Frédéric Velo: « Le FCG, c’était…LE club»

LSD continue sa remontée dans le temps et le focus sur le FCG des années 1990. Après Michel Ringeval, l’emblématique entraîneur des mammouths, c’est au tour d’une autre légende grenobloise de se prêter au jeu des questions/réponses: Frédéric Velo.
Né à Chambéry il y a 51 ans, l’ancien ouvreur, arrière ou trois-quarts a défendu pendant quinze saisons les couleurs du FCG, de 1984 à 2001 avec une entorse (pardonnée) de deux ans au RC Toulon (1995-1997). Vainqueur du challenge Yves du Manoir en 1987, Vice champion dans ce même challenge en 1986 et 1990, (vice) champion de France en 1993, «Fred» Velo a conservé son cœur rouge et bleu et s’est mis au services des jeunes classes du FCG pour partager sa science du jeu.
Rencontre avec «un joueur exceptionnel» dixit Michel Ringeval, un Monsieur du rugby grenoblois, Monsieur Frédéric Velo.

Frédéric, en 2001 vous arrêtez votre carrière de joueur au FCG, quelles ont été vos occupations par la suite?
J’ai joué au SOC jusqu’en 2005 sous les ordres de mes anciens coéquipiers Philippe meunier et Eric Ferruit.

Un retour aux sources en quelques sortes?
Oui, un retour dans la région où j’ai grandi. J’ai débuté dans le club voisin de La Ravoire.

Selon Michel Ringeval, vous étiez capable de «faire des choses extraordinaires sur un terrain de rugby». C’est exact?
(Rires). C’est gentil de sa part. C’est difficile de se juger personnellement. J’étais capable de faire certaines choses mais c’est trop de compliments pour moi.

Vous avez passé neuf ans sous les ordres de Michel Ringeval. Que retenez-vous de votre collaboration?
Michel Ringeval est un très grand technicien qui connaît parfaitement le rugby. Il maîtrisait parfaitement le potentiel de son groupe et réussissait à tirer le meilleur de chacun d’entre nous. Il était précurseur dans le domaine de la vidéo puisqu’il passait des heures à étudier le jeu des adversaires. Michel, c’était aussi un formidable meneur d’hommes capable de nous transcender sur certains matchs.

Vous évoluiez à la charnière, à l’arrière et sur la ligne de trois-quarts. Quel était votre poste de prédilection?
Du moment que j’avais un maillot, du 1 au 15, j’étais heureux (rires). Disons que je préférais quand même évoluer en demi d’ouverture, un poste stratégique et tactique. Je me souviens d’une époque où je n’avais pas été bon deux matchs de suite, et Michel, justement, m’avait «sanctionné» en me faisant jouer à l’aile. C’était à Grenoble contre Cognac, mais j’étais heureux d’être sur le pré malgré tout.

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Puisqu’on évoque votre passé au FCG, jouer pour Grenoble dans les années 90, qu’est-ce que cela représentait?
C’était une immense fierté. C’était l’époque des mammouths. Pour ma part, j’ai débuté au FCG en 1984 avec la génération Pepelnjak, Gély, Meunier, Mazille, Romans, c’est à dire des joueurs qui ont fait toute leur carrière à Grenoble. On n’envisageait même pas de jouer pour une autre équipe. A l’époque, d’ailleurs, on ne disait jamais le FCG. C’était «LE CLUB», notre club. Ensuite, dans les années 90, nous avons commencé à intégrer des étrangers qui sont devenus grenoblois eux aussi. Chaque weekend, on vendait chèrement notre peau.

Vous avez arrêté votre carrière au début du professionnalisme. Pourquoi?
J’ai connu la période de transition entre l’amateurisme et le monde professionnel. A mes débuts, c’était une autre époque avec des déplacements en car. Un départ le samedi avec la fameuse pause casse croûte en cours de route. On ne s’entraînait pas beaucoup, deux ou trois fois par semaine et encore. Plus tard, j’ai connu l’augmentation du nombre d’entraînements, les débuts de la diététique, l’hygiène de vie…Pour finir, nous avons vu arriver des étrangers qui ne jouaient plus qu’au rugby alors que l’autre moitié de l’équipe travaillait à côté. Sur la fin, quand le FCG est passé professionnel, parmi les derniers clubs de l’élite, j’étais trop âgé pour signer un contrat et laisser ma vie professionnelle de côté.

Votre rugby du début, c’était une bande d’amis avec l’amour du maillot?
Oui, l’esprit clocher, la bande de copains. Tous les joueurs étaient issus de la région. On avait quelques expatriés, Jean-Marc Romand qui venait du sud ouest, Christophe Monteil de Lyon, Dominique Mazille de Bourg mais c’était des exceptions. A l’époque, pas de transfert. Signer à Toulon, c’était signer chez l’ennemi, une trahison (rires).

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Puisqu’on évoque le RC Toulon, entre 1995 et 1997 vous avez signé sur la rade, avant de revenir à Grenoble. Pourquoi ce choix?
Pour commencer, à cette époque-là, les rivalités s’étaient un peu estompées. Ensuite, le FCG ne voulait plus forcément de moi (rires). Le RCT m’a contacté. Il y avait des noms ronflants: Franck Hueber, Pierre Mignoni, Yann Delaigue, Franck Comba, Christophe Dominici, Patrice Teisseire, Marc De Rougemont, Patrice Collazo, Léon Lopy…pour ne citer qu’eux. C’était dur de refuser.

Puis retour au FCG?
On a fait deux saisons moyennes avec Toulon. Beaucoup de joueurs sont partis. De mon côté, Jean Liénard m’a rappelé et je suis revenu à Grenoble.

 

« Magnifique de jouer une finale. Ce qui est triste, c’est de la perdre de cette manière »

 

Votre meilleur souvenir quand vous jouiez au FCG?
Bien entendu, la finale du championnat en 1993. La finale gagnée en Yves du Manoir en 1987 est aussi un moment très agréable. D’une manière générale, l’état d’esprit de l’époque reste un souvenir remarquable. Cette ambiance, cette bande de copains toujours prêts à mouiller le maillot, à se défoncer les uns pour les autres, cela, je ne l’oublie pas.

Votre plus grand regret? Cette finale?
Malheureusement, oui. Beaucoup d’acteurs de ce match gardent ce regret en eux. C’est magnifique de jouer une finale. Ce qui est triste, c’est de la perdre de cette manière…

Gardez-vous un souvenir particulier de cette finale?
Nous, les joueurs, avons tous un peu le même. Le fait que l’arbitre central n’aille pas consulter son juge de touche après l’essai castrais non valable.

Le juge de touche avait-il vu Franck Hueber aplatir dans son en-but?
Oui, mais l’arbitre central n’en a pas tenu compte.

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L’équipe de 92/93 est-elle la meilleure équipe avec laquelle vous avez évolué?
En terme de gabarit, l’équipe était impressionnante. Le huit de devant était massif. Les trois-quarts aussi étaient très denses. Nous étions en train de basculer dans le rugby d’aujourd’hui. Willy « Tao »  (Taofifénua) au centre, c’était innovant pour l’époque. L’équipe de mes débuts au FCG était vraiment une belle équipe aussi. Les frères Pepelnjak, philippe Meunier à l’aile, Patrick Mesny, Alain Lorieux, ça avait fière allure. C’est dur de comparer avec l’équipe de 92/93, ce n’était pas le même jeu.

S’il ne fallait retenir qu’un seul nom. Selon vous, le meilleur joueur que vous avez côtoyé au FCG?
C’est difficile ça. Stéphane Weller avait des cannes impressionnantes. Les frères Pepelnjak, des combattants. Olivier Merle, Olivier Brouzet, Fabrice Landreau, des joueurs remarquables. Comment ne pas citer Willy Taofifénua? Quand il jouait à côté de moi au centre, il était vraiment très impressionnant.

Et parmi vos adversaires?
Philippe Sella, Didier Codorniou pour ne citer que mes adversaires directs. Il y avait aussi Eric Champ à Toulon, un sacré joueur.

Toulon était votre plus grand rival?
Oui, sans aucun doute. Grenoble-Toulon, c’était de sacrés matchs. Il y avait aussi Toulouse, Agen qui comptait dans ses rangs la moitié de l’équipe de France. Ces deux équipes que l’on bat en 93 en quart et en demi.

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Quand vous jouiez à Toulon, vous évoquiez la rivalité avec le FCG?
On s’est rappelé les bons souvenirs où nous nous étions un peu «frités». Pour ma part, j’ai été très bien accueilli au RCT, mais il fallait faire le boulot sur le terrain. Je me souviens que si on gagnait, nous étions «les rois du monde» mais si on perdait, nous étions jeter en pâture.

Avez-vous gardé le contact avec vos anciens coéquipiers grenoblois?
Oui, on essaie de se voir régulièrement. Malheureusement, l’age aidant, on ne se voit pas toujours dans des moments agréables. Le club a mis en place la remise des Capes, ça permet de se revoir entre anciens, c’est une bonne chose.

Vous évoquez la finale de 93?
Non, plus. Par contre, les grenoblois nous en reparlent encore.

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Justement Frédéric, un mot sur le public grenoblois qui n’était pas toujours tendre avec vous dans le jeu au pied. C’est pardonné?
On ne peut pas plaire à tout le monde. Buteur, c’est un poste exposé. Nous n’avions pas les statistiques des buteurs d’aujourd’hui mais les gens ont souvent tendance à se rappeler des échecs plus que des réussites. C’est partout pareil et cela fait partie du jeu.

 

« A notre époque, notre force était de jouer avec les copains. L’état d’esprit s’est un peu perdu avec le professionnalisme »

 

Vous avez été deux fois remplaçant en équipe de France sans jamais entrer sur le terrain. Cela reste encore un regret?
Oui, c’était pendant le tournoi des 5 nations, sous les ordres de Jacques Fouroux. J’aurais pu avoir l’opportunité de rentrer sur un des deux matchs, France-Irlande au Parc des Princes notamment. Pour remettre les choses dans leur contexte, à cette époque, nous étions six remplaçants mais n’avions le droit qu’à deux changements, pas plus. Au bout de dix minutes de jeu, Eric Melville, troisième ligne, se blesse et Jean-Marc Lhermet le remplace. Serge Blanco se blesse aussi dix minutes après. Comme je couvrais les postes de trois quarts et d’arrière, je pensais bien honorer ma première sélection. Jacques Fouroux fait le choix ce jour là de faire rentrer Marc Andrieu, qui jouait centre, et fait glisser Philippe Sella à l’arrière. Je n’avais pas compris pourquoi. Par la suite, j’en ai discuté avec Jacques Fouroux quand il est venu à Grenoble. Le score était serré et il en a décidé ainsi. J’étais déçu bien entendu mais je respecte sa décision. Ensuite, quand la génération de Blanco, Berbizier, Mesnel, Sella a passé la main, le nouveau staff a décidé de repartir avec des joueurs plus jeunes que moi (Lacroix, Sadourny, Galtier…) et je n’ai plus jamais été rappelé en équipe de France.

Vous avez rejoint l’encadrement des jeunes du FCG. Quel est votre rôle exact?
Je suis référent sur le jeu au pied au niveau de l’association du FCG depuis quatre ans. J’interviens une fois par semaine, par cycle, avec différentes catégories sur le jeu au pied de trois-quarts, ou en spécifique avec les buteurs.

Quel regard portez-vous sur l’évolution du rugby?
En terme d’état d’esprit c’est différent du temps où je jouais. A notre époque, notre force c’était de jouer pour les copains. L’état d’esprit s’est un perdu avec le professionnalisme. Le rugby, c’est leur travail. Les joueurs se côtoient une ou deux saisons, ils viennent d’horizons ou de pays différents. Ils ont un bagage technique plus important que nous à l’époque, mais après, il faut aussi ce côté affect essentiel dans le combat.
Ensuite, il y a une évolution physique des rugbymen. Dans le temps, en voyant les joueurs, on savait le poste qu’ils occupaient. Maintenant, c’est plus difficile. Tous les joueurs ont de très grosses qualités athlétiques. La préparation physique des joueurs va dans ce sens. Sur le jeu en lui-même, les règles influent beaucoup sur le rugby que nous voyons; un jeu basé sur la puissance, la percussion et l’affrontement. Malheureusement, c’est souvent la défense qui est avantagée. Quand on passe par le sol, il faut du monde pour protéger le ballon, et les équipes qui défendent l’ont bien compris. Elles font le choix de se replacer en rideau et sont en supériorité numérique pour défendre. De fait, les espaces sont réduits. Il faut donc, pour franchir la ligne d’avantage, percuter plutôt qu’éviter. Pour avancer, les joueurs sont presque obligés d’être dans le défi physique. Ça tape fort, ça tape beaucoup, et pour libérer les espaces, il faut beaucoup de temps de jeu. Il est vrai aussi qu’à une époque les éducateurs ne juraient que par le «physico-physique», la conservation de balle et les temps de jeu. La consigne était de percuter sans perdre la balle, quitte à en oublier de passer et d’oublier les surnombres. Si le joueur percutait sans perdre la balle, c’était bien joué. Ça me dérange de raisonner de cette façon. A certains moments, je trouve que le rugby actuel s’apparente à du football américain. En tant qu’ancien trois-quarts, ce n’est pas le jeu que j’aime et que je préconiserais. Je pense qu’il faudrait changer quelques règles pour revenir à de grandes envolées de trois quarts.

Peu de chances de vous voir entraîneur donc?
Effectivement, le jeu d’aujourd’hui n’est pas le rugby que je préfère. Cela irait un peu à l’encontre de mes convictions. Et puis, être entraîneur, c’est beaucoup de temps consacré au rugby. Des entraînements, des déplacements, des préparations de séance, composer un groupe, gérer les relations avec les joueurs, c’est un gros investissement. J’ai déjà passé beaucoup de temps sur les terrains, donc pour l’instant, je privilégie plutôt ma vie de famille. M’occuper du jeu au pied des jeunes du FCG me procure du plaisir et me convient très bien pour le moment.

Si vous aviez 30 ans aujourd’hui, vous seriez au FCG à jouer au Stade Des Alpes?
Forcément. Je ne regrette pas tout ce que j’ai connu, car j’ai vécu de très bons moments et de superbes années dans le rugby, mais pouvoir faire de sa passion son métier, cela m’aurait bien plus.

Après sa défaite à Brive, le FCG est-il condamné?
Tant que mathématiquement, ce n’est pas acté, Grenoble a toujours une chance. Cela fait un petit moment que je pense que le Stade Français sera notre concurrent pour le maintien. Paris gagne à la dernière minute contre Brive, perd chez lui contre Toulouse. Notre défaite à Brive, vu le scénario du match, est malvenue car on reçoit Paris la prochaine journée et on aurait pu jouer une «petite finale» pour les dépasser. Il faut faire avec et ne pas abandonner. Après, le problème est que nous n’avons plus notre destin entre les mains. Il faudra compter sur des faux pas de nos adversaires. Mais pour moi, ce n’est pas fini. Il faut d’abord battre Paris.

Si vous étiez dans le vestiaire, que diriez-vous aux joueurs pour sortir de cette situation?
Au temps des mammouths, le discours aurait tourné autour du club, des valeurs, du maillot. Quand on voit les difficultés des équipes qui descendent pour remonter, il faut réellement s’accrocher pour laisser le FCG au plus haut niveau.

Pour conclure, vous jouiez avec un cuissard. Vous étiez précurseur d’une nouvelle mode ou étiez-vous frileux?
C’était la mode (rires). Quand on recevait notre dotation en début de saison, il y avait aussi ce cuissard. Selon les dires de l’époque, cela permettait de conserver les muscles au chaud. Du coup, on jouait avec. C’est vrai que lorsque l’on se revoit aujourd’hui avec le cuissard qui dépasse, ce n’est pas terrible. On se demande bien ce que c’est (rires).