Echirolles VS OM : Flashback avec David Tomasi: «Ancré en moi»

Le 2 décembre 1995, pour le compte du septième tour de coupe de France, le FC Echirolles, alors en division d’Honneur, reçoit l’Olympique de Marseille, vainqueur deux ans auparavant de la ligue des champions. Le club phocéen, rétrogradé en seconde division suite à l’affaire de corruption face à Valenciennes, retrouvera l’élite à l’issue de cette saison. Casoni, Galtier, Dib, Echouafni, Ferreri, Libbra, Cascarino…du beau monde côté marseillais pour fouler la pelouse du stade Lesdiguières et se frotter aux échirollois. Bilan, Marseille s’impose 4 à 1. Pour LSD, David Tomasi, personnage haut en couleur, 23 ans à l’époque, nous replonge dans ce match particulier: «un match que l’on n’oublie pas». Flashback.

David, peux-tu nous retracer ta carrière de footballeur?
J’ai commencé le football à Chasselay, puis j’ai rejoint la région grenobloise et le FC Jojo à 16 ans. J’ai quitté le club lors de sa fusion avec le Football Club Grenoble Isère pour signer un an à Saint Martin d’Hères. Je suis parti à l’armée et j’ai mis ma carrière entre parenthèses deux saisons. Retour à Grenoble, à l’Olympique Grenoble Isère, où Philippe Garcia, entraîneur d’Echirolles, est venu me chercher, pour passer par la suite, dix belles années dans ce club.

Il y a 21 ans, Echirolles hérite de l’OM lors du tirage au sort du septième tour de coupe de France. Comment l’as-tu appris et quelle était ta réaction?
Je faisais la sieste chez mon grand-père. C’est lui qui m’a réveillé pour m’annoncer la nouvelle. Je pensais qu’il se trompait, que ce devait être un club du coin, Endoume ou Marseille-Consolat. Non, c’était bien le grand OM, celui qui caracolait en tête de ligue 2. C’était début novembre. Comment j’ai réagi? Je crois que j’ai pleuré de joie, j’étais excité et pressé d’y être. Le soir, à l’entraînement, on a commencé à se poser des questions: Est-ce qu’on sera à la hauteur? Pourra t-on organiser le match? C’était la question la plus importante. En effet, c’était la première fois depuis un petit moment qu’il y avait une aussi grosse équipe qui venait défier une équipe amateur à Grenoble.

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Jouer l’OM à Lesdiguières devant 13000 personnes. Ça se prépare comment?
13 000 hors taxes (rires). On était plus près des 15 000. Dès le lendemain du tirage, nous n’avons pas connu un entraînement sans qu’il n’y ait une caméra ou un journaliste. Au début, c’est nouveau, c’est agréable et plaisant. Ensuite, cela commence à empiéter sur ta vie. Plus les jours avançaient et plus cela devenait pesant et à la fin, c’était même fatiguant. A se demander comment font les pros pour supporter toutes ces sollicitations. Nous avions aussi des matchs de championnat à jouer. La hantise était de se blesser ou de prendre un carton rouge. Il fallait malgré tout se donner à fond et être bon pour gagner sa place dans le groupe de seize, alors que nous étions vingt-deux joueurs à postuler. Et forcément, il y a eu des déçus.

Replonge nous dans ce premier décembre 1995?
Avant tout, c’était la fête du FC Echirolles. Nous nous étions levés de bonne heure pour saluer tous les bénévoles du club qui préparaient ce match. On voulait être à la hauteur de l’événement. J’ai en mémoire cette image, lorsque je suis entré dans le siège du club, de n’avoir jamais vu autant de baguettes de pain de ma vie. J’ai cru que nous étions dans une boulangerie (rires). Ensuite, nous avons pris nos quartiers dans un hôtel à Voreppe pour toute la journée. Repas, repos, discours du coach, jeu, et départ pour le Stade. On arrive à Lesdiguières et là, c’est magique. Le vestiaire est grand. Le stade commence à se remplir. Les journalistes et la télé arrivent. On part reconnaître la pelouse et on entend les chants des supporters marseillais. La pression commence à monter. Quand on sort pour l’échauffement, le stade est presque plein. On vit un moment magnifique, inoubliable.

Tu te souviens la teneur du discours de votre entraîneur Philippe Garcia? Il y croyait?
Le coach Garcia, oui, il y croyait, sinon, il aurait fait annuler le match (rires). Enfin peut-être qu’il n’y pensait pas vraiment? Mais là où il a été très fort, c’est qu’il nous a fait croire qu’on pouvait les battre. Même si on était jeune, on savait que ce serait difficile, face à une belle équipe avec de grands joueurs, Amoros , international, ou encore Tony Cascarino, une montagne, pour ne citer qu’eux. En tout cas, après son discours, on était gonflé à bloc. Malheureusement, cela n’a pas suffi. Cette année-là, Marseille s’inclinera en demi finale contre Auxerre, c’est dire la qualité de cette équipe.

Comment se déroule le match?
Marseille a été sérieux. Les joueurs ne nous ont pas pris de haut. Ils ont fait le job. Ils ont accéléré deux fois en première mi-temps et ont inscrit deux buts coup sur coup. On revient avec un penalty juste après la mi-temps. On y croit, mais deux nouvelles accélérations en seconde période et ils plient le match. Ensuite, ils ont géré en évitant les cartons et les blessures, comme les pros qu’ils étaient.

Et toi, personnellement, raconte nous ton match?
Le coach décide de jouer avec deux attaquants et j’étais en concurrence pour débuter la partie avec Laurent Huillier. Lors de son discours, l’après-midi à Voreppe, il annonce la composition d’équipe, sauf le poste de second attaquant. Il se laisse du temps et attend d’être au stade pour décider. Il choisit finalement Loul (Laurent Huillier) car il est gaucher. Je n’ai aucune amertume par rapport à ce choix. Je relativise et pense à mes copains qui ne sont pas dans le groupe. J’ai déjà la chance de vivre ça et suis heureux d’être ici. Je rentre à l’heure de jeu et là, les deux premières minutes, j’ai l’impression d’être un pro (rires). Ensuite, je me donne à fond avec le rêve secret de faire lever les nombreux supporters présents à Lesdiguières. Malheureusement, je n’ai pas marqué.

« Eh Minot, ne me refais plus ça! »

Sur ce match, qu’est-ce qui tu retiens?
Je dirais le professionnalisme de Marseille. Ils sont venus pour gagner et n’ont jamais fait preuve de suffisance. Même si on était des amateurs et eux des très gros du foot français, ils nous ont respectés.

Une anecdote pendant le match?
Vers la fin du match, j’arrive à faire un joli geste technique pour effacer Bernard Casoni, une sorte de roulette. Je le laisse sur place. Il revient et me «soulève». Faute. Clin d’oeil du marseillais: “Eh Minot, ne me refais plus ça!”. C’était sympa.

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Quel joueur marseillais t’as le plus impressionné?
Je pourrais dire Manu Amoros car j’avais de l’admiration pour lui. Olivier Echouafni a abattu un boulot monstrueux au milieu de terrain, tout comme Tony Cascarino devant. Mais Honnêtement, tout le monde a été bon, leur collectif était impressionnant.

A la fin du match, tu as pu discuter avec les marseillais, échanger quelques maillots?
Encore mieux que ça. Avec Franck Saurat, nous avons eu la chance de pouvoir rentrer dans leur vestiaire. On se présente à la porte des marseillais, au culot, mais on se fait refouler. Manuel Amoros arrive, nous ouvre et nous invite à entrer. Les joueurs étaient simples et très très sympas. On a discuté et ri avec eux, surtout avec Joël Cantona qui chambrait et mettait l’animation. Ensuite, nous sommes restés dans leur vestiaire pour se doucher. Je me souviens, c’est Marcel Dib qui nous a prêté son shampoing. Finalement, on repart avec des maillots et des shorts, que nous avons donné par la suite aux jeunes du club. Cette scène, elle est inoubliable, à mourir de rire, une histoire de fou…

Ce match a t-il boosté la suite de la saison ou au contraire, replonger dans le championnat était difficile?
A l’époque où l’on reçoit Marseille, nous étions troisième du championnat Honneur; championnat difficile avec une seule montée. On y a forcément laissé des plumes. Quand tu joues Marseille et que la semaine d’après tu vas jouer à Albertville, par exemple, ça fait un peu moins rêver (rires). Peut-être que cette année-là, si on n’avait pas joué Marseille, on aurait pu accrocher le bon wagon? Mais vivre une expérience comme celle-là, ça vaut beaucoup de choses…Toujours est-il que l’on limitera la casse et que nous finirons la saison au milieu de tableau.

C’est le meilleur souvenir de ta carrière?
Oui, certainement, à part avoir joué avec toi (éclat de rires). Tu l’écris dans l’article, promis?

Vingt ans après, tu y repenses encore?
Chaque fois que je vais voir un match, j’y pense. Chaque fois que j’entends parler de Marseille, même si je ne suis pas spécialement un supporter de l’OM, je fais un flashback sur ce match. C’est ancré en moi. Mes enfants adorent le foot. Je suis mon aîné qui est capitaine des U19 au GF38 et je me dis que s’il avait lui aussi la chance de connaître ça, ce serait merveilleux. Peut-être de l’autre côté? C’est tout ce que je lui souhaite.

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Feuille de Match
Septième tour de coupe de France
Grenoble, stade Lesdiguières
Affluence: 13000 personnes
O.Marseille bat FC.Echirolles 4 à 1 (mi temps 2-0)
Buteur pour le FC.Echirolles: Touatti (49′ Penalty)
Buteurs pour l’O.Marseille: Libbra (19′ et 64′) Ferrer (23′), Cascarino (66′)
FC.Echirolles: Hatfout, De Barros, Mattar, Berthelon (cap), Viguier, Saurat, Forestier, Touatti, Milesi (Cartheyrad 70′), Roques (Rosille 46′), Huilier (Tomasi 63′)
Entraîneur: Philippe Garcia
O.Marseille: Alonzo, Amoros, Galtier, Marquet, Echouafni (cap), Dib (J.Cantona 70′), Casoni, Durand, (Tatarian 70′), Ferrer, Cascarino (Ferreri 70′), Libbra
Entraîneur: Henri Stambouli