Jean De Grégorio: « On a eu droit à 100 cartes postales »

A 80 ans, il les a fêtés le 9 décembre dernier, Jean de Grégorio reste un fidèle du F.C Grenoble, son club de toujours. Grenoblois d’adoption, le « Nine », comme l’appellent ses plus vieux compagnons d’ovalie, a vu le jour à Romans sur Isère où il a grandi avec ses cinq frères, Antoine, Pierre, Bernard, André, Nicolas et une soeur, Eliane.

En ce temps-là, la capitale française de la chaussure était déjà connue pour sa pogne et son club de rugby, l’USRP (Union sportive romanaise et péageoise) fondée en 1908, qui attirait forcément tous les de Grégorio sauf l’aîné, Antoine, qui avait choisi la gymnastique et la boxe.
« Il est parti faire son service militaire en Roumanie où il a pris femme et il n’est jamais revenu sauf pour les fêtes familiales ! » se rappelle le Nine.
Sinon, toute la dynastie De Grégorio a joué avec le maillot à damiers noirs et blancs de l’USRP, présidée, un temps, par Pierre de Grégorio. « C’est là-bas, dit encore le « Nine », que j’ai touché mes premiers ballons, avant de venir à Grenoble faire mon service militaire au 6 ème Chasseurs alpins, boulevard Gambetta. Vingt-huit mois sous l’uniforme, mais pas une seconde en Algérie… que je n’ai fait que survoler lorsque je suis parti pour la première tournée en Afrique du Sud en 1958 ».

Et lorsqu’il découvre un samedi de novembre 1956 à onze heures du matin la vie militaire à la grande caserne des chasseurs alpin, le jeune de Grégorio reçoit dès midi la visite de Germain Riondet, l’entraîneur du F.C Grenoble qui ne lui demande même pas son avis :« Allez, tu signes avec nous».

De Gregorio FCG

Sitôt dit, sitôt fait ! Le futur « Nine » enfile son premier maillot à bandes bleu et rouge, comme le F.C Lourdes. Il est si doué qu’en quelques mois, il est intégré parmi les meilleurs sportifs de France au légendaire Bataillon de Joinville où il fait la connaissance du champion cycliste Roger Rivière, de plusieurs autres rugbymen dont Michel Crauste, des footballeurs Mekloufi et Lacombe. Au XV de France, il voit arriver ensuite les frères Cambérabéro et le Montois Guy Boniface.
Puis c’est le retour à la vie civile partagée entre le travail la semaine et le rugby le dimanche. Bien vite, il est repéré comme étant l’un des plus doués de sa génération et il est sélectionné dans le XV de France dès 1960 pour former une première ligne d’enfer avec ses compères Alfred Roques et Amédée Domenech

C’était le temps du rugby cassoulet, disent de nos jours les snobs, des matches de championnat à quinze heures à Lesdiguières, au stade municipal quand il y avait des seizièmes de finales et à l’occasion de quelques rares France – Italie où le « Nine » retrouvait son cher Sergio Lanfranchi passé de l’autre côté de la mêlée avec sa petite squadra !

De Gregorio FCG

Le rugby de Jean de Grégorio n’était qu’un « produit » du Sud – Ouest pratiqué en dessous de la Loire sur une ligne transversale qui partait de la Rochelle jusqu’à Lons-le-Saunier et qui coupait la France un peu comme sous l’occupation, avec au sud la France libre…
Les joueurs ne gagnaient pas un centime, pas d’agent, pas de sponsoring et ne voyageaient qu’en autocar ou par rail et notamment avec le fameux Catalan qui les conduisaient le plus souvent vers les clubs du Languedoc et des Pyrénées.

La semaine, entre deux matches du championnat ou du challenge Yves du Manoir, les rugbymen allaient tous à l’usine, à l’université ou au bureau. Pour le « Nine » c’était chez Thermoflex avec le « père » Dard, avenue Jeanne d’Arc, pas loin de l’actuel stade des Alpes. Et comme il habitait rue Edouard-Vaillant à la Bajatière, il allait au boulot à Solex et les habitués de Lesdiguières le saluaient au passage.
«Nous étions de vrais amateurs » explique le « Nine » qui se rappelle ses 24 ou 26 sélections dans le XV de France. «  Nous n’avions aucun contrat et personne n’a reçu un sou de sa sélection durant les tournois et tournées. En Afrique du Sud pour les premiers tests matches en 1958, nous avons en tout et pour tout eu droit chacun qu’à cent cartes postales pré timbrées pour envoyer à nos familles et aux supporters ! C’était comme ça ! »
Pas de télé non plus, à part la finale, et le Tournoi des V nations. Juste le terrain, les copains et aussi les troisième mi-temps.

« On n’avait aucun « suivi » comme on dit de nos jours. Les entraînements à Bachelard avec la tête dans le joug métallique, ça ne prenait que deux heures par semaines ! Et sur le terrain, pas de toubib à l’horizon, pas plus de kiné, juste un « soigneur », le « Pompe », dont le seul savoir médical était son éponge magique. Et basta ! ».

Même au niveau international, les joueurs étaient livrés à eux-mêmes. « Quand on était convoqués en équipe de France, on arrivait dans le meilleur des cas deux jours seulement avant un match à Colombes. Tu faisais une mêlée à cinq ou six, vite fait bien fait. Les buteurs tentaient deux ou trois coups de pied, les ailiers couraient trois quatre tours de terrains en se faisant des passes et puis c’était fini. Au bout de trente minutes, tu voyais déjà arriver les photographes de presse ! »

Evidemment, les joueurs des années cinquante-soixante et jusqu’à la moitié des années quatre-vingt–dix ont dû mener de front leur vie professionnelle et leur carrière rugbystique. Le Nine, lui, a eu la chance de pouvoir acquérir en 1961 le beau Café de Londres à l’angle de la rue Lesdiguières et du boulevard Gambetta. Une affaire qu’il a fait su faire prospérer jusqu’en 1995 par sa seule présence et grâce à son épouse « Ninette » évidemment avec laquelle il formait une belle charnière : elle à l’ouverture, le matin, lui à la fermeture à refaire souvent les matches avec les supporters…
« En cinquante-cinq ans, rappelle le Nine, nous n’avons guère bougé du quartier. L’armée, la Bajatière de l’autre coté des grands boulevards, et la rue Lesdiguières. ».

Aujourd’hui, le retraité de Gregorio a sa place au stade des Alpes. Où il ne connaît plus aucun joueur de la nouvelle génération. Sauf « le très bon Fabien Alexandre et encore, dit-il, … parce que je connais bien son père ! »

3 Réponses à “Jean De Grégorio: « On a eu droit à 100 cartes postales »”

  1. François
    Tu écris toujours aussi bien
    Je me rappele notre déjeuner mémorable chez André Quintin avec Charly Basset qui à durée toute l’après-midi et les cofidences Sur La Menandiére de MR Quintin et ton article softs les jours suivants
    Jean–Luc Rizzi

  2. J’en profites pour saluer respectueusement la famille De Grégorio qui a marqué ma jeunesse et vaches laquelle, nous avons mon père Christian et moi passé de sacrés bons moments…. Bises. Gilles.

  3. Bert jean Philippe

    Un amical bonjour à mon parrain jean de grégorien que les aléas de famille mon fait perdre de vu je suis toujours sur bourg de péage est suportaire de L USRP j espère te revoir très bientôt
    Jean Philippe

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