a fait, sachant qu’il est encore difficile de se baser que sur la formation. Pour l’instant, dans le groupe de Nicolas Bach, seules quatre ou cinq joueuses sont issues de la formation locale. Ce sont des jeunes filles qui, petit à petit, seront certainement amener à avoir plus de temps de jeu en équipe première.

Qu’est-ce qu’on peut souhaiter pour le GF38 à l’aube de cette nouvelle saison ?
De faire encore mieux que la saison dernière en terme de résultats, tout en respectant cette valeur d’exemplarité qui est chère au club. Que chaque fille puisse trouver du plaisir dans la performance.

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