31 Janvier 1971: les 6 jours finissaient leur 1ère édition

Il y a quarante-cinq ans (et un jour), le 31 janvier 1971 très exactement, s’achevait la première édition des Six-Jours de Grenoble, qui avaient commencé le 25 janvier, pour six jours et sept nuits, avec une époustouflante dernière chasse à l’américaine et la victoire finale d’Alain Vancker, le Parisien, associé au Hollandais Peter, recordman des Six-Jours avec 65 victoires.

Au départ, Alain Van Lancker était associé à Jacky Mourioux, mais ce dernier ayant été victime d’une chute, les organisateurs durent finalement lui trouver un autre équipier de luxe en la personne de Peter Post, le roi des Six-Jours qui avait aussi perdu sur abandon son équipier Gerben Karstens.
Cette dernière semaine du mois de janvier 1971 allait marquer le renouveau des Six-Jours en France après leur disparition du Vel’ d’hiv’ de Paris en 1959. Mais contrairement aux Six-Jours dans la capitale, ceux de Grenoble n’allaient pas se dérouler jour et nuit sans repos mais « seulement » de 11 heures du matin à deux heures.

 

Topaloff et les grands chefs

Les Grenoblois découvraient les chasses à l’américaine, ces relais entre deux équipiers qui duraient une heure et demie et constituaient la trame des Six-Jours. Il y en avait trois: une l’après-midi, deux le soir, entrecoupées de séries de sprints éliminatoires et le matin les « déjeuners » (sprints entre onze heures du matin et treize heures).
L’ambiance était celle des autres Six-Jours de Munich, de Dortmund, de Brême, ou encore de Milan, à mi-chemin entre la fête de la bière, le show musical et le bal musette avec les accordéonistes Aimable, Soziade, la chanteuse Nicoletta et même Patrick Topaloff… qui reçut quelques tomates sur le crâne, en chantant son fameux « J’ai bien mangé, j’ai bien bu ! ». Et il n’ était pas le seul à avoir « la peau tendue », comme il le chantait, car les Six-Jours étaient, par delà le vélo, le grand rendez-vous des plus grands maîtres-queux de la région, lesquels, chaque soir au « parterre–restaurant », servaient leurs meilleures spécialités… cuisinées au sous-sol avec l’assistance d’une imposante brigade d’élèves de l’Ecole hôtelière.
Parmi les chefs, il n’ y avait que des étoilés au guide Michelin: Jo Rostang de Sassenage, Chavant de Bresson, René Bouvarel de Saint Hilaire du Rosier, Bourron, aux Roches -de- Condrieu, Zorelle, restaurant Fiard de Beaurepaire, et deux chefs des Roches -de- Condrieu et de Saint-Romain en Gal (Rhône).
Plus haut dans les « populaires », où Hubert Dubedout préférait voir la course plutôt que de dîner au parterre, on trouvait les « Titis » qui se présentaient comme les successeurs modernes des titis parisiens de la rue de Nélaton. Ils formaient une joyeuse bande à eux seuls et donnaient le la des soirées avant même le speaker… sous l’oeil amusé des commissaires de course et de ses très sérieux officiels.

 

Les risques au-dessus de la « Côte d’Azur »

En une semaine les Grenoblois avaient adopté leurs Six-Jours, dont la seconde édition allait être organisée dès la fin octobre 1971. Georges Cazeneuve, le patron de « Sport et Spectacles » ayant constaté que la période hivernale en janvier n’était peut-être pas la meilleure pour attirer les dauphinois déjà tournés vers les stations de ski.
Mais le pari de Grenoble était gagné et même Jacques Goddet et Félix Lévitan, les organisateurs du Tour de France, invités à venir apprécier cette épreuve du renouveau, se disaient que Paris avait enterré (peut-être enterré trop tôt) ses Six-Jours et avec eux les folles soirées de la rue de Nélaton, quand Anquetil, Darrigade et Terruzzi enflammaient le Vel d’hiv’ en menant un train d’enfer dans le « Train bleu » ainsi qu’on appelait les patrons de la piste!
Pour les Grenoblois, qui ne connaissaient que les petites réunions sur ce nouvel anneau de bois, ces Six-Jours allaient vite devenir le rendez-vous incontournable du sport cycliste à Grenoble, mais pas seulement car le concept avait aussi conquis tout un public, bien au-delà des simples passionnés de la piste!
Anatole Novak, le grand Murois de Pierre-Chatel, qui découvrait à Grenoble lui aussi ses premiers Six-Jours était légitimement très fier d’avoir pu les terminer à une très belle septième place, associé au grand pistard suisse allemand Fritz Pfenninger. Le grand « Nono », comme l’appelait son chef de file Jacques Anquetil, avouait qu’il avait souffert dans les chasses, pris beaucoup de risques au dessus de la côte d’azur (c’est ainsi que l’on désigne la ligne en bordure de piste). « Mais », disait-il après cette belle expérience, « je suis venu trop tard aux Six-Jours et j’étais en fin de carrière ».

 

Le temps a fait son oeuvre

Quarante cinq ans ont passé et c’est très émouvant de le rappeler, plus personne n’est de ce monde. Georges Cazeneuve, président de « Sport et Spectacles » est décédé en 1982, comme beaucoup plus tard ses adjoints Jean Martin, Maurice Mathieu, Michel Renaud. Maurice Canon, restaurateur, le député-maire Hubert Dubedout, Raymond Espagnac, adjoint aux sports ainsi que le vainqueur de ces premiers Six-Jours Peter Post et l’Alsacien Charly Grosskost nous ont quittés.
Eh oui, janvier 1971, c’est loin. Le général de Gaulle était mort depuis deux mois seulement et Hubert Dubedout allait être réélu maire en suivant. Alain Carignon avait 22 ans à peine, Michel Destot pas encore 25 et Eric Piolle…n’était pas né…

C’était les Six-Jours. Le 31 Janvier 1971.

Les 6 jours: c’était il y a…44 ans

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