Rémy Marcel « Un Ultra tous les 2 ans, c’est suffisant. »

À moins d’un mois de l’Ultra Trail des 4 Massifs (UT4M) autour de Grenoble, Rémy Marcel nous parle de la préparation d’une course à pied de plus 150 km, de son choix de ne pas courir une telle distance tous les ans mais aussi ce qu’il aime dans ce type d’effort qui demande de puiser au plus profond de ses ressources.

Il n’était pas sportif de haut niveau auparavant. Il n’avait pas de résultat significatif en compétition d’endurance. Rémy Marcel, 35 ans, a enfilé des chaussures de running au début des années 2000 pour se remettre en forme, perdre un peu de poids. « À cette période 1 km sans marcher était un exploit pour moi. » Aujourd’hui, il ne parle plus en distance mais en dénivelé positif la plupart du temps. Fait d’arme marquant, Rémy termine 2ème de l’UT4M en 2014, pour sa 1ère participation, en 26 heures 16 minutes et 13 secondes. Il talonne Frédéric Desplanches, ultra-trailer reconnu, de 12 minutes après 165 kms de course et 10 000 mètres de dénivelé positif (D+). Mais cette performance majuscule n’est pas le fruit du hasard. Son 1er dossard en Ultra (plus de 150 kms) date de 2005. Il s’engage dans la course qui deviendra le mythe de la discipline, l’Ultra Trail du Mont-Blanc. « Cette année-là, le parcours n’était pas le même qu’aujourd’hui, on partait pour 158 kms, je dois finir en 32 heures 30, au-delà de la 100ème place. On se posait encore la question du type de matériel qu’on devait prendre, un sac léger ou de randonnée, quel type d’équipement pour la pluie,… »

Rémy ne s’élancera pas en 2015 sur l’UT4M

Au regard de ses résultats en compétitions, on s’aperçoit que le coureur originaire du Puy-de-Dôme ne s’aligne que sur des distances au-delà de 100 km qu’une fois tous les 2 ans. Un choix pour sa santé, sa vie personnelle et pour garder le goût pour des efforts si longs. « Un Ultra est usant physiquement, quelle que soit la préparation, c’est un investissement de plusieurs mois, alors quitte à faire une course, autant le faire dans de bonnes dispositions pour la finir au mieux. Il faut aussi jongler avec la vie professionnelle et familiale. On n’est pas souvent présent le dimanche. Pendant les vacances, on avale du dénivelé. Un Ultra tous les 2 ou 3 ans, je trouve ça raisonnable et quand on se prépare on sait que le droit à l’erreur est minime. Le prochain est dans plusieurs années, donc je m’investis pleinement dans la préparation et la course. »

Sur le front de janvier à fin août

Rémy, comptable de formation, se joue des chiffres, des plannings, la gestion avant, pendant et après une compétition, particulièrement lors d’une saison qui le verra courir un Ultra. « Je commence en Janvier avec un travail de vitesse. Avec le froid, je préfère un travail intense sur 1 heure, 1 heure 15. » Au printemps, les sorties s’allongent, le travail est plus polyvalent : vitesse, endurance, renforcement musculaire pour commencer les premières compétitions de 30 à 40 kms. « Je fixe une course autour de 80 kms fin Juin pour étalonner la suite de mon programme. je sais que je serai fatigué pour cette compétition, mais avec le temps je commence à me connaître. J’en profite pour tester du matériel : sur 10 ou 20 kms, un frottement de short, une couture, on s’adapte. Sur un Ultra, le moindre détail compte et peut vous faire abandonner. Une ampoule s’infecte, un frottement saigne, il faut être minutieux, gérer. C’est un facteur que j’aime dans cette discipline, peut-être mon côté comptable qui ressort. » L’été voit le travail spécifique s’imposer, les randonnées-courses avec bâtons. « Je peux m’entraîner de 4 à 6 fois par semaines avec des week-ends de simulation de fatigue. Le vendredi je peux partir après le travail pour 3 à 4 heures en montagne, le samedi entre 7 et 8 heures et encore 5 à 6 heures le dimanche. » L’objectif est d’habituer le corps à la fatigue, mais aussi d’anticiper la nutrition sur tout le parcours. « On l’oublie mais après 4 ou 5 heures de courses, on sature des gels, des barres, des produits sucrés, ces week-ends chocs servent aussi à ça et mettre en place une stratégie. » Il considère les 55 premiers kilomètres de l’UT4M comme l’échauffement des 100 qui viennent ensuite.

La suite ?

Aujourd’hui, Rémy ne connait pas son prochain Ultra. Il n’est pas attiré par des courses plus longues, à l’instar du Tor des Géants (Italie, 330 kms, 24 000 m D+). « Autant avec des courses de 160 kms, je pense que le corps peut les absorber avec une préparation adéquate. Au-delà, je ne l’imagine pas. En plus si j’enfile un dossard c’est pour faire une performance, alors avoir si peu de sommeil sur 4 ou 5 nuits…  Je pense que ce n’est pas bon niveau santé et ça peut laisser beaucoup de séquelles. » Mais nul doute qu’il s’alignera dans l’avenir sur des courses de plus de 100 km et pourquoi pas l’UT4M 2016.

Profil de l’UT4M 2015

Profil UT4M 160km - 2015

Nissan