Luc Tardif (président de la FFHG): « Le niveau de la Magnus est désormais international »

Un an. Voilà désormais un an que la Ligue Magnus est devenue la SaxoPrint Ligue Magnus. En plus de changer de nom, le championnat de France de hockey sur glace propose également une nouvelle formule. Depuis la saison dernière, il n’y a plus que 12 équipes engagées, et 44 matchs de saison régulière. Pour la Fédération Française de Hockey sur Glace, ce changement était primordial pour voir grandir le hockey dans l’hexagone, et se professionnaliser. Un an après, comment se porte la nouvelle Magnus? Les clubs et les staffs se sont-ils fait à ce bouleversement? Cette professionnalisation du hockey français ira-t-elle de pair avec davantage de médiatisation dans les années à venir? Pendant une heure, Luc Tardif, le président de la Fédération Française de Hockey sur Glace, s’est livrée à LSD. Et il en a profité pour évoquer la situation des Brûleurs de Loups, ainsi que la création de la nouvelle équipe réserve des BDL, les Grizzlys de Vaujany, engagée en D2 dès cette saison.

Président, quel bilan faites-vous, un an après la refonte de la SaxoPrint Ligue Magnus?

La saison dernière, la compétition a été super bonne. Il y a eu du suspens et personne n’était fichu à tous les étages avant les dernières journées. On a eu deux demi-finales très disputées, c’était serré et acharné. Quand on passe à 44 matchs, il faut des effectifs plus denses, jouer avec la totalité des joueurs. Ça avait déjà commencé depuis quelques saisons avec 4 lignes d’attaque pour certains clubs. Là, c’est le niveau international. Cette année on avait un niveau international avec la Magnus! Certains clubs ont de l’avance sur d’autres mais aucun match n’a été facile.
Pour ce qui est de l’adaptation, elle va encore être nécessaire pour certains staffs ou préparateurs physiques. Mais 44 matchs, c’est le plus petit nombre de rencontres pour un championnat européen digne de ce nom. Ça n’a pas toujours été évident pour la disponibilité de quelques patinoires, mais les clubs s’en sont bien sortis dans l’ensemble. Je remarque également que le public a été au rendez-vous. On a augmenté sensiblement l’affluence même si une adaptation a dû se faire avec les matchs le vendredi et le dimanche. Les supporters ont dû trouver ce nouveau rythme.
Enfin, il restait une interrogation: comment les clubs allaient absorber cela financièrement? Là aussi, des adaptations ont du être faites. À part Dijon, tout le monde a bien avalé ça. Cette année, personne n’était en danger.

Vous parlez de Dijon. Que retenez-vous de cet épisode (la Commission Nationale de Suivi et de Contrôle de Gestion n’a validé le club ni en Magnus, ni en D1, et repartira en D2 la saison prochaine)?

Je ne sais pas trop comment expliquer cela. C’est plus parce qu’ils ont manqué de sérieux dans la gestion. Ils ont eu du retard pour remettre des pièces à la commission de contrôle. Ils avaient eu au préalablede nombreux avertissements. À un moment donné, la commission n’avait pas d’autre choix car ils n’ont pas respecté une dead line fixée. Mais je retiens que pour la première fois, on avait deux équipes prête à remplacer au pied levé Dijon en Magnus. Ce championnat est désormais sérieux et il n’y a plus de place pour des gestions « ole ole ».

Cette professionnalisation du championnat peut attirer de grands noms à l’avenir, à l’image d’Alexandre Giroux, arrivé à Grenoble à l’intersaison?

Avant, beaucoup de joueurs ne venaient pas à cause du nombre de matchs. Là, on l’a vu avec le succès de Texier, tu peux jouer en Magnus et être drafté en Ligue Nationale. Maintenant, les agents sont moins réticents. Il y a moins de gars qui viennent juste pour prendre leur retraite en Magnus.

À moyen terme, vous l’imaginez comment cette Magnus?

Augmenter de nouveau le nombre de matchs sera difficile pour le moment car il faut absorber cela financièrement. On peut difficilement jouer plus de rencontres car il faut commencer vers mi-septembre, puis s’arrêter en avril pour la préparation de l’équipe de France. Pour l’instant, on souhaite une certaine stabilité à 44 matchs. Par ailleurs, il n’est pas question de ligue fermée. Nous sommes un championnat européen. On va travailler sur la D1 pour que le passage en élite soit plus naturel.

Concernant la santé financière des clubs de Magnus, quel bilan tirez-vous, au-delà du cas Dijon?

Il y a encore quelques négociations qui trainent pour des redressements fiscaux en cours, d’où les contrats d’objectifs financiers fixés ces dernières semaines. Mais je constate qu’il n’y a pas eu de dépôt de bilan depuis longtemps. C’est un signe. La commission de contrôle faisait des constats de décès par le passé. Désormais, on laisse plus de temps aux clubs. Et il y a des discussions intelligentes entre les clubs et cette commission de contrôle.

Tout cela peut inciter les médias à suivre davantage la Magnus?

Comme le basket et le hand, le hockey n’est pas une priorité pour les médias, il faut l’admettre. À part le foot, le rugby, le Tour et Roland Garros, l’intérêt est limité. Il viendra avec les résultats de l’équipe de France et la poursuite de la progression de la SaxoPrint Ligue Magnus. Les matchs de Magnus ne font pas de grosses audiences à la télévision pour l’instant. Les finales oui mais les matchs récurrents moins.

Vous parlez des Bleus. Vous êtes un président satisfait après le Mondial en France et en Allemagne au mois de mai?

Oui, je constate que l’équipe de France continue à avancer. C’était bien de jouer à domicile. On rate les quarts d’un rien. L’équipe a quatre victoires en phase de poule! On bat la Finlande, il y a eu un super match contre les canadiens, on bat également les suisses… Et puis il y a eu 4 matchs avec une patinoire de l’Accor Hotel Arena pleine. Je suis juste un peu déçu qu’il n’y ait eu que 9000 spectateurs contre la Suisse. D’un point de vue organisationnel, c’était impeccable. On a reçu des messages de félicitations car on est une petite fédération. Quand tu vois l’enjeu de Paris 2024, il ne fallait pas se rater. Maintenant il nous reste à boucler la partie financière.  Les élections présidentielles, la visite du comité d’évaluation du CIO pour Paris 2024, et nos championnats du monde nous ont mis dans un contexte sécuritaire inédit. Il a fallu financer tout cela.

Venons-en désormais à Grenoble. La Commission nationale de suivi et de contrôle de gestion (CNSCG) a validé sous conditions la participation des Brûleurs de Loups à la nouvelle saison de Saxoprint Ligue Magnus. La situation semble tout de même s’éclaircir pour le club grenoblois non?

Oui. Certes, Grenoble doit encore payer les bêtises d’avant et il y a toujours des redressements. Mais on a quelqu’un en face de nous (le président du club Jacques Reboh) qui s’implique financièrement et respecte ses engagements. La fédération comme la commission de contrôle sont assez confiantes pour l’avenir des Brûleurs de Loups. La petite problématique de l’intersaison était un souci de cohérence avec l’association des Brûleurs de Loups.

Vu le recrutement de Grenoble, le club a selon vous les armes pour être champion de France?

Rien n’est joué d’avance. Sur le papier, Gap était une belle équipe l’an passé mais n’était pas favori. Il y avait des inconnues. Il fallait de la cohésion et être prêt au bon moment. Après le recrutement de Grenoble semble très bon. Joël Champagne est un bon joueur d’équipe, Edo Terglav commence à avoir plus d’expérience. Tout ça combiné permet de considérer que c’est un des favoris. Mais Bordeaux, Rouen et Gap ont de belles équipes. Et je n’ai pas nommé Angers ou Amiens, alors que ces clubs peuvent aussi y croire.

Concernant l’équipe réserve des BDL, elle évoluera en D2 dès sa première saison. Pourquoi avoir privilégié ce club à Morzine (après avoir fusionné en Magnus avec Chamonix, le club haut-savoyard s’est de nouveau séparé des Chamois, et repartira en D3)?

Pour chasser toutes polémiques, nous avons demandé à tous les clubs de D3 s’ils étaient intéressés par une place libre en D2. Valenciennes a dit oui. Elle était la seule équipe de D3 qui souhaitait être repêchée. La commission a donné son feu vert à deux candidats: Grenoble Vaujany et Morzine pour l’accession en D2. On a étudié les dossiers et on a constaté que Morzine n’était pas complètement sorti administrativement de sa convention sur trois ans avec Chamonix. Toute la convention n’a pas été soldée par la commune de Morzine. Administrativement, la fédération souhaitait un accord des deux clubs pour solder la fusion passée sans aucun litige. Malheureusement, au moment de se prononcer, nous n’avions pas les garanties nécessaires. Et puis, Grenoble est souvent champion dans toutes les catégories de jeunes. L’année dernière, un gros travail a été fait sur la formation, notamment avec le travail du centre de formation. Il nous a été présenté un projet cohérent avec Vaujany pour faire jouer plus de matchs aux jeunes. Le choix nous a donc semblé évident.