Essia Aouini (éducatrice Échirolles Surieux): « J’ai l’impression qu’on ne veut pas m’accepter comme je suis »

Qualifiée aujourd’hui pour la finale de la Coupe Rhône-Alpes, l’équipe féminine des 11-13 ans de l’AS Surieux Échirolles ne se rendra finalement pas en Savoie. La coach, Essia Aouini, a en effet été interdite de banc de touche par la Ligue Auvergne Rhône-Alpes. Comme l’indique l’article 8 du règlement, « tout port de signes ou tenues manifestant ostensiblement une appartenance politique, idéologique, religieuse ou syndicale » est interdit. Le club échirollois s’est porté solidaire. Les jeunes joueuses ont demandé à ne pas jouer et aucun éducateur n’a souhaité remplacer Essia Aouini pour cette rencontre. Pour LSD, la jeune femme de 19 ans témoigne. Elle se dit « ouverte au dialogue » et espère désormais une discussion avec le président de la Ligue Auvergne Rhône-Alpes.

Essia, comment expliquez-vous cette interdiction de banc de touche pour la finale?

Je n’ai jamais eu de problème depuis que je suis éducatrice sportive. Et pourtant, on joue le championnat avec mon équipe au niveau départemental, et il n’y a jamais eu de problème. Les clubs n’ont jamais fait de réclamation. Tout se passe toujours super bien. Et puis on s’est qualifié pour la demi-finale régionale. Ce jour-là, il y avait pas mal de photographes de la Ligue. Nous étions en fait arrivées à un stade où l’on nous voyait plus et le président de la Ligue a vu ces photos. Il a alors appelé le président du club. Il lui a indiqué qu’il y avait un problème avec moi car je suis voilée. Je n’étais pas au courant de ce règlement. Le président du club a alors demandé les statuts pour prouver ce règlement. L’article 8 précise en effet que les signes religieux sont interdits. Je pensais que cela ne concernait que les joueuses.

Comment vivez-vous cette situation?

Je le vis plutôt mal, j’ai l’impression que cela n’est arrivé que pour une raison: parce que l’on est arrivé à ce niveau-là. Jusqu’à présent, il n’y a jamais personne qui s’était plaint. Ce qui m’énerve un peu, c’est qu’il faut arriver à ce stade-là de la compétition. J’estime que des lois comme ça n’ont rien à faire dans le football. C’est un sport qui est censé effacer les différences. Là, j’ai l’impression que l’on ne veut pas m’accepter comme je suis. On casse un peu mon investissement, alors que je contribue à aider les jeunes à sortir de leur bulle. C’est une cause noble. Mais je ne baisserai pas les bras, je suis déterminée, je continuerai à me battre. Et puis des filles éducatrices sportives dans le foot, c’est plutôt rare.

Les joueuses se sont donc portées solidaires?

Oui, je ne m’attendais pas du tout à cela à leur âge. Cela m’a énormément touché. Je me dis que les enfants ont un esprit moins bloqué que le président de la Ligue. Les éducateurs ne voulaient pas non plus prendre ma place. C’est fort de voir ça.

Que comptez-vous faire désormais?

Ce que je trouve désolant, c’est que la Ligue et la Fédération restent campées sur leur décision. J’ai envoyé un mail au président de la Ligue mais je n’ai eu aucune réponse. Pas mal d’associations se sont emparées du sujet. Elles ont fait des courriers recommandés, mais on voit que la technique de l’autruche est utilisée. Ils ont un peu les oreilles bouchées. Demain, ils répondront peut-être. Mais je suis ouverte au dialogue. Je suis prête à en parler. Je trouve tout cela un peu puéril.

Sportif JRH