Michel Martinez (président délégué du FCG) : « Retrouver un jour le plus haut niveau Français et Européen »

Le président délégué du FCG, Michel Martinez, prend le temps pour LSD d’évoquer tous les sujets.
Bilan économique, Stade Des Alpes, GF38, propriétaires du club, Jackman, Landreau, sa présidence, prolongations, marché des transferts, nouveaux objectifs, Corrihons…

Michel, on sort enfin d’une vraie saison de m…
On peut le dire, une vraie saison de merde… On sort d’un cycle dans lequel le club était sous la bienveillance d’un mécène, Serge Kampf, qui a donné du confort, de l’amour au club, à des personnes du club, et au rugby.
Mais quand on est trop dans le confort, on oublie un peu certains fondamentaux, notamment dans la gestion, dans les équilibres d’une structure de rugby.

Pourtant, le FCG, dans son histoire récente s’est toujours revendiqué d’un modèle plus sain et différent des autres.
On l’espérait peut-être mais ce n’était pas tout à fait le cas, sur les 10 dernières années, on en a fait 9 de déficit et une seule de positive, celle de la montée. Sans protectorat, cela ne marche pas. Pour moi qui suis dans le monde de l’entreprise, 9 années sur 10  en déficit : c’est inacceptable, ça interpelle forcément.
L’erreur du club est de ne pas avoir pris en compte le départ de Serge, de ne pas l’avoir anticipé.
Il n’y avait pas une volonté de changer le modèle du temps de Serge Kampf. Mais il il faut absolument respecter plus que tout son engagement, c’était un amoureux de Grenoble, sans lui le club aurait pu disparaitre plusieurs fois.

Ce qui peut interroger, c’est qu’Eric Pilaud était au conseil de surveillance avant de prendre sa présidence, vous aviez donc ces éléments!
Encore une fois, l’ancien cycle est terminé, aujourd’hui, notre nouveau modele économique est beaucoup plus pointu, avec un conseil de surveillance qui aura un rôle plus important également. On rentre réellement dans une gestion d’entreprise. On a vécu cette « putain » d’année, on va pouvoir enfin reconstruire.

Mais l’héritage économique ne sera-t’il pas trop lourd à porter?
Nous serons cette année sur un déficit légèrement supérieur à 1,5 million. Ce déficit est lié à la baisse d’activité, la baisse du chiffre d’affaire avec des fins de saisons difficiles. D’autre part, nous avions un mauvais équilibre de la masse salariale. Nos joueurs de premier plan étaient très bien payés, à leur juste prix. Mais pour d’autres le rapport coût du joueur sur rendement était mauvais.
Nous avons avec Eric renforcé les fonds propres afin de démarrer la prochgaine saison.

Concernant le dossier du Stade des Alpes?
Dans l’équilibre financier, jouer au SDA avec l’ancien loyer était tout simplement impossible. Nous n’avions aucun soucis pour retourner à Lesdiguières s’il le fallait. Depuis Septembre, on est allé voir les collectivités locales en expliquant que le club pouvait mourir. Ils nous ont entendu. Nous resterons donc le club de ProD2 qui payera le plus cher son stade, mais ça sera à un niveau cohérent et acceptable car le délégataire a fait un effort significatif. 

Et concernant les éventuels doublons avec le GF38?
On est en contact, on les appellera après leur montée, l’objectif est de faire preuve de bon sens, d’intelligence. On trouvera les solutions, pour nous l’objectif est de faire matcher le calendrier de la FFF et celui de la LNR. Entre ça et et les diffusions TV, sincèrement je pense qu’on va y arriver.

Pour la fréquentation, à quoi vous attendez-vous en PROD2?
Nous avons une base de 6000 à 7000 supporters qui seront toujours là. Mais nous esperons et allons agrandir ce cercle.

Les dirigeants ont souvent dit que le club appartenait aux grenoblois, êtes-vous d’accord avec ça?
Oui mais je pense qu’on n’a pas été assez proche de notre environnement.
Supporters, actionnaires, presse, les agents. Mais on repart sur une feuille blanche maintenant.

Certes, mais ce club du coup, à qui appartient-il réellement?
Il y a une holding qui détient la majorité du club (NDRL ; Eric Pilaud et Michel Martinez sont majoritaires dans cette société, Marc Chérèque a également des parts) et le reste est partagé avec d’autres actionnaires. Mais on n’aime pas la notion de propriétaires du club. Nous sommes tous des passionnés qui apportons et développons les moyens financiers nécessaires à l’existence d’une structure professionnelle.

Sur le passé récent, comment évaluez vous les relations avec Fabrice Landreau, qui a encore des parts dans le club?
Fabrice a été un catalyseur, quand on est allé le chercher, on lui a proposé le job dont il rêvait, c’est ce qu’il nous a dit. Je pense que tous les 3 ou 4 ans il faut commencer à prévoir un renouvellement progressif du staff pour une nouvelle dynamique, ce qu’on n’a pas fait au moment opportun.
Fabrice s’est aussi peut-être confronté à des moyens plus limités qu’il ne le pensait.
Concernant ses parts au club, on est sur le sujet, mais ce n’est pas non plus quelque chose de dramatique.

Passons maintenant au cas Jackman…
Fabrice avait fini son temps à Grenoble et son successeur désigné était Bernard Jackman.
Bernard est quelqu’un d’ambitieux avec des qualités, beaucoup de qualités, mais avec un mode de pensée à l’anglo-saxonne. Il y avait une forme de compétition entre les 2, on a donc anticipé le recul de Fabrice Landreau pour permettre à Bernard de prendre sa place.

Pourtant son départ semblait inéluctable…
Notre processus de décision était limpide, nous voulions offrir à Bernard de la tranquillité pour travailler sereinement. Alors du moment qu’on choisit cette voie, on laisse le temps !
On connaissait les points faibles de Bernard, nous connaissions son profil, ses qualités et ses défauts. Mais on considérait que cette saison était la seule où il était vraiment aux commandes.
Bernard travaillait, il travaillait beaucoup… Il préparait l’équipe de demain, on était en phase sur son projet d’avenir, on considérait qu’il pouvait progresser. Mais ce début de saison catastrophique, avec 20 blessés, cela nous a fait du mal. On ne s’est pas posé assez vite les bonnes questions.
Quoi qu’il en soit, après le match à Bordeaux, on a décidé de s’en séparer. Alors oui, on aurait pu le faire 15 jours avant? 1 mois avant? A un moment donné il fallait arrêter, mais je pense qu’on pouvait y arriver quand même .
Maintenant et plus globablement, quand on creuse un peu les choses, on voit qu’il y avait quelques soucis relationnels dans le staff, pas forcément au niveau des coachs. Que ce soit dit, je ne le tolérerai plus. Il n’y aura plus de conflits, si quelque-un ne veut pas aller dans ce sens et communiquer pour résoudre un problème, il dégage, les choses sont claires. 
Le FCG, c’est comme un train, on était lancé à toute vitesse, on avait plus de pilote, on allait se cracher. Et arrêter un train ça prend du temps, pour le ralentir le remettre sur les rails et repartir.
Les points faibles du passé on les connait, on les a identifiés.

Comment se passe votre duo avec Eric Pilaud?
On ne pourrait mieux, aujourd’hui il y a 2 présidents.
Eric est le président, il vit à los Angeles mais vient très souvent à Grenoble, et je suis le président délégué, ici. Nous communiquons et travaillons régulièrement ensemble.

Pour l’année prochaine, de nombreux joueurs qui ne devaient pas être conservés restent au club, pourquoi?
J’ai rencontré Edwards, Hunt, Setephano et Vanderglas. 4 joueurs que Bernard ne voulait plus. Je les ai réunis pour leur expliquer qu’on allait ré-ouvrir leur dossier, avec les nouveaux coachs.
Nigel Hunt est un super mec, respecté en ProD2. Setephano un sacré guerrier et Edwards un très bon pilier. Nous avons donc décidé de les garder. Nous avions aussi beaucoup d’affection pour Vanderglas, mais le staff de l’année prochaine a préféré travailler sur un autre profil.
Il y a aussi David Mélé, il n’était pas dans les plans de Bernard, mais les nouveaux coachs veulent absolument travailler avec lui.
On aura un effectif de 45 joueurs pour l’année prochaine, avec une mise en avant de nos jeunes : Capelli, Oz, Fourcade, Barradel, Berruyer, Geraci , Jacquot.

Grenoble perd quelques jeunes quand même.
Thomas… Ça fait « chier »… le contexte de l’époque c’est que Bernard n’en voulait plus, ne l’utilisait pas beaucoup et ne comptait pas sur lui, ça a cassé un peu les choses. Pour le reste, je voudrais d’ailleurs en profiter pour parler de ce marché des transferts sur les jeunes. Les présidents de Bordeaux ou Montpellier aiment donner des leçons mais ne sont pas toujours très propres. Disons qu’ils ne se posent pas trop de questions sur la déontologie et l’équilibre des jeunes joueurs.

Quels seront les nouveaux objectifs?
Redonner du plaisir, bien figurer et pourquoi pas accrocher les premières places.

Pas d’objectif de remontée directe?
Nous voulons construire une équipe pour remonter, oui. On peut se permettre de ne pas remonter la première année, pas bien plus. Mais on a bien l’intention de retrouver le haut niveau.
On met en place un mode de fonctionnement différent, notre ambition finale, c’est de retrouver un jour le plus haut niveau Français et Européen. Oui, j’ai bien dit le plus haut niveau Français et Européen !

Une vie en TOP14 sans mécène est-elle possible?
Tout à fait, nos clubs ont tout interêt à vivre sans mécène, c’est ce sur quoi on travaille. Le club doit aussi retrouver son ADN local.

Ce futur s’écrira donc avec Franck Corrihons!
Franck aura un gros mi-temps au club en tant que directeur sportif. Il est totalement déconnecté des résultats sportifs, il en en CDI sur toute la filiere de l’école de rugby à l’équipe Pro. Il doit assurer la continuité de l’esprit, la philosophie sportive. Il est aussi notre conseiller, d’Eric et moi-même. Il gère aussi les plans de succession des joueurs mais aussi des coachs du club que l’on veut faire grandir. Sur le recrutement, il participe à toutes les cellules de recrutement, c’était géré par les coachs, mais on ne peut pas demander aux hommes de passage d’engager des joueurs sur de nombreuses années.
Il travaillera avec Senekal et Glas, qui ont signé 2 ans.

Comment s’organise la cellule de recrutement?
Sous l’impulsion de Franck (Corrihons), Stephane Glas, Andrew Farley, Dewald Senekal travaillerons de concert avec aussi le soutien de Cyril Vilain et Jérôme Vernay.