Jonas Fabre, épisode 5: la vie de groupe

Jonas Fabre, skieur de l’équipe de France, et pur produit du dauphinois, rejoint l’équipe LSD pour nous raconter son quotidien de sportif de haut niveau, avec les J.O de PyeongChang en ligne de mire.

Anciens épisodes :

Episode 1: Retour de blessure

Episode 2: L’équilibre

Episode 3: Le départ

Episode 4: Les hommes de l’ombre

 

Episode 5: la vie de groupe

Comme chacun le sait, le ski est un sport individuel mais le fonctionnement en dehors des courses et des entrainements est celui d’un sport collectif. Les règles de base de la vie en communauté doivent être appliquées par chacun pour assurer une ambiance cordiale entre tous les athlètes et le staff. Nous passons plus de 200 jours par an en compagnie de toutes ces personnalités différentes, c’est-à-dire plus que notre famille ou nos proches éloignés du milieu du ski. Il convient donc d’instaurer des relations amicales entre nous.

J’avais été agréablement surpris il y a 6 ans quand j’ai intégré pour la première fois les collectifs fédéraux de voir à quel point les plus anciens intégraient facilement les nouveaux arrivants. J’avais l’impression de faire partie d’une nouvelle famille, qui s’entraide, qui se tire vers le haut pour sublimer les qualités de chacun au quotidien. Bien-sûr, comme au sein de n’importe quel groupe, il est possible de voir des tensions naître, mais tout rentre rapidement dans l’ordre. Chacun met un peu d’eau dans son vin, afin d’adoucir les quelques querelles ou différends qui peuvent survenir. On nous a appris que nous arriverons plus haut en s’entraidant plutôt qu’en se tirant dans les pattes, et tout le monde a parfaitement intégré cela à son fonctionnement. Il n’est absolument pas rare qu’on s’organise un repas, un cinéma ou une sortie en dehors des rendez-vous sportifs comme pourraient le faire des athlètes de sports collectifs.

Jonas fabre boxe

Même si tout est organisé et planifié en fonction du collectif, chaque athlète se retrouve seul face au portillon de départ et au chrono qui défile. C’est là le paradoxe de notre sport, et où il faut faire preuve de réserve. En effet, à l’arrivée de chaque course il y aura forcément des skieurs heureux, parfois vainqueurs et d’autres seront déçus, peut-être meurtris par une chute. La bonne ambiance quotidienne peut se retrouver affaiblie, les égos ont tendance à se gonfler, la jalousie peut naître et la solidité des liens créés peut être ébranlée. C’est dans ces moments là que chacun doit faire preuve de discernement, prendre un peu de recul par rapport à la course qui vient de se passer, même si parfois la pilule peut être difficile à avaler. Sans vouloir faire la propagande des skieurs français, chaque athlète parvient à gérer ces situations même si certains ont besoin de fournir plus d’efforts que d’autres pour rester corrects avec la communauté.

Chacun arrive à ranger sa déception pour féliciter le vainqueur ou celui qui a fait une bonne performance, tous les athlètes et les membres du staff restent sytématiquement aux remises des prix quand un des notres monte sur la boîte. Et à l’inverse ceux qui ont réalisé une bonne performance vont instinctivement réconforter les déçus du jour. Le ski est un sport de plein air avec tous les aléas que cela implique, qui oblige les athlètes à avoir une certaine modestie face aux résultats : aujourd’hui les conditions étaient réunies pour que certains puissent s’exprimer pleinement, mais demain ce ne sera peut être pas le cas.

skieurs équipe de france

Comme le dit très bien Mike Horn, aventurier de l’extrême qui a coaché l’équipe indienne de cricket et allemande en football avant leurs victoires mondiales: « La vraie victoire est là, dans le sentiment de progresser et de grandir ensemble. Quand tu reçois quelque chose d’un joueur, tu as envie à ton tour de donner. Cette notion d’échange entre joueurs est fondamentale. »

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