Lilian Saseras: « Jouer au FCG, c’est une énorme fierté »

A 22 ans, le jeune et talentueux demi de mêlée isérois vient de prolonger pour trois ans son bail avec Grenoble. Le voilà lié avec le FCG jusqu’en 2020. Une très bonne nouvelle quand on connaît les qualités et l’investissement du garçon. Du haut de son mètre soixante-treize et de ses quatre-vingt-deux kilos, Lilian accélère et oriente le jeu grenoblois, crochète, plaque, et mouille le maillot rouge et bleu. A quelques jours de recevoir Montpellier, il répond avec beaucoup d’humilité aux questions de LSD. Il revient sur le début de saison, nous dévoile ses ambitions et évoque son amour pour le club, son club, le FCG.

Presente nous un peu ton parcours.
Je suis né le 27 juin 1994 à Lyon. J’ai commencé le rugby à 6 ans au CSBJ. A 16 ans, en catégorie cadets, j’ai quitté Bourgoin pour rejoindre Grenoble. Par la suite, j’ai intégré le centre de formation à l’âge de 19 ans. Cette année j’ai incorporé l’effectif professionnel.

Lilian, pourquoi joues-tu au rugby?
C’est une bonne question ça (rires). J’ai baigné dans ce milieu là depuis tout petit car mon grand-père, mon père et ma mère ont tous joué au rugby. J’ai commencé un peu par hasard en accompagnant mon frère de deux ans mon aîné à son premier entraînement. Quand mon père s’est aperçu que l’on pouvait jouer aussi à 6 ans, il m’a inscrit également et j’ai tout de suite accroché. Je n’ai plus jamais arrêté depuis.

Que représente ce sport pour toi?
Le rugby, c’est vraiment l’esprit de vivre en groupe et de partager des choses. Sur le terrain, on tire tous dans le même sens en s’appuyant sur le meilleur de chacun pour créer du jeu ensemble. J’apprécie aussi le dépassement de soi, voire même le don de soi, quand il reste cinq minutes à jouer par exemple et qu’on est prêt à terminer le match avec le bras à moitié cassé.

Avant le début de saison, tes objectifs personnels étaient de jouer et de prolonger l’aventure avec Grenoble. Te voilà satisfait?
Oui, je suis même heureux de prolonger l’aventure dans mon club formateur. Même si j’ai démarré au CSBJ, je considère le FCG comme le club qui m’a tout appris. Pour moi, c’est vraiment une énorme fierté. Grenoble, c’est le club qui m’a donné ma chance et qui m’a fait confiance. C’est là ou j’ai grandi où je me suis fait mes meilleurs amis dans le rugby, c’est donc une grosse satisfaction personnelle de prolonger ici. Je ne me suis jamais posé la question de partir tant que Grenoble voulait de moi.

C’est la confirmation d’un bon centre de formation au FCG?
Oui, Grenoble est un très bon centre de formation. Sur une génération par exemple, on a été deux fois champions de France Reichel. Selon moi, la principale différence par rapport aux autres clubs est que les jeunes sont intégrés très tôt dans l’équipe professionnelle. En matière d’apprentissage, c’est un formidable coup d’accélérateur.

Y-a-t-il un entraîneur qui t’a marqué au cours de ta toute jeune carrière?
Mon premier entraîneur au CSBJ, Fabrice Poloce dit « Minos », qui m’a vraiment fait découvrir et aimé ce sport. Il nous disait tout le temps en U13 au CSBJ « ça va moucher rouge », une phrase qu’on n’oublie pas. A Grenoble, il y en a plusieurs dont Eric Ferruit et Sébastien Dupoux. Je partage encore beaucoup de choses avec eux. Sébastien a toujours cru en moi et m’a toujours poussé pour que j’arrive au meilleur niveau. Il m’a intégré en équipe Espoirs quand j’avais 18 ans. Même s’il ne m’a entraîné que deux saisons, Sébastien a beaucoup compté pour moi.

Un joueur qui t’a inspiré ?
Oui, Frédéric Michalak. C’était un des premiers joueurs que j’ai vu jouer quand j’ai commencé le rugby. A 21 ans il jouait une coupe du monde où il avait été exceptionnel. C’est vraiment à travers lui que j’ai eu envie de progresser dans ce sport. En début de saison, quand on a joué en amical contre le LOU et qu’il était là, j’étais comme un enfant de 5 ans devant son jouet de Noël, comme dans un rêve.

Quelles sont tes qualités?
C’est difficile de trouver ses qualités. Je dirais l’engagement. Que ce soit en attaque ou en défense, même si je pense être un demi de mêlée très relayeur, je veux toujours aller au bout de moi-même et à chaque fois être sur le ruck, y compris quand je suis « vidé ». En défense, malgré mon gabarit qui n’est pas impressionnant, j’essaye de ne pas m’échapper.

A l’inverse, des points à améliorer?
La vision du jeu. Je dois progresser aussi en terme de stratégie. Pendant les matchs, tout va vite et il faut garder la tête froide. Il faut pouvoir analyser le match en temps réel. J’espère que cela viendra avec le temps et l’expérience.

Excepté le FCG, dans quel club rêverais-tu de jouer?
Vous m’auriez posé la même question dix ans en arrière, j’aurais répondu le Stade Toulousain. En grandissant, on change et ce n’est plus aussi vrai. J’adorerais jouer au Sharks, en Afrique du sud. Peut-être parce que Fred Michalak a défendu leurs couleurs ?

Quel joueur  t’impressionne le plus?
Il y a un joueur qui m’a vraiment impressionné quand je suis arrivé en Pro à 19 ans, c’était Fabien Gegenbacher. Il réussissait tout ce qu’il entreprenait. On n’en parle pas assez selon moi, c’est un grand rugbyman. Sinon, au quotidien, Chris Farell est vraiment énorme. Il continue à m’impressionner et il va encore étonner beaucoup de monde. Chris est un joueur super complet qui a énormément progresser depuis les trois saisons qu’il est ici. Il était décrié au début quand il évoluait à l’aile mais aujourd’hui il met tout le monde d’accord. Si ça ne tenait qu’à moi, il jouerait déjà dans l’équipe d’Irlande.

Décris nous tes sentiments quand tu pénètres sur la pelouse de Stade Des Alpes avec le maillot grenoblois?
C’est beaucoup de fierté, énormément de fierté même. Considérablement d’émotions et de reconnaissance envers tous les gens qui m’ont soutenu. Je pense à mes parents notamment car j’ai un caractère « merdique » parfois et heureusement qu’ils ont toujours été derrière moi pour éponger mes sautes d’humeur.

Contre Bordeaux-Bègles tu inscris ton premier essai en Top 14, raconte-nous!
Je récupère un ballon qui sort d’un ruck. Je tape un coup de pied rasant dans l’angle car j’ai vu que l’arrière bordelais était en retard. On monte au pressing avec Peter (Kimlin) et Eddie (Sawailau). Ducuing (arrière de Bordeaux-Bègles) tente un petit coup de pied par dessus complètement raté. Le ballon me tombe dans les bras et je passe le long de la ligne de touche pour aller marquer. Étonnamment, je n’ai pas de réactions car j’ai l’impression que l’essai ne sera pas accordé. Ducuing joue l’antijeu sur Kimlin en se jetant sur lui. Comme on a déjà eu un essai refusé, je me suis dit que l’arbitre allait encore nous invalider celui-là, alors qu’il n’y avait aucune faute. Du coup, j’ai préféré la jouer profil bas, surtout que le match était serré. Alors que je m’étais imaginé plusieurs célébrations, paradoxalement, j’étais abasourdi.

Comment ressens-tu la situation délicate du club?
L’ambiance au sein du groupe est étonnamment bonne. Malgré les rumeurs qui courent sur les départs, les joueurs restent discrets et je sens tout le monde impliqué. Tout le groupe veut sauver la peau du FCG. Il faut comprendre aussi qu’il y ait des joueurs qui partent en cas de descente en Pro D2. C’est le jeu du monde professionnel, mais pour l’instant on a tous envie de réussir. Nous sommes en train de gagner de la confiance et, la dernière place, avec le jeu que l’on développe, n’est pas forcément méritée.

Selon toi, le FCG doit-il changer son système de jeu et proposer un rugby plus restrictif?
Je ne suis pas adepte de ce rugby là donc je ne peux pas défendre cette position. Depuis trois semaines on arrive à reproduire notre jeu comme on a pu le mettre en place les années précédentes. Au final, on voit qu’on échoue à un point à Clermont, à cinq au Racing et on perd contre Bordeaux dans les conditions que l’on sait . Au vu de ces trois derniers matchs, je pense que notre salut passera par le jeu comme on l’a toujours fait.

Vous n’avez plus trop de joker, surtout à domicile. La préparation d’avant match dans le vestiaire est-elle particulière ? En mode commando ?
Forcément, il y des discours qui sont plus poignants. De toute façon, chacun sait la situation dans laquelle on est et ce qu’il doit faire.Tout le monde a conscience de la mission à accomplir. Petit à petit, les liens se resserrent et je pense qu’il y aura une émotion particulière lors du prochain match contre Montpellier. On a mal vécu cette défaite contre Bordeaux à la maison et il y a une réelle envie de bien faire.

Tu oses prendre la parole quelquefois?
Je m’aperçois que je prends la parole quand je suis titulaire. Je m’interroge parfois par rapport à mon âge, mais je dis que c’est mon poste qui veut ça. En coupe d’Europe, l’équipe est plus jeune alors j’interviens plus facilement.

Lilian, ton rêve le plus fou? Une sélection en équipe de France?
Non, je préfère gagner un titre de champion de France après avoir fait une belle saison. La sélection en équipe de France, ce serait magnifique, mais connaissant les concurrents à mon poste, ça me paraît irréel. Non, champion de France, ce serait super, surtout avec Grenoble.

Tu t’intéresses aux autres équipes du FCG? Les espoirs? Les Amazones par exemple?
Oui, je m’intéresse forcément aux espoirs car j’ai encore beaucoup d’amis qui évoluent dans cette équipe. Ce n’est que la première année où je ne joue plus avec eux. Je suis également les résultats des Amazones avec mon ami Hugo Feasson qui est préparateur physique des espoirs et des féminines. J’ai pu assister dernièrement à leur victoire face au LOU et elles faisaient plaisir à regarder jouer. J’espère que cette année, ce sera la bonne pour la montée. L’année dernière, j’étais intervenu auprès des féminines pour de la technique individuelle et c’était très intéressant.

Tu te vois entraîneur un jour?
Non, je ne pense pas. Il y énormément d’autres activités que j’aimerais faire. Si j’arrête ma carrière dans une douzaine d’années, cela fera trente ans de ma vie consacrés au rugby, et je pense que j’aurais envie de découvrir d’autres choses. Des trucs tout bête comme aller skier par exemple.

Pour conclure, un message à faire passer aux supporters, à tes coéquipiers ou au staff ?
Même si le maintien va être difficile à aller chercher et qu’il peut se jouer sur les toutes dernières minutes de la saison, il faut s’accrocher jusqu’au bout. Il y a encore de belles choses à faire avec le FCG. Le club est structuré avec un projet sur la formation. Franck (Corrihons) et tout le pole de formation font un boulot énorme pour amener les jeunes au meilleur niveau. Si j’ai une seule chose à dire, c’est qu’il faut que tout le monde s’accroche, que ce soient supporters, joueurs, entraîneurs et même les médias. On a besoin d’unité et du soutien de tout le monde. Nous, en tout cas, on ne lâchera pas.