Mohed Altrad se compare à Serge Kampf: Eric Pilaud voit rouge

« Je souhaite créer une Fondation, mise à la disposition de la FFR, dont le nom est à venir, dotée de plusieurs millions d’euros, tout entière dédiée à la formation et à la préparation de l’avenir. Est-ce un crime ? Vous parliez de Serge Kampf. Que faisait-il d’autre qu’aider le rugby français ? C’était un saint et moi un salaud, c’est ça ? » Ces mots sont ceux de Mohed Altrad, le président de Montpellier, soupçonné ces derniers jours d’entretenir des liens proches avec Bernard Laporte, président de la FFR. Ce dernier étant du même coup accusé de favoriser le club héraultais.

Pour rétablir sa vérité, Mohed Altrad a accordé ce vendredi une interview au Midi Olympique. Et il se compare donc à Serge Kampf, décédé l’année dernière. Ancien mécène du rugby à XV, il a joué un rôle actif dans les clubs de Biarritz et de Grenoble. Cette comparaison n’a pas vraiment plu au président du FCG Eric Pilaud qui lui a adressé une lettre ouverte ce vendredi. Le boss du club grenoblois précise tout d’abord qu’il n’a ni « lu, ni entendu qui que ce soit (le) traiter de salaud. » S’il se dit admiratif de l’entrepreneur qu’est Mohed Altrad, il trouve « indigne et inapproprié » que ce dernier effectue « un parallèle entre l’implication de Serge Kampf pour le rugby » et son propre engagement. Pour Eric Pilaud, Serge Kampf « avait une approche très différente » de celle d’Altrad, ajoutant qu’il « agissait en mécène désintéressé et le plus souvent anonyme et non en investisseur. »

Les mots du président du FCG sont forts comme en témoigne sa conclusion: « Alors de grâce, n’instrumentalisez pas le nom de Serge dans votre stratégie de contre-feu médiatique. Abstenez-vous par respect pour la mémoire de ce grand Monsieur. » Voilà qui est dit.

 

La lettre ouverte à Mohed Altrad

Cher Mohed,

J’ai lu avec attention votre interview publié par le journal Midi Olympique. En référence à l’un de vos propos qui fait le titre de l’interview, je précise tout d’abord que je n’ai lu, ni entendu qui que ce soit vous traiter de salaud. Pour ce qui me concerne, j’ai une réelle admiration pour l’entrepreneur que vous êtes (et je ne suis pas le seul !) et pour le dirigeant de club que vous êtes (nous sommes peut-être moins nombreux !).

Je précise enfin que je ne doute pas de la sincérité de l’engagement désintéressé du président Laporte pour le rugby et que je souhaite donc que nous parlions au plus vite du jeu et du sport que nous aimons tous.

Si je prends donc la plume, ce n’est pas pour alimenter la polémique sur l’affaire en cours sur laquelle j’ai une vision modérée, mais parce que dans la deuxième partie de votre propos, vous effectuez un parallèle entre l’implication de Serge Kampf pour le rugby et votre propre engagement : je trouve cela indigne et inapproprié. Serge avait une approche très différente de la votre, ce qui n’enlève rien au mérite de vos actions : il agissait en mécène désintéressé et le plus souvent anonyme et non en investisseur. Tout le monde sait ce que lui doivent les clubs de Grenoble et de Biarritz et les Barbarians, sans qu’il n’ait jamais rien demandé en retour : pas d’exigence particulière, pas de contrat, pas de rôle dans l’organigramme du club et une autonomie totale laissée aux dirigeants de ces structures. Les gens connaissent moins tous les autres clubs qu’il a aidé pour leur éviter le dépôt de bilan, en signant un chèque, sans rien demander si ce n’est de ne pas faire de publicité ! (je connais au moins deux clubs dans ce cas). Les gens ne connaissent pas non plus le nombre de joueurs qu’il a accompagné et aidé à des moments clés de leur reconversion professionnelle (j’en connais au moins 5), toujours sans rien demander en retour, juste par amitié.

Alors de grâce, n’instrumentalisez pas le nom de Serge dans votre stratégie de contre-feu médiatique. Abstenez-vous par respect pour la mémoire de ce grand Monsieur.

Amicalement,

Eric Pilaud