Majstorovic : « Je ne veux pas porter la mise en danger des filles sur ma conscience »

Alors que le Dauphiné Libéré annonçait ce matin que Pôle Sud partirait quand même avec une équipe réduite et sans son entraîneur principal au Havre (pour rappel, le club de handball féminin est en cessation de paiement avec trou annoncé d’au minimum 162 000 euros), ce dernier nous a fait part de sa réaction.

 

Borisa, votre équipe partira sans vous, drôle de situation?
Dès le début de cette histoire, lorsqu’on a appris la situation de cessation de paiement du club, on nous a expliqué que tout était terminé pour l’équipe une (D2 Féminine). J’ai quand meme décidé, sur mon initiative, de continuer 2 entraînements par semaine, pour la condition et le tonus des filles, pour ne pas couper du jour au lendemain…

À aucun moment on ne t’a parlé d’aller quand même jouer?
La semaine dernière, on nous explique qu’il faut tout de même aller au Havre car le forfait couterait 3000 euros. Mais on nous propose des conditions pour le faire qui ne sont pas acceptables, surtout pour un des plus longs trajets de l’année : un départ avec 2 minibus à 6h du matin le jour du match et retour le lendemain à 18h. Le tout avec un seul repas pris en compte sur les 2 jours donc tu ne payes pas les filles pendant 1 an mais tu leur demandes de payer leur repas sur le déplacement le plus long de l’année… Et de le faire avec un effectif réduit et même pas de kiné. Cela veut dire qu’à deux ou trois on doit conduire sans changement deux fois dix heures, dans des conditions météorologiques pas forcément optimales.

Elles iront donc sans toi?
En tant que manager et coach, je ne peux pas permettre que les filles mangent aussi peu, qu’on prenne des risques sur la route, et sur le terrain ! En plus des dangers sur la route, on te demande de te déplacer dans des conditions mentales et physiques inappropriées et qui peuvent mettre en danger la santé des filles ! Je ne veux pas être responsable des blessures des joueuses qui se sont peu entrainées, qui vont chez un gros du championnat après 10h de minibus, et le tout sans même la présence d’un kiné. J’ai donc utilisé mon droit de retrait pour mise en danger des filles. En tant que manager, je dois veiller à leur santé et pas seulement à la compétition. 

Savais-tu que le club partirait sans toi?
Je n’ai eu personne au téléphone, personne ne m’a mis au courant. Sachant que les filles ont demandé quelques jours de réflexion pour prendre une décision et le club a refusé ce délai alors que nous sommes tous sans informations depuis des semaines…  Maintenant, c’est bien que le club essaye de survivre, c’est louable, mais dans quelles conditions? Je ne veux pas porter la mise en danger des filles sur ma conscience.