Clément Garcia : « Grenoble, une terre de foot »

Né dans la capitale des Alpes il y a 49 ans, formé à Grenoble, Clément Garcia a été professionnel pendant 15 saisons. L’avant-centre dauphinois a joué 106 matchs de Ligue 1 (27 buts) et a défendu les couleurs grenobloises pendant 7 saisons, de 1985-1990 (33 buts), puis 1997-1999. Au-delà de cette belle carrière, le nom de Clément Garcia évoque beaucoup de souvenirs dans le cœur des amoureux du foot à Grenoble. « Clem », c’est le stade municipal (le stade Charles Berty pour les puristes) entouré de son vélodrome et de ses terrains de tennis, où, les soirs de match, les travées raisonnaient de toutes les parties improvisées des footballeurs en herbe, canette de Coca ou Orangina, en guise de ballon. « Clem » c’est aussi la ligue 2 avec Grenoble avec un certain Youri Djorkaeff. C’est, entre autres, un but à Bruno Martini, ancien portier international, face à la grande équipe d’Auxerre entraîné par Guy Roux, et comptant dans ses rangs Christophe Cocard ou basile Boli. Clément, c’est aussi une belle aventure en Ligue 1, la coupe d’Europe face à Manchester United, et un exil précurseur à Shangaï. Mais « Clem », c’est avant tout l’amour du foot, avec un grand A. Lui qui a plus de 40 ans continuait à défendre les couleurs de Seyssinet ou de l’US Gières. Pour LSD, Clément Garcia revient sur sa carrière et ses belles années à Grenoble. Entretien avec Clément Garcia, un grenoblois qui a marqué l’histoire de son sport et porté haut les couleurs de « sa ville ».

Clément, qu’est-ce que tu deviens maintenant ?
Je suis associé dans une société qui s’appelle Blues Brodeurs. Nous fabriquons et vendons des vêtements et textiles sportifs.

Toujours dans le milieu du sport donc ?
Oui, j’ai la chance de pratiquer un métier en relation avec le sport. J’ai aussi intégré le bureau de l’US Gières pour donner un coup de pouce au club.

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Clément, tu es tombé dans le foot quand tu étais tout petit ?
Tout à fait. J’ai toujours adoré joué au foot. Ma passion, c’était le foot, le foot, rien que le foot.

Ne plus jouer au ballon rond, cela te manque ?
Ce qui me manque aujourd’hui, c’est la compétition. Cette part d’incertitude… Est-ce que tu vas gagner, perdre, bien jouer, être ridicule, marquer, louper ? Cette adrénaline fait défaut parfois.

Clément, tu as été formé à Grenoble et passé sept saisons pro ici. Que retiens-tu de cette période ?
Je suis né à Grenoble et j’ai fait mes débuts ici. Je retiens des montées, des descentes, des joies et des peines. Chaque année qui passe, je fais le même constat. Il y a toujours un énorme gâchis à Grenoble. Notre ville, c’est une terre de rugby pour reprendre le slogan du FCG mais c’est aussi une terre de football. Il faut que le club gravisse les échelons et s’installe durablement dans le monde pro, au moins en Ligue 2. Grenoble doit redevenir une place forte du football.

C’était plaisant de jouer à Grenoble ?
De manière générale, d’une année sur l’autre, le collectif était soudé et l’ambiance était bonne. En étant grenoblois, ce n’était que du plaisir de jouer ici.

« Youri, une efficacité redoutable »

Un souvenir plus marquant que les autres ?
Honnêtement, non. Il y a beaucoup de choses qui me reviennent mais aucun souvenir plus qu’un autre Ce qui est sûr, c’est que je n’ai aucune mauvaise image de cette époque, malgré les descentes.

Si je te dis un match de coupe de France face à l’AJA de la grande époque (défaite 2-1). Vous perdez 1-0 au stade municipal. Tu égalises de la tête face à Bruno Martini devant plus de 10 000 spectateurs. Tu t’en souviens ?
Tout à fait. Ce que tu me racontes est typique de ce qui m’arrive certaines fois. Je rencontre des personnes qui se souviennent de buts alors que pour ma part, je les ai oubliés. Je ne suis pas nostalgique de mes années professionnelles mais celui-ci je m’en souviens. C’est Youri Djorkaeff qui tire le corner. Le stade était plein avec une ambiance de folie.

Quel est  le meilleur joueur avec qui tu as évolué à Grenoble ?
Sans hésitation, un international tchèque, Zdenek Nehoda qui était recordman de sélection dans son pays. C’était un buteur avec une classe internationale. C’est lui qui m’a appris à tirer les penaltys en regardant le gardien droit dans les yeux. Si tu poses la question à tous les anciens grenoblois, ils te répondront Zdenek Nehoda, une pointure. Après, il y avait forcément Youri Djorkaeff, de par son sens du but. Il n’avait pas de pied gauche (rires), que le droit, mais dès qu’il y avait une action chaude, une occase, c’est lui qui marquait. Youri, il avait une efficacité redoutable.

« Quand tu joues pour ta ville… »

L’entraîneur grenoblois qui t’a le plus marqué ?
J’ai bien aimé Patrick Parizon, même si on a eu des conflits quand j’étais plus jeune. Il y a aussi Roger Garcin qui a beaucoup compté pour moi. Il m’a accompagné pendant toute mon enfance jusqu’aux portes du monde pro.

Tu défendais les couleurs de Grenoble avec ton frère Stéphane, c’était riche en émotion ?
C’était à double tranchant. Quand ça se passait mal sur le terrain, ça pouvait jeter un froid. On se disait des trucs pas toujours sympas. Quand il y avait de belles victoires, c’était encore plus jouissif.

Toi qui es grenoblois, formé au club et qui a été pro à Grenoble, c’était une motivation supplémentaire de jouer pour sa ville natale ?
Je ne dirais pas une motivation supplémentaire, mais naturellement tu en fais beaucoup plus que les autres. Quand tu joues pour ta ville, c’est particulier, riche en émotions. Tu essayes de mettre les bouchées doubles. Tu as toute ta famille, tu as un historique ici et tu fais en sorte de toujours donner le meilleur.

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« Le stade municipal, une arène »

Une anecdote du stade municipal ?
Ce que je retiendrais toujours de ce stade, c’est ce long couloir. Au bout, il y avait un escalier pour accéder la pelouse. Quand je remontais ces marches j’entrais dans l’arène, même si les tribunes étaient un peu loin. J’ai toujours adoré ce passage du vestiaire au terrain et ces quelques escaliers, c’était génial.

Vous jouiez en seconde division sous la présidence de Marc Braillon ? Qu’est-ce qu’il a manqué à Grenoble pour retrouver la D1 ?
Marc Braillon, c’était les années RMO, un touche-à-tout qui s’occupait aussi de la boxe, de la voile… Il avait des rêves pour Grenoble et il s’est peut-être un peu éparpillé. C’était le Bernard Tapie grenoblois. Peut-être aurait-il dû mieux s’entourer ?

Après Grenoble, tu pars à Montpellier ? C’était un déchirement de quitter Grenoble ou une fierté de connaître la Ligue 1 ?
Quand je pars à Montpellier, c’est pour jouer en D1, alors oui j’étais fier. Mais ce n’était pas facile car je quittais ma famille, mes amis et mon cocon. C’était une expérience mitigée. Je partais de Grenoble où j’étais, entre guillemets le prince, et j’arrivais à Montpellier, un club composé exclusivement de vedettes. Avec le recul, je pense être parti trop jeune.

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Un souvenir particulier à Montpellier, un match de coupe d’Europe face au grand Manchester United ?
Oui, c’était un quart de finale de coupe des vainqueurs de coupe, un souvenir magnifique, exceptionnel. J’avais joué contre Gary Pallister, un stoppeur immense. Heureusement, il était un peu lent (rires), j’ai réussi à la passer quelquefois.

Ensuite, tu t’exiles à Caen, Lille, Gueugnon. Ce sont des moments agréables de ta carrière ?
Oui, des moments merveilleux. J’ai passé une très belle année à Caen avec Xavier Gravelaine notamment. Nous avions aussi joué la coupe d’Europe. Ensuite, départ pour deux ans à Lille où je jouais titulaire. Je marquais pas mal de buts. Et enfin une année à Gueugnon avec la montée en Ligue 1 en fin de saison. Ce ne sont que des souvenirs agréables.

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Puis cap en Chine à Shangaï Shenhua. Pourquoi ce choix ?
J’étais en fin de carrière et j’ai reçu une belle proposition financière qui ne se refuse pas. Celui qui te dit le contraire est un menteur. Le challenge sportif et l’opportunité de découvrir un nouveau continent m’ont conforté dans ce choix. Pour l’anecdote, Carlos Tevez joue dans le club dans lequel j’ai évolué.

Il t’a recopié alors ?
Oui, ça doit être ça (rires).

Finalement, huit ans plus tard, retour aux sources. Important de finir ta carrière à Grenoble ?
Oui, c’était très important de revenir jouer pour Grenoble. Je voulais absolument finir ici. Je reviens de Chine avec une tumeur bénigne au tibia qui m’a handicapé pendant pratiquement un an. On remonte avec Grenoble en CFA je crois, et par la suite, j’étais trop juste physiquement pour continuer. C’est la raison pour laquelle je signe à Seyssinet.

Clément, la meilleure saison de ta carrière ?
Lille. C’est un club dans lequel je me suis vraiment épanoui.

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Le plus beau but ?
Lille aussi. Une Retournée en ciseaux contre Caen.

S’il fallait changer quelque chose à toutes ces années ?
(Hésitations) Je crois que penserais un peu plus à moi.

Les moments les plus agréables dans ta vie de Pro ?
L’ambiance des vestiaires, les copains, les histoires d’amitié, c’était fabuleux.

A l’inverse, les instants pénibles ?
Les déplacements, c’était pesant.

Tu as fini ta carrière à 42 ans à Gières après avoir évolué avec Seyssinet. Impossible de te passer du ballon rond ?
Non, pas vraiment, il fallait que je ralentisse physiquement, je ne pouvais pas couper d’un seul coup avec le sport. 

Fin de carrière pro et retour au monde amateur, c’est plus sympa que le monde professionnel ?
Le monde amateur a ses bons côtés mais c’est parfois plus problématique que le milieu professionnel. Chez les pros, par définition, tout le monde est payé, et tu peux dire les quatre vérités à un coéquipier. Il peut l’entendre. Dans le monde amateur, il faut prendre plus de pincettes.

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Clément, le foot, c’était mieux avant ?
Sur le plan technique, c’est pareil. La différence se fait principalement sur le plan physique. Il y a beaucoup plus de volume de jeu. Quand je vois l’activité des milieux de terrain et des latéraux qui montent et qui descendent, c’est impressionnant. Avant nous ne connaissions pas la surmédiatisation des joueurs actuels, ils sont trop exposés. Conséquence, ils font trop attention à leur image et perdent de leur naturel.

Pour conclure, tu suis encore de près l’actualité du GF 38 ?
Oui bien sûr.

Cette année, c’est la bonne ?
Les grenoblois reviennent de loin. Ils tiennent le bon bout pour le moment et je pense qu’ils vont monter. Je souhaite de tout cœur que Grenoble accède en National.