Michel Ringeval (part 2): « Au bout d’un quart d’heure, j’ai compris qu’on ne gagnerait pas»

Dans cette seconde partie, Michel Ringeval revient sur son passage à Grenoble et sur cette douloureuse finale perdue en 1993. Le temps également de saluer les nombreux supporters qui ont encore le souvenir glorieux du technicien.

Pour revenir au FCG, sa mêlée a été dominée sur certains matchs. J’imagine que cela doit vous faire souffrir?
Oui mais vous savez, chaque équipe a ses bons et mauvais moments. La mêlée, c’est un secteur de jeu qui est remis en cause à chaque match. Les joueurs sont en affrontements directs avec leurs adversaires. Parfois vous subissez, parfois vous dominez. Il n’y a rien d’écrit. La vérité d’un jour n’est pas celle du lendemain. Bien sûr que cela est difficile de voir que certains matchs basculent sur la mêlée, mais il se peut que Grenoble domine d’autres équipes dans ce domaine d’ici quelques temps. J’en reviens à l’arbitrage : autant d’arbitrages différents vous permettent de dominer ou d’être dominé en mêlée.

Quel joueur vous a le plus impressionné lorsque vous étiez à la tête du club?
J’ai entraîné pendant dix ans le FCG et j’ai vu passer des très bons joueurs. Dans mes premières années d’entraîneur, je me souviens de Frédéric Vélo qui était capable de faire des choses extraordinaires. Ensuite, un garçon comme Willy Taofifénua avait de grosses responsabilités dans le jeu de Grenoble. Il y a aussi toute la période avec cette génération de Wallisiens où nous avions une très grosse équipe.

Votre plus beau souvenir quand vous étiez à Grenoble?
Mon plus beau souvenir est en même temps le plus mauvais. C’est la période des phases finales de 1993 avec un parcours remarquable. Et puis malgré tout, il y a la frustration d’avoir échoué dans les conditions que l’on connaît (défaite 11-14). J’ai d’autres très bons souvenirs, notamment la première année où j’ai entraîné, en 1990. Nous avions une équipe pour faire le doublé championnat et Yves du Manoir (apparenté à la coupe de France). Cette année-là, nous avons été battus en Finale Yves du Manoir par Narbonne dans des conditions très très difficiles. Nous avons été arbitré par le même arbitre qui nous a volé la finale de 1993 (M.Salles) et il nous a également volé celle-là. On perd la même année en ¼ de finale contre le Racing à Lyon après une grossière erreur d’arbitrage alors que l’on menait largement tout le match. Et ensuite, on s’incline en prolongations contre le futur champion de France. C’était vraiment une belle équipe. J’ai en mémoire aussi la demi-finale à Lyon contre Montferrand où là-encore, nous sommes victimes de l’arbitrage. Huit jours après, M. Mené reconnaissait sa faute auprès de Jean Liénard et moi-même : « je me suis me trompé ». Cela nous coûte une finale.

Saison 92/93, aviez-vous la meilleure équipe de France?
Oui, je pense. Oui, nous avions éliminé les grosses équipes de l’époque dont le favori Agen. C’est sûr, nous avions la meilleure équipe de France.

Michel Ringeval, une anecdote ou un fait marquant qui vous revient sur cette finale?
Je me souviens que la veille de cette finale, il y a avait eu une réunion des arbitres pour préparer le match. Un arbitre qui avait assisté à cette réunion avait dit à Jean Liénard:  « Jean, vous ne pouvez pas gagner ». Voilà.
Je peux vous assurer que dans le premier quart d’heure, sur le banc de touche, j’ai repensé à ce qu’il m’avait dit et j’ai compris de suite qu’on ne gagnerait pas cette finale. Pour ce match-là, il avait été décidé que la façon dont nous jouions les mauls était irrégulière. C’était une décision incompréhensible car on jouait les mauls comme toutes les autres équipes les jouaient et les jouent encore maintenant. Il avait été décidé que le porteur du ballon en étant le dernier du regroupement était hors jeu. Et nous avons été pénalisé tout le match là-dessus. Cette phrase m’était revenue et j’avais compris. Cela reste une très grosse frustration.

Avec le recul, si c’était à refaire, que changeriez-vous à ce 5 juin 1993?
Franchement, je ne changerais rien car moi je considère que ce match on l’a gagné. Je me rappelle bien toutes les actions de cette finale. Bien sûr, il y a eu l’essai accordé injustement aux castrais et dont tout le monde se souvient. Mais si vous regardez le match, dans le premier ¼ d’heure, on inscrit un essai parfaitement valable. Personne n’en a parlé. C’est une touche à 5 mètres de la ligne d’ en-but castraise, mal contrôlée par les castrais et récupérée par Olivier Brouzet qui marque. Essai parfaitement valable, refusé.
Je me souviens aussi d’une pénalité de Cyril Savy qui passe entre les perches et qui nous est refusée. Donc, si on fait le bilan, ça fait beaucoup beaucoup de choses. Quoi que nous aurions fait, nous aurions perdu. Du coup, je ne changerais rien à cette rencontre.

Quand Grenoble joue contre Castres, pensez-vous encore à cette finale et ressentez-vous encore de l’amertume?
Non, cela fait 23 ans que j’entraîne tous les dimanches, donc je suis passé à autre chose. Je m’investis à fond dans les matchs présents et à venir et ça, c’est du passé. Aucune revanche particulière. Quand je fais le bilan de ma carrière, je constate que beaucoup de très grands matchs ont basculé sur des fautes d’arbitrages. Quand j’y repense, j’ai quand même beaucoup de regrets. Je m ‘aperçois que 23 ans après, tout le monde pleure sur l’arbitrage tous les dimanches et que rien n’a changé. Aujourd’hui avec l’exposition médiatique, on en parle plus mais c’était pareil vingt ans en arrière. A la différence près qu’il y a vingt-trois ans, l’arbitrage de la finale était tourné délibérément contre le FCG et contre Jacques Fourroux qui faisait partie de l’encadrement de l’équipe. Il était candidat à la présidence de la fédération. Cela a influencé beaucoup beaucoup de choses.

Pour conclure Michel Ringeval, auriez-vous un message pour les nombreux supporters grenoblois qui ne vous ont pas oublié?
Je pense que les vrais supporters sont ceux qui restent derrière l’équipe dans les mauvais moments. Je crois que c’est ce qui permet à un club de passer les temps faibles. Le FCG est dans une situation difficile mais l’équipe n’est pas encore condamnée. Il faut que les supporters restent derrière l’équipe et l’encourage. L’encadrement et les joueurs doivent sentir le soutien de leur public et franchement, c’est un paramètre qui peut leur permettre de s’en sortir. Je le souhaite pour Grenoble.

CERFrance