C’était il y a 14 ans, Seyssinet-Guingamp avec Drogba, Malouda…Maxime Lupo: « Magique »

Après David Tomasi et le FC Echirolles, c’est au tour de l’AC Seyssinet, habitué de la coupe de France, de faire parler de lui. Nous sommes le samedi vingt-cinq janvier 2003. « Coco » Michel, Cédric Bardon, Didier Drogba, Florent Malouda…alors guingampais, foulent la pelouse du stade Lesdiguières pour le compte des seizièmes de finale de la coupe de France. Le club de la banlieue grenobloise, qui évolue en division d’Honneur, est la victime désignée des pensionnaires de ligue 1. L’AC Seyssinet s’incline 5 buts à 1, concédant au passage sa première défaite de la saison. Les hommes de Bernard Bouvard auront fait mieux que résister en menant au score pendant une demi-heure. L’attaquant Maxime Lupo, alors âgé de 24 ans, replonge dans ses souvenirs et nous fait revivre ce match particulier, « du pur bonheur ».

Maxime, dans quels clubs de la région as-tu évolué ?
A l’âge de cinq ans, j’ai débuté à Seyssinet. Vers 12 ans, j’ai rejoint mes amis qui jouaient à Seyssins, avant de revenir dans mon club formateur en catégorie Sénior, pour une dizaine d’années. A la fin de ma riche carrière (rires), j‘ai joué quelques saisons à l’US Gières.

Tu te souviens de votre formidable parcours en coupe cette saison 2002-2003, avec au préalable, l’élimination de Istres, alors en Ligue 2 ?
Avant de jouer contre Istres, on bat Gaillard 1 à 0 à domicile, une CFA, avec Pascal Dupraz à leur tête. Puis nous recevons Istres. Je m’en souviens bien puisqu’on perdait 1-0 et j’égalise au bout du temps réglementaire. C’est Sébastien Rutigliano qui marque le but de la victoire dans les arrêts de jeu des prolongations. C’était énorme.

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Les deux tours suivants, vous héritez de Orange et Nîmes, club de National. Déçu du tirage?
Nous recevons Orange, une équipe de notre niveau, qui évolue en division d’honneur. Tout comme nous, elle est invaincue et survole son championnat. Je me rappelle d’un match tendu. On savait qu’après ce tour, on serait en trente-deuxième de finale avec de grandes chances de jouer une Ligue 1, alors c’était chaud. On gagne 2-1 en prolongations. Pour assister au tirage du tour suivant, on se retrouve, les jeunes de l’équipe, au siège du club. C’est Nîmes. Tout le monde est déçu. On souhaitait tous une équipe de première division. En plus, Nîmes, une équipe de coupe. On est démoralisé. Tout ça pour ça. On se dit qu’on va se faire sortir par une équipe de National. Le soir, à l’entraînement, les « anciens » de l’équipe, Zizou Labartino, Clément Garcia nous remobilisent : « Oh les gamins, vous êtes fous. On n’a pas perdu un match de la saison. Ils viennent chez nous, on va les passer à la trappe ». Cela a eu le mérite de nous regonfler.

« Nous avions la foi »

Vous vous qualifiez et le tirage vous offre Guingamp, alors troisième de première division. Heureux?
Oui, Djamel Djellal nous qualifie grâce à un pénalty, 1-0. Puis c’est Guingamp. Nous sommes heureux de jouer une D1, mais un peu déçus à la fois. Cette équipe n’avait pas l’aura d’un Marseille, PSG ou Monaco. En tout cas, nous avons vite surmonté notre amertume pour nous plonger dans le match, et le lendemain du tirage, j’ai acheté une dizaine de places pour faire venir toute ma famille. Je me souviens que la semaine précédant notre match, il y avait Nantes-Guingamp en coupe de la Ligue. Ma maman, qui n’aimait pas le foot, avait pour la première fois de sa vie, regardé un match à la télévision : «C’est parce que tu vas jouer contre eux». C’était quand même les troisièmes de Ligue 1, ce n’est pas rien.

Guingamp se présente à Lesdiguières. Comment appréhendes-tu ce match ?
J’étais jeune et admiratif. Quand je croise les joueurs dans le couloir, j’étais impressionné. Tous les dimanches, tu les regardes à la télé, et là, ils jouent contre toi. C’est difficile de réaliser.

Dans l’équipe il y avait un entraîneur mythique, Bernard Bouvard, et des joueurs expérimentés tels que Clément Garcia, Alain Colacicco qui ont connu le haut niveau. Quel est leur message dans le vestiaire ? C’est possible ?
Bernard Bouvard nous donnait souvent des infos sur les joueurs adverses, s’ils avaient été stagiaires pro, professionnels, leurs parcours, leurs qualités et leurs défauts. Je me rappelle qu’on rigolait dans le vestiaire, car plus les tours avançaient et plus nous passions du temps sur les adversaires. Contre Guingamp, il nous avait dit : « Bon, là c’est simple les gars, ils sont tous pros, mais vous êtes aussi bon qu’eux. Vous n’avez rien à perdre. Ça va passer ». Clément Garcia, Alain Colaccico, les ex pros nous rassurent. Ils nous répètent que c’est possible que ce sont des joueurs de foot comme nous: « Au lieu d’aller travailler la journée, ils vont s’entraîner. Il faut y croire. Pourquoi ne pas créer l’exploit ? ». Il est vrai aussi que nous étions invaincus et la confiance au sommet. On marchait un peu sur l’eau. On rentrait sur le terrain, on respectait nos adversaires, mais on savait qu’à la fin, on gagnerait. Que ce soit sur un pénalty ou un but en prolongation, on était certain d’empocher la victoire. C’est difficile à expliquer et cela peut paraître prétentieux, mais nous avions la foi. C’était presque spirituel. Du coup, face à Guingamp, on y croyait. On avait confiance en notre bonne étoile.

« Drogba, ce super héros »

Comment se déroule le match ?
On se dit qu’il faut résister au début et passer le premier quart d’heure. Plus le temps va avancer et plus il jouera en notre faveur. Du coup, le déroulement du match est parfait. Tout se passe comme le scénario établi. On passe le premier quart d’heure sans encombre. A la trentième, Gregory Burnichon marque et on mène 1-0. Moi, j’étais sur le banc et à ce moment-là tu te dis p.…on va le faire. J’y crois réellement.

Et puis Didier Drogba inscrit un triplé. C’est la fin du rêve ?
Exactement. Didier Drogba a enfilé sa combinaison de Super héros et il marque un triplé. Il nous a « tués » en quinze minutes (rires).

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Il était au-dessus de lot ?
Pendant la première demi-heure, je ne l’avais pas vu une seule fois, à se demander même s’il jouait. Effectivement, il était bien là (rires). Après son troisième but, j’ai en mémoire qu’il se rapproche de son banc et il dit à son entraîneur : « C’est bon, je peux sortir maintenant ». Il avait fait son boulot. Du coup, il est remplacé à la mi-temps.

Et la seconde période ?
On est mené 3-1 à la mi-temps mais dans le jeu nous n’étions pas ridicules. Après un bon discours de Bernard Bouvard dans les vestiaires, nous revenons mobilisés en espérant recoller au score rapidement. Nous avons une ou deux situations chaudes, puis le rythme a baissé. Guingamp a géré et enfoncé le clou en inscrivant deux nouveaux buts.

Tu rentres à la mi-temps. Tu avais de bonnes sensations ?
Oui, je me sentais bien. Comme nous étions menés et le score presque établi, j’ai évolué libéré, sans pression.

Le meilleur joueur de l’AC Seyssinet ce jour-là ?
Je ne peux pas dire qu’il y ait un joueur qui soit sorti du lot. Notre force était notre collectif et nous avons fini notre aventure en faisant un match de qualité, en restant uni. C’était notre première défaite de la saison, mais pas la dernière, malheureusement.

Et le meilleur joueur côté guingampais ?
Drogba était vraiment impressionnant. Malouda avait une qualité de centre extraordinaire. D’ailleurs, les trois premiers buts sont identiques. Centre millimétré de Malouda et tête de Drogba.

Un souvenir particulier du match et de l’après-match. De la déception ?
Non, aucune déception. C’était la fête. On avait rempli le stade et on tombait avec les honneurs contre une Ligue 1. Les guingampais sont restés pros pendant, et après le match. Ils étaient sympas, sans plus. Pour ma part, j’étais jeune et un peu timide. Je n’ai pas trop osé les aborder. J’en ai mieux profité plus tard contre l’AS Monaco.

Justement, tu étais aussi de l’aventure deux ans plus tard contre Monaco. Sur le plan émotionnel, quel match était le plus fort ?
Contre Monaco, je n’ai pas joué. Alors en tant que joueur, je dirais Guingamp. Mais cette confrontation avec Guingamp nous a beaucoup servi pour la réception de Monaco. J’avais beaucoup moins d’appréhension, et du coup, j’ai beaucoup plus profité de l’événement. J’avais abordé ce match en sachant que l’on ne gagnerait pas. Monaco, ce n’était que du plaisir.

« Une belle alchimie et un état d’esprit exceptionnel »

S’il fallait garder un seul souvenir de ta carrière Maxime, ce serait ce match ?
Non, je pense que le souvenir le plus fort reste mon but contre Istres, qui nous envoie en prolongations. Quand tu es attaquant, il n’y a que le but qui compte. C’était à Seyssinet, dans un stade plein. Les circonstances du but font que j’ai une affection particulière pour celui-là. Et en plus il est beau. Je venais de rentrer depuis deux minutes. Je suis à la réception d’un centre-tir. La balle arrive sur mon pied gauche, loin d’être le meilleur. Je m’applique et frappe de toutes mes forces, en fermant les yeux (rires). J’accroche la lucarne. Le filet tremble, je suis dans un état second. Quand je reviens à la réalité, tous mes copains sont sur moi. C’est une émotion unique, exceptionnelle, que tu ne retrouves nulle part ailleurs que dans le sport.

Seyssinet a connu d’autres exploits en coupe. Tu t’en souviens ?
C’est vrai que pendant cinq ou six ans, nous avons toujours atteint le septième tour, quand les équipes de Ligue 2 entraient en lice. En 2002, nous perdons face à Grenoble 3 à 0 dans un match tendu. L’année précédente, c’est contre Cannes en prolongation, 3 buts à 1.

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Comment expliques-tu cette réussite dans cette compétition ?
Déjà, nous avons appris de chacun de ces gros matchs. Ensuite, nous avions un groupe qui vivait bien, avec un effectif stable. On se connaissait par cœur. Djamel Djellal, par exemple, quand il débordait, je savais toujours où il allait la placer. J’en ai marqué des buts grâce à lui. C’était notre force. On avait aussi de supers joueurs, des anciens pros. Alain Colaccico, latéral droit, quand il centrait, il mettait la balle où il voulait. Clément Garcia, on ne pouvait pas lui prendre le ballon. Il y avait une belle alchimie et un état d’esprit exceptionnel.

Ces matchs d’un tel niveau t’ont servi pour la suite de ta carrière ?
Non, c’est trop différent de la réalité du championnat. C’est juste un super moment que tu vis en tant que tel.

Cela t’arrive-t-il de repenser encore à ce match ? A quelles occasions ?
Pour retrouver des photos, je me suis replongé dans mes vieux cartons. J’ai retrouvé un vieil article me concernant , ainsi que plusieurs coupures de presse. J’ai revécu cette rencontre et cela a fait remonter en moi beaucoup de bons souvenir. C’est émouvant même. Sinon, j’y repense de temps en temps quand je vois à la télé un joueur contre qui j’ai évolué, et qui peut être entraîneur par exemple. Je me dis, tiens, j’ai joué contre lui.

Tu disais que ce n’était pas votre dernière défaite. Cela a eu un impact négatif sur la suite de la saison ?
Oui, après ce match, nous ne savions plus gagner. Quand on joue Guingamp, nous sommes leader de la poule avec douze points d’avance. Au final, on finit second et on loupe la montée en CFA2.

A choisir, la montée en CFA2 ou ce beau parcours en coupe de France ?
La coupe de France, c’est quand même extraordinaire. Mais sachant que nous avons joué Monaco deux ans plus tard, je répondrais la montée. Cela aurait été une belle récompense de découvrir et d’évoluer à ce niveau avec ce groupe. Mais c’est comme ça et je ne le regrette pas.

Pour un joueur amateur, jouer une ligue 1, c’est le Graal ?
Je pense que oui. En tout cas, je souhaite à tout joueur amateur d’avoir la chance de connaître une telle émotion, au moins une fois dans sa vie sportive. Le partage avec le groupe, l’osmose, la communion avec le public, c’est magique.

Feuille de Match
Seizième de finale de coupe de France
Grenoble, stade Lesdiguières
Affluence: 9 000 personnes
EA.Guingamp bat AC.Seyssinet 5 à 1 (mi-temps 3-1)
Buteur pour l’AC.Seyssinet: Burnichon (16′)
Buteurs pour l’EA.Guigamp: Drogba (30′, 35′ et 42′) Le roux (76′), Carnot (88′)
AC.Seyssinet: Malatrait, Colacicco, Fayollat, Giroud, Labartino, Mangione, Marco, Nouaille, Burnichon, Djellal, Garcia, Rutigliano, Chariag, Lupo
Entraîneur : Bernard Bouvard
EA.Guigamp: Le Crom, Fabbri, Guillaume, Kouassi (Sikimic 77′), Montero, Michel, Le Roux, Bardon (Carnot 75′), Malouda, Drogba (Danic 60′), Talhaoui
Entraîneur : Bertrand Marchand