Seyssinet-Monaco, il y a 12 ans, J.F « Zizou » Labartino: «Un rouleau compresseur »

Maxime Lupo nous a fait vivre la réception de Guingamp par l’AC Seyssinet en coupe de France, il y a 14 ans. Deux ans plus tard, les pensionnaires de division d’Honneur remettent le couvert pour le compte des trente deuxièmes de finale, et reçoivent le troisième de ligue 1, l’AS Monaco. Une pléiade de stars (Roma, Maicon, Evra, Kallon, Saviola, Adebayor…) se présente ce 8 janvier 2005 devant les 12 000 spectateurs du stade Lesdiguières. L’AC Seyssinet aura résister une demi-heure avant de craquer devant les hommes de Didier Deschamps, l’actuel sélectionneur de l’équipe de France. Score final 7 à 0 et une belle fête du football. Jean-François « Zizou » Labartino, capitaine de l’époque, était de la partie. Il revient pour LSD sur ce match « forcément particulier ». Souvenirs, souvenirs…

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Jean-François, pourquoi Zizou ?
Depuis tout petit ma maman m’a donné ce surnom, il ne m’a jamais quitté.

C’est donc Zinedine Zidane qui a copié sut toi ?
Oui, c’est bien ça et surtout pas l’inverse (rires).

Quelle est ta réaction quand tu apprends que tu vas jouer contre l’AS Monaco, alors troisième de Ligue 1 ?
J’ai appris la nouvelle sur internet. C’était une grosse satisfaction. Jouer contre l’AS Monaco, une grosse équipe au sommet de la première division, c’était un super tirage.

Tu te souviens de la réaction de tes partenaires ?
Beaucoup d’euphorie. En arrivant à ce stade de la compétition, nous savions que nous jouerions obligatoirement contre une grosse équipe. Et surtout, il était prévu de jouer à Lesdiguières. Recevoir Monaco, c’était la promesse d’un stade plein. On rejouait une équipe de haut de tableau de ligue 1, comme deux ans auparavant face à Guingamp. On savait aussi que c’était un gros morceau et qu’il n’y avait que très peu de chances de passer.

Suite aux tirages, les entraînements se sont plus « musclés » pour accrocher une place dans le groupe ?
Honnêtement, non. Les entraînements n’ont jamais été tendu. Seyssinet, c’était une équipe d’amis, nous étions tous très soudés.

Bernard Bouvard (entraîneur), vous concocte une préparation particulière ?
Pas spécialement. Bernard a gardé ses habitudes et son enthousiasme. Il est toujours resté fidèle à ses entraînements, quelque soit l’adversaire. Quant au match, on le débuterait comme tous les autres, pour gagner…

« Deschamps met la grosse équipe »

Comment se passe la journée et l’arrivée au stade ?
Nous avions rendez-vous le matin à Seyssinet pour une mise en route avec ballons. Ensuite, nous avons passé une bonne partie de la journée dans un hôtel à Seyssins, avant de rejoindre Lesdiguières. L’arrivée au stade procure une sensation particulière, mélange de joie et un peu d’appréhension.

Vous croisez les joueurs de l’ASM ?
On entend surtout les supporters dès qu’ils sortent de leur bus mais on ne les croise pas car ils rentrent directement dans leur vestiaire. Par contre, on voit la feuille de match et on réalise surtout que Didier Deschamps met la grosse équipe. On s’attendait plutôt à des réservistes. Nous sommes très agréablement surpris. La mission qui était très compliquée devient impossible.

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Dans son discours d’avant match, Bernard Bouvard vous permet de croire à l’exploit ?
Oui. Bernard connaissait tous nos adversaires sur le bout des doigts. Sa principale qualité était de réussir à nous insuffler une énergie positive. Il était particulièrement fort pour prouver que c’était jouable et effectivement, nous faire croire à l’exploit. En tout cas, lui, il y a toujours cru.

Zizou, tu étais capitaine, le vestiaire des arbitres avec Gaël Givet, c’est un moment particulier ?
Oui, forcément, tu le regardes d’une autre manière qu’un autre. Après c’était un rendez-vous avec les arbitres comme tous les dimanches. On sentait qu’il était concentré et que Monaco ne venait pas en touristes.

Vous entrez bien dans la partie avec des occasions franches. Un but et ça aurait pu tout changer ?
Sincèrement je ne pense pas. Même si on avait ouvert le score, ils étaient tellement supérieurs qu’ils se seraient quand même imposés. Il aurait fallu qu’ils aient neuf blessés et deux malvoyants dans l’équipe pour espérer faire un coup (rires). C’est dommage tout de même de ne pas avoir mis un but, cela aurait mis un peu plus de piment au match.

« Saviola, Adebayor, deux attaquants monstrueux »

Ensuite c’est la déferlante monégasque ?
Oui, tout à fait, ça déboulait de tous les côtés. On ne pouvait plus rien arrêter. C’était un rouleau compresseur.

Zizou, tu sors à la mi-temps. Pourquoi ?
Je demande à sortir pour faire participer tout le monde à la fête. C’était tout à fait logique.

Quelle image ou anecdote retiens-tu de ce match ?
Je retiendrai surtout l’effervescence autour de la réception de Monaco mais pas une image forte, leur domination était trop écrasante.

Quel est le joueur qui t’as le plus marqué ?
Ils étaient tous très forts. Evra m’avait fait une forte impression. En tant que défenseur, je suis obligé de citer mes adversaires directs, deux attaquants monstrueux : Saviola qui était impressionnant dans ses déplacements et Adebayor, une montagne. Bref, c’était très technique, ça allait très vite et ça sautait très haut.

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Comment se passe la fin du match ? Tu as pu récupérer quelques maillots ?
Oui, les monégasques ont été très sympathiques, abordables et disponibles. On a pu échanger les maillots sans problèmes, c’était très convivial.

Didier Deschamps était alors entraîneur de Monaco. Ça fait quelle impression d’avoir joué contre le capitaine champion du monde et le sélectionneur actuel de l’Equipe de France ?
C’est sympa. Après, on a fait quelques photos avec lui mais nous n’avons pas eu trop le temps de discuter. Bernard, un peu plus. En tout cas, j’ai souvenir d’un homme simple et abordable. Il était lui aussi très ouvert et très agréable. Il nous avait même offert un jeu de maillots.

« On aimait la coupe de France »

Deux ans auparavant, vous atteignez les seizièmes de finale contre Guingamp. Comment expliques-tu les bons parcours de Seyssinet en Coupe de France ?
Seyssinet, c’était de bons joueurs, une bande de copains qui avait beaucoup de volonté et qui ne jurait que par la victoire. On détestait la défaite. C’était notre principale force. On aimait la Coupe de France, cela nous permettait de casser le rituel du championnat. C’était notre cerise sur le gâteau.

Ce match est-il ton plus beau souvenir de footballeur ?
Pour l’ambiance et l’affiche, certainement, mais honnêtement, pour avoir connu beaucoup de beau parcours en Coupe de France avec Seyssinet, je dirais que ce n’est pas le match qui m’a le plus marqué, il y avait trop d’écart avec Monaco. C’était un match de gala. Il y a d’autres matchs à Seyssinet, avec beaucoup plus d’enjeu, qui ont été beaucoup plus forts sur le plan émotionnel.

Lesquels ?
Contre Orange par exemple, devant 3000 personnes. C’était une équipe à notre portée. Le match était très tendu. Il y a aussi la victoire en prolongations contre Istres, un très beau souvenir.

Qu’est-ce qui est le plus fort : une montée ou jouer un gros de Ligue 1 en Coupe ?
Je dirais les deux. Une montée, c’est toujours agréable pour un groupe, ça récompense toute une saison. La Coupe de France, c’est surtout du bonus pour un club. Quand tu reçois 10 ou 12000 personnes et que tu remplis les caisses, c’est un sacré bonus. C’est aussi une récompense pour tous les supporters et bénévoles qui font vivre le club.

On sent l’entraîneur qui parle. Justement Zizou, maintenant que tu es à la tête de l’US Gières, c’est un objectif de revivre des moments pareils ?
J’aimerais. Nous ne sommes pas passés loin. On a déjà fait deux septièmes tours avec l’US Gières. Ce serait sympa de faire un jour un huitième et pourquoi pas plus ? C’est compliqué, les choses ont changé depuis une quinzaine d’années. L’état d’esprit n’est plus tout à fait le même.

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Feuille de Match
Trente deuxième de finale de coupe de France
Grenoble, stade Lesdiguières
Affluence : 12 000 personnes
AS. Monaco bat AC.Seyssinet 7 à 0 (mi-temps 4-0)
Buteurs pour l’AS. Monaco: Evra(15′), Plasil(30′), Camara(32′, 36′), Saviola (64′), Kallon(80′, 90′)

AC.Seyssinet : Malatrait, Colaccico, Atangana, Labartino (cap, Tahraoui 45′), Rutigliano (Dufresne 45′), R.Giroud, Gourville, Nouaille (Draskic 59′), Djellal, Yahia Bey, Greco
Entraîneur : Bernard Bouvard

AS.Monaco : Roma, Maicon, Squillaci, Modesto, Givet (cap), Plasil (El Fakiri 61′), Perez, Kallon, Evra, Saviola (Gigliotti 74′), Camara (Adebayor 61′)
Entraîneur : Didier Deschamps