Laurent Luyat: « Quand on aime le GF38, c’est pour la vie »

Le sport dauphinois raconté par les sportifs, c’est bien. Mais le sport dauphinois raconté par des non-sportifs, c’est pas mal aussi! Pour ce nouvel épisode du Gratin Dauphinois, LSD vous propose l’histoire d’un journaliste originaire du Trièves, passé de commentateur des matchs du GF38, à présentateur des plus grands évènements sportifs pour France Télévisions. En 30 ans de carrière, Laurent Luyat a beaucoup voyagé. S’il ne vient que rarement dans le Dauphiné, l’isérois n’en a pas oublié sa région d’adoption et n’hésite pas à suivre à distance tous les matchs du GF38, son club de coeur. Pour LSD, il revient sur ses plus beaux souvenirs du sport dauphinois, sur ses espoirs de montée pour le GF38 mais aussi sur le Tour de France qui passera tout près de chez lui, à La Mure, le 19 juillet prochain.

 

Laurent, si je vous dis sport dauphinois, cela vous évoque quoi?

 

Cela m’évoque pas mal de galères. Grenoble est une ville très sportive. Je pense surtout au rugby mais aussi au football lors de la montée en Ligue 1. Et puis le sport dauphinois, ce sont mes débuts. Mon père était dirigeant au club de foot de Grenoble. il m’emmenait à l’époque voir le FCG, car il s’appelait comme ça. Plus tard, j’ai commencé ma carrière à Radio France à Grenoble, j’ai même débuté plus tôt au Progrès comme pigiste. Je n’avais même pas 18 ans et je couvrais des matchs de Promotion d’Honneur Régional dans des patelins invraisemblables, des matchs de basket féminin de Nationale 4 mais je trouvais cela génial d’avoir des piges le samedi soir et le dimanche. À France Bleu, j’ai donc couvert l’équipe de foot de Grenoble pour commenter les matchs durant trois ans.
Le sport dauphinois, c’est le foot, le rugby, le hockey sur glace, le volley également qui était alors dans l’élite. Je pense aussi aux sports de montagne comme le ski, la marche.

Et parmi tous ces sports, je suppose que c’est surtout le foot qui vous a attiré, vu le passé de votre père au club de Grenoble?

Mes deux sports préférés sont le foot et le tennis. Quand j’étais gamin, je regardais tous les matchs de Roland Garros, Wimbledon… Le foot, disons que c’est là que j’ai commencé. Après ce n’est pas facile d’être un supporter grenoblois, et ce depuis pas mal de temps. Mon père était dirigeant dans les années 70. Il s’occupait des minimes et des cadets. Et puis il organisait un tournoi de foot dans le Trièves tous les ans. Je devais avoir 6-7 ans. Ça se passait dans un petit village pas vraiment adapté à ce genre d’évènements (rires).

 

« Il y avait des mecs avec des flingues à la ceinture pour nous accueillir »

Pour en revenir à Grenoble et à son club de foot, vous avez des souvenirs de matchs en particulier?

Oui, j’en ai plein! Je me rappelle de l’époque où l’entraîneur était Jean Djorkaeff au début des années 80. Quand j’étais ado, Claude Leroy est également passé sur le banc. Et puis il y a eu l’arrivée de Youri Djorkaeff qui a été formé au club de Grenoble. J’ai commencé à commenter les matchs en 1987 en deuxième division. Là, j’ai vécu des trucs incroyables. Il y avait notamment Didier Christophe ou encore Gustavo Poyet qui venait d’Uruguay. Il a fait une belle carrière en Espagne. Mais à Grenoble, il a été recruté sur cassette, il devait avoir 18 ans, et il était archi nul. À l’époque, il y avait une mauvaise ambiance dans cette équipe.

Je me souviens aussi d’un match de Coupe de France à Ajaccio. Grenoble avait porté plainte contre le club corse et ça avait coûté des points aux ajacciens. Les corses était donc hyper revanchards. Les grenoblois avaient tout prévu pour ce déplacement. Ils avaient dormi à Marseille la veille pour aller en Corse au dernier moment. À l’arrivée, il y avait des mecs avec des flingues à la ceinture pour nous accueillir. On s’installe dans la tribune de presse. Le match prend du retard. La raison est simple, le club grenoblois avait pensé à tout… sauf aux licences. Normalement, ce devait être match perdu. Mais l’arbitre a finalement autorisé 8 joueurs à rentrer sur la pelouse parce qu’ils avaient leur carte d’identité. Finalement, on a perdu 2-0 ou 3-0.

Et vous gardez des souvenirs du stade municipal, ancienne enceinte du club grenoblois?

Je me rappelle de la venue de Saint Etienne au milieu des années 80. Les Verts étaient descendus en Division 2 cette année là. Il neigeait pendant ce match. De mémoire, Grenoble avait perdu 3-0. En face, il devait y avoir Roger Milla qui avait dû inscrire tous les buts. J’ai des souvenirs de ce stade où les tribunes étaient loin du terrain à cause de la piste d’athlétisme.

Et parmi les joueurs et le staff, certaines personnes vous ont marqué?

Je me souviens que le club, à l’époque où Marc Braillon est président, avait engagé un gourou dans l’équipe. Il faisait des stages de mentalité innovante. Il emmenait les joueurs voir Rocky par exemple. Il éteignait aussi la lumière dans le vestiaire avant le match, et les joueurs devaient se tenir par la main. Et puis derrière, on perdait 2-0… C’était censé souder l’équipe et leur donner une mentalité de guerrier. Mais Marc Braillon était touchant. C’était un président mal entouré mais il était passionné. Il voulait être le Bernard Tapie du dauphiné.

Après votre expérience à Radio France, vous faites un passage à Fréquence Nord, avant de revenir en Isère à France 3 Alpes.

Oui. Je connais avant cela une période de six mois sans avoir de travail. J’ai 25 ans à l’époque. Puis on me propose de couvrir un match des Brûleurs de Loups. Ensuite, je fais quelques piges, la météo des neiges et je vais en plateau. Je faisais 16 ans et demi à l’époque. Et puis, j’ai présenté le journal de 96 à 98.

Vient ensuite l’arrivée à France Télévisions et votre premier gros évènement: la couverture des JO de Sidney en 2000.

Oui et il arrive un truc assez fou. Le directeur des sports est Patrick Chene avant ces Jeux Olympiques. Il est prévu que je présente la tranche de la nuit à Sidney. Pierre Sled devait me succéder, puis Gérard Holtz. Arrive le mois de janvier 2000. Patrick Chene est remplacé par Charles Biétry. Il vire Pierre Sled. Gérard Holtz est lui appelé pour présenter le JT de 13H. Conséquence, je me retrouve seul à la présentation. À l’arrivée, on a partagé l’antenne avec Christophe Josse. C’était une expérience exceptionnelle. Faire 8h d’antenne chaque jour pendant 17 jours, cela enlève la petite boule de stress.

Depuis, le temps a dû passer très vite?

J’ai eu la chance de couvrir à peu près tous les évènements sauf le Dakar. Je vais faire mon 15ème Roland Garros cette année, j’ai fait la Coupe du Monde de foot avec Emmanuel Petit, j’ai fait l’Euro de foot en 2004, la Coupe du Monde de rugby, le Tournoi des Six Nations. C’est une chance, j’en ai conscience.

 

« On s’est baladé sur les Champs Elysées en gueulant « Grenoble en Ligue 1 »

 

Et désormais parisien, vous continuez à suivre le sport dauphinois?

Oui, je suis toujours le foot, le rugby, mais aussi le hockey. J’ai vu un peu la finale de la Coupe de France entre les Brûleurs de Loups et Rouen. Bon, malheureusement, le rugby c’est un peu cuit. J’ai peur que la remontée soit un peu longue. Pour ce qui est du foot, je suis l’évolution du score de l’équipe sur les réseaux sociaux. Il faudrait quand même qu’ils sortent de ce CFA. C’est pas possible quoi. Cela fait 5 ans maintenant, avec à chaque fois le plus gros budget. C’est impossible de se faire doubler par des équipes comme Raon l’Étape, des Béziers ou autre. L’année où l’on élimine Marseille, cela nous a fait du mal. Ça reste un match d’anthologie mais cette année-là était faite pour nous. Il y avait 10 points d’avance sur le second au mois de janvier…Le foot grenoblois a toujours été un bourbier. Quand on aime ce club, c’est à vie mais alors… Ce qu’il s’est passé en Ligue 1 la deuxième année (2009-2010), ce n’est pas possible. Tous ces transferts ratés, ces magouilles. Aller chercher le gardien de Saint Etienne alors que l’on avait Wimbée c’est fou.

En tout cas, vous n’hésitez pas depuis de nombreuses années à faire des allusions à ce club dans les émissions que vous présentez.

C’est vrai. J’ai fait le multiplex sur Europe 1 plusieurs années. Ma dernière année a été la saison de la montée du GF38. Le soir de la victoire sur Clermont, synonyme de Ligue 1, j’avais fait venir mes meilleurs amis grenoblois dans le studio. On avait prévu le champagne dans le studio. Et après la rencontre, on s’est baladé sur les Champs Elysées en gueulant « Grenoble en Ligue 1 ». On était quatre pauvres à hurler notre joie au milieu de parisiens qui n’en avaient absolument rien à faire.

À l’époque, il y avait un joueur comme Nassim Akrour qui a marqué l’histoire du club. Vous n’avez jamais eu envie de l’interroger?

Si j’avais été responsable de Stade 2, j’aurais fait un petit sujet sur lui. Même au niveau national, c’est un cas à part. Vu son âge et tout ce qu’il a pu apporter à Grenoble, c’est extraordinaire. Après, il y a d’autres joueurs qui m’ont aussi marqué. Par exemple Youri Djorkaeff. On a débuté à peu près en même temps. Il y a aussi Didier Christophe. J’ai d’ailleurs une anecdote à son sujet. Un soir de match, j’installe mon matos pour commenter pour Radio France. Je vois qu’il se passe quelque chose à l’échauffement. Je vais me renseigner et j’apprends que l’entraîneur de l’époque a demandé à Didier Christophe d’être capitaine. Il répond: « non, je ne serai pas capitaine de cette équipe de merde ». Le coach lui dit alors qu’il ne jouera pas. Moi j’apprends ça, je le balance à l’antenne. Les femmes de joueurs écoutaient toujours la radio lors des déplacements de Grenoble. Et il se trouve que la compagne de Didier Christophe entend ça, et elle l’appelle. Après le match, il voulait me casser la figure. C’était une armoire à glace. On a été en froid pendant plusieurs mois. Puis on s’est finalement réconcilié et on est devenu très potes.

Et à quand remonte votre dernier match au Stade des Alpes?

Je pense que c’est le quart de finale de Coupe de France contre Monaco en 2009. C’était génial. C’était une belle épopée. En demi-finale, Grenoble perd à domicile contre Rennes. Bazdarevic avait mis une équipe ultra-défensive et fébrile. Il y avait moyen d’y aller à fond comme contre Monaco.

Depuis, plus de match?

Souvent, je me dis qu’il faut que j’aille les voir. Mais c’est vrai que le CFA 2 ou le CFA sont moins motivants. Mais quand on est supporter, il faut aussi aller les voir dans ces moments-là. S’il y a un match décisif en fin de saison pour la montée, j’essaierai de venir.

 

« Grenoble est une des villes phare du Tour. Il y a un patrimoine à respecter quand même. »

 

On a beaucoup parlé de foot, mais il y a un évènement qui se profile cet été dans la région: le Tour de France. Avec un passage tout près de chez vous, à La Mure.

Oui et c’est un peu ironique car cette année, il n’y a plus de Village Départ et je serai sur la ligne d’arrivée. Alors qu’il y aura un départ à La Mure, tout près de ma région. C’est vraiment dommage.

Le Tour de France qui sera à La Mure mais qui ne passe plus à Grenoble depuis plusieurs années. Vous en pensez quoi?

C’est dommage car le Tour de France ne se refuse pas. C’est une fête populaire. Ça amène du monde pour le commerce et l’hôtellerie. Alors oui ça a un coût, mais Grenoble est une des villes phare du Tour. Il y a un patrimoine à respecter quand même.

 

Et Laurent Luyat aura une année 2017 bien chargée, avec les quarts de finale de Coupe de France qui se profilent sur France Télévisions, Roland Garros et le Tour de France. Nouveauté cette année, il ne présentera plus Village Départ mais sera sur la ligne d’arrivée pour une émission d’après étape. Et depuis le mois de janvier, il officie chez Michel Drucker tous les dimanches dans Vivement la Télé.