Brice Maubleu : « Grenoble, ma ville, mon club »

Nice possède son Brice, Grenoble aussi. Maubleu, pur dauphinois né à Saint Martin d’Hères il y a 27 ans, patron de la défense du GF 38. Pas de vanne, ni de surf et encore moins de mèches blondes. Non, le dernier rempart grenoblois est du genre discret et sobre dans la vie, mais se mue en véritable compétiteur quand il enfile la tunique bleue et blanche. Tel un félin, Brice déploie sa longue envergure pour capter les ballons qui traînent dans sa surface de réparation. Il faut dire qu’avec son mètre 92 et ses 83 kgs, Brice tient de la place au milieu de ses cages. Le garçon est aussi régulier et solide, gage de sécurité pour ses partenaires. Peu importe les entraîneurs, le portier est toujours titulaire. Indiscutable ? Les chiffres parlent pour lui. Depuis trois ans et son retour en terre grenobloise (après un exil de deux saisons à Tours), le dernier rempart isérois a participé à 84 rencontres de championnat sur 87 (blessure lors de l’exercice 2014/2015). Impressionnant! Seulement 15 buts encaissés en 28 journées de championnat, le numéro 1 alpin sort d’une saison pleine en CFA. Pour preuve, il a été élu meilleur gardien de la poule par les entraîneurs adverses. C’est dire la chance de Grenoble de compter un tel joueur dans ses rangs. Brice Maubleu espère bien faire encore mieux en Nationale 1. A l’heure de la reprise du championnat, LSD donne la parole à un garçon discret, Brice de Grenoble, gardien du temple dauphinois.

Brice Maubleu GF38 UNFP

Brice, vous venez de vous imposer à Sannois Saint Gratien. Ton analyse sur cette victoire ?
C’est un match que nous avons vraiment bien maîtrisé. Mener 2 à 0 au bout de 10 minutes de jeu, on ne pouvait pas rêver mieux. Derrière, nous avons été solides, je crois qu’ils n’ont pas de réelle occasion. Le scénario est idéal pour nous : on marque vite puis on ferme la boutique. Le fait de ne pas avoir inscrit de buts dans les derniers matchs amicaux, et là d’ouvrir le score rapidement, c’était parfait pour la confiance.

C’est de bon augure pour la suite ?
Oui, tout à fait, on reste sur la dynamique de la saison passée en enchaînant les bons résultats en championnat. En plus, commencer par une victoire à l’extérieur, c’est très positif.

Important d’enchaîner maintenant les bons résultats pour viser la tête ?
Effectivement. Le début de championnat est très important pour accrocher le bon wagon. On va essayer de faire le travail face à Rodez.

Justement, tu connais cette équipe ?
Plus trop, on avait joué contre elle l’année où Béziers était monté. Mais je m’attends à une opposition difficile. Rodez a survolé son championnat de CFA la saison passée en montant à cinq ou six journées de la fin. Ce sera une équipe confiante et solide qui viendra débuter son championnat chez nous. On sera méfiant mais on fera tout pour l’emporter.

« Pour certains entraîneurs, le gardien c’est 50 % de l’équipe »

Brice, revenons à toi. Pour commencer, pourquoi tu t’entraînes avec des collants alors que nous sommes en plein mois d’août et qu’il fait 30 degrés ?
Parce que j’ai froid (rires). Non, tout simplement pour éviter ce qu’on appelle les « pizzas » dans le jargon des gardiens, des brûlures au niveau des cuisses ou genoux. Cela permet d’arriver au match sans appréhension. Il fait chaud mais on fait avec.

Tu as été blessé au coude pendant la préparation. Ça va mieux ?
Oui, c’est tout bon. Je me suis blessé en début de préparation. J’ai rattaqué en rentrant du stage (Ndlr à La Rochette, première semaine de juillet), j’ai bien strappé pendant trois semaines, je l’ai retiré et pour l’instant, ça tient.

Depuis deux saisons tu n’as pas loupé un match de championnat. Quelle est la recette, une hygiène de vie irréprochable ?
(Rires) Non mais on essaye de faire attention à ce que l’on mange, à comment on récupère. Après, j’ai déjà connu quelques soucis en pré saison, mais jamais bien méchant. C’est vrai que sur les cinq dernières années, le seul pépin que j’ai eu était une fracture à l’entraînement, suite à un coup. J’ai eu de la chance. En début de carrière, j’ai eu beaucoup de blessures et depuis cinq, six ans, plus aucune. Je touche du bois pour que ça dure.

Un statut de titulaire, ça se défend avec beaucoup de travail ?
Il faut être performant à l’entraînement, le week-end en match. La présence de Nathan (Monti) et Pap (Papa Demba Camara) qui poussent derrière est aussi une bonne chose, ça oblige à se surpasser et à être encore plus exigeant avec soi-même, pour toujours progresser.

Brice Maubleu GF38 UNFP

Pas de surf ni de mèches blondes, ce n’est pas ton genre ?
Oui, ce n’est pas mon style. Mais j’aime bien rigoler et profiter de la vie. Après, je ne suis pas quelqu’un d’exubérant qui va se mettre en avant. Je n’aime pas les excès de zèle. Quand j’ai quelque chose à dire à un partenaire, je ne vais pas faire tout un cinéma, je vais aller le voir directement pour lui parler calmement, c’est ma façon de faire.

Justement Brice, tu dois te faire violence sur le terrain pour changer cette nature discrète ?
Oui, j’essaye d’en faire un peu plus que ce que je suis car mon poste de gardien le demande. Ensuite, je ne veux pas en faire trop comme certains gardiens qui crient plus qu’ils ne font des arrêts.

Pourquoi gardien Brice ?
Quand j’étais plus jeune, on m’a mis dans les cages et je me débrouillais bien. Il y a aussi le fait que je n’aime pas trop courir non plus (rires), alors l’un dans l’autre, c’est un poste qui me convient.

Qu’est-ce qui te plait le plus à ton poste ?
C’est un poste avec beaucoup de responsabilités où tu peux être décisif. Certains entraîneurs disent que le gardien, c’est 50% de l’équipe. Tu peux faire gagner ou perdre un match, et même si des fois tu commets une erreur qui se paye cash, ça me plaît.

« Si tu n’es pas costaud dans la tête…tu peux vivre un vrai calvaire »

Cela exige des qualités particulières ? Etre fort mentalement par exemple ?
Oui, c’est la première des qualités. Si tu fais une bourde et que tu n’es pas costaud dans ta tête, tu vas flancher et le reste du match sera un vrai calvaire.

C’est ta principale qualité ?
Oui, je pense. Je ne gamberge pas. Si je fais une erreur, elle me reste en tête cinq secondes puis je passe à autre chose. Sinon, on n’avance pas. C’est comme dans la vie. Tu ne peux pas t’apitoyer sur ton sort pour évoluer.

Et le point à améliorer dans ton jeu ?
Je pense que je dois être plus précis dans ma communication avec mes partenaires. Je dois aussi être encore plus décisif. D’une manière générale, je peux encore m’améliorer dans tous les domaines. J’estime avoir encore plusieurs paliers à franchir et je peux les dépasser. Je ne crois pas être arrivé à mon meilleur niveau. J’ai encore quelques années avant de décliner sur le plan physique et être moins explosif, vers la trentaine peut-être. D’ici là, j’ai encore de quoi progresser.

Comment se passe la collaboration avec Arnaud Genty, entraîneur des gardiens? Qu’est-ce qu’il t’apporte ?
Ça se passe très bien. Cela fait dix ans qu’on bosse ensemble. Que ce soit Nathan ou moi, Arnaud nous connaît sur le bout des doigts. C’est un gros avantage. Il sait par exemple quand la machine est fatiguée, alors il peut adapter les séances à notre état de fraîcheur. C’est peut-être aussi une raison qui explique mon absence de blessure sur les dernières saisons.

GF38 Maubleu

Il dit de toi que : « Tu n’as rien à envier à beaucoup de gardiens de Ligue 2 ». Tu es d’accord avec lui ?
C’est gentil à lui mais ce serait prétentieux de répondre à cette question. En Ligue 2, il y a beaucoup de gardiens jeunes parfois inexpérimentés mais avec de grosses qualités. C’est tout ce que je peux dire, le reste ce n’est pas à moi qu’il faut demander.

Fais-nous vivre ta préparation d’avant match. Tu as des rituels ? Toujours la chaussette gauche en premier ?
(Rires) Non, je ne suis pas du tout superstitieux. J’adore être surpris. Je n’aime pas du tout la routine. S’il faut être amené à changer mon échauffement, ce sera avec plaisir. J’adore le changement, alors pas une chaussette avant une autre, ce n’est pas pour moi. Avant de rentrer sur le terrain je fais quelques étirements, un peu de gainage et après c’est parti.

Tu n’es pas du genre à te jouer les matchs dans la tête la veille ?
Non, j’aborde les choses sereinement. Quand j’étais plus jeune, c’était peut-être moins vrai mais maintenant j’arrive à me détacher. C’est usant psychologiquement de trop penser à sa partie. Et puis c’est inutile de se jouer le match avant, tu y laisses trop d’influx.

« La ligue 1, c’est merveilleux »

Tu as connu le GF 38 en ligue 1 (2 matchs) et ligue 2 (3 matchs). Toi qui est né à Grenoble, c’est le plus beau moment de ta carrière ?
Oui la Ligue 1, c’est merveilleux. Tu joues devant des stades de 40 000 personnes avec ton club de cœur, c’est un aboutissement. Avoir connu le haut niveau est aussi une raison qui me donne envie de performer pour espérer revivre de tels moments.

Retrouver l’élite avec Grenoble, c’est un objectif personnel ?
Oui, à plus ou moins long terme, en espérant bien entendu que ce soit le plus rapidement possible. On va déjà essayer de faire une bonne saison en National pour voir où cela nous mène. C’est le seul championnat que je ne connais pas de la Ligue 1 à la DH, ce sera une nouveauté pour moi.

Tu as aussi évolué deux saisons à Tours (8 matchs de ligue 2) avant de revenir au bercail. Pourquoi ? Tu as Grenoble dans la peau ?
C’est certain que Grenoble est particulier pour moi. Je suis né ici, ma femme est de la région. Quand je jouais à Tours, je surveillais constamment les résultats du GF 38, c’est ma ville, le club où j’ai été formé. C’est vraiment mon club de cœur, mon club tout simplement.

C’est facile d’être gardien au GF 38 ? Pas souvent sollicité ?
Ce n’est pas évident. Certains matchs, je parle de la saison passée, tu n’as pas beaucoup de travail. Il faut faire avec et malgré tout rester dans son match. Le moindre ballon touché, tout le monde va s’en souvenir. Alors pour peu qu’il y ait un dégagement un peu raté, une prise prise de balle approximative, on dira que tu n’as pas été bon. C’est comme ça, il faut faire avec.

GF38 Maubleu

Il y a des matchs où tu t’ennuies où tu te dis que tu serais mieux chez toi ?
(Rires) Non, quand même pas, mais c’est vrai que certaines fois tu n’es pas mis en avant. C’est à ce moment aussi qu’il faut être costaud mentalement et arriver à se projeter pour la suite. Se dire que ce n’est pas grave mais qu’on a participé autrement à faire le boulot, en redoublant d’application dans la relance principalement, avec du jeu au pied propre par exemple.

Tu t’attends à plus de travail cette année ?
Contre Sannois Saint Gratien, je n’ai pas été tellement sollicité mais je pense que oui. On a pu voir contre l’équipe de l’UNFP, une équipe de niveau Ligue2/National, qu’il y avait plus de travail pour moi. Cela risque de ressembler au championnat.

« Nos supporters n’ont jamais lâché le club »

Toi qui as connu plusieurs entraîneurs à Grenoble. Qu’est-ce qui change avec Olivier Guégan ?
Beaucoup de choses. J’ai connu Pouliquen, Bazdarevic, Garcia. Je trouve que les séances sont plus animées, qu’il y a plus de travail devant le but par exemple. Pour nous les gardiens, c’est super, c’est vivant. Olivier fait aussi beaucoup confiance à Arnaud et lui laisse de la liberté d’action. Il vient aussi nous parler souvent. J’apprécie aussi le fait qu’il nous investisse dans l’équipe, que nous soyons toujours intégrés aux petits jeux avec les joueurs de champ, c’est une bonne chose.

Deux mois et demi que vous n’avez plus évoluer au Stade Des Alpes. Hâte de retrouver vos supporters ?
Oui forcément. Ils doivent aussi être contents de nous retrouver, tout comme nous, deux mois et demi après la montée. C’est super de voir tous ces passionnés qui poussent derrière nous.

Toi qui es un pur grenoblois, c’est une émotion particulière de défendre les couleurs de ta ville au milieu de ce public ?
Oui, ça me fait toujours chaud au cœur. J’ai pu voir avec Tours en Ligue 2, il n’y avait pas autant de supporters. Voir des gens passionnés qui vibrent et poussent derrière nous, et surtout qui n’ont jamais lâché le club, c’est beau. Ça mérite le respect !

GF38 RAON